samedi, 29 octobre 2022 08:18

Sommaire choisir n° 705

ÉDITORIAL 

Le discernement pour vocation 
par Pierre Emonet sj, Genève, directeur


DERNIER  ACTE

HISTOIRE

L’influence des jésuites à Vatican II 
par Philippe Chenaux, Rome, historien, spécialiste de Vatican II 
Le 25 janvier 1959, le pape Jean XXIII annonçait sa décision de convoquer un concile œcuménique. La surprise était totale. Tous ses prédécesseurs y avaient songé, mais aucun d’eux n’avait osé prendre cette décision. La Compagnie de Jésus, déjà impliquée dans le processus de réflexion préalable via notamment ses grandes institutions basées à Rome, prit à cœur de servir le projet et de le diffuser. Plusieurs jésuites furent nommés experts privés et officiels. Les médias de la Compagnie furent aussi largement mis à contribution. Ainsi de choisir et de son correspondant sur place Raymond Bréchet sj.

ÉGLISES

choisir et son œcuménisme chevillé au corps 
par Joseph Hug sj, Genève, exégète 
Le fait de suivre l’œcuménisme n’a pas été un choix opportuniste ou passager pour choisir. Cette ligne est inscrite dans son A.D.N. La très grande chance de la revue, c’est d’être née en même temps que le concile Vatican II. Or le pape Jean XXIII, dès le début, insista sur la signification œcuménique du Concile. Des articles de fond, touchant principalement les Églises catholique et protestante, ont ainsi été rédigés par des théologiens de renom. La revue a rendu compte du texte de convergence de Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises sur le baptême, des travaux du Groupe des Dombes, de la démarche de Taizé, etc. Le mensuel s’est aussi attaché à l’œcuménisme pratique. La rédaction de choisir des années 1970 a été partie prenante de l’AOT, en particulier Jean-Bernard Livio sj, premier directeur catholique de l’Atelier.

TÉMOIGNAGE

Une revue pour une fin de millénaire
par Jean-Blaise Fellay sj, Villars-sur-Glâne, spécialiste de l’Histoire de l’Église 
En accord avec sa définition de culturelle et une spiritualité ignatienne ancrée dans les réalités, choisir n’a eu de cesse d’évoluer au gré du paysage suisse et mondial catholique, et plus largement religieux, mais aussi social, politique et économique. Rédacteur en chef de la revue dans les années 1980-90, Jean-Blaise Fellay sj revisite quelques-unes des influences majeures qui ont marqué les rédactions de cette période. «Ce qui nous tenait le plus à cœur, écrit-il, c’était la dimension philosophique et spirituelle. L’influence des grands maîtres du soupçon déclinait, il fallait retrouver le courage d’une foi explicite. En relisant les articles, je vois l’influence de trois penseurs majeurs, le Père Henri de Lubac sj, Max Weber et René Girard.»

POLITIQUE

La «guerre juste» existe-t-elle? 
par Christian Mellon sj, Saint-Denis (F), Ceras, spécialiste de la pensée sociale de l’Église et des questions éthiques et spirituelles touchant la paix et la guerre 
À l’heure de l’invasion de l’Ukraine, la question retrouve cruellement son importance en Europe: est-il permis de faire la guerre dans certaines circonstances? Les réponses peuvent être classées en quatre catégories: le pacifisme -la guerre n’est jamais permise; la guerre juste- elle est légitime dans certains cas et limites; le cynisme -la morale n’a rien à dire en ce domaine; la guerre sainte -elle est permise si c’est sur l’ordre de Dieu ou de ses représentants. La réponse de l’Église s’inscrit dans la deuxième, mais intègre aussi des références de la première. Christian Mellon présente l’évolution de la pensée de l’Église en la matière, jusqu’aux récentes déclarations du pape François. Il décortique l’ensemble des critères reconnues pour juger dans quels cas il est moralement permis de recourir aux armes et quelles limites on doit respecter dans cet usage. Des réflexions qui ont nourri l’élaboration du Droit international de la guerre.

SOCIÉTÉ

Une rubrique Femme dans les années soixante
par Valérie Bory, Pully, journaliste 
De 1959 à 1963, choisir, alors jeune revue jésuite de Suisse romande, s’ouvrait à la question de la femme dans la société, avec une rubrique La Femme à la page, inaugurée dès le premier numéro par Marthe Macaux. Sous l’adresse «Mes amies», celle-ci invitait les femmes à dialoguer dans ces pages. Ces contributions reflètent l’esprit catholique du temps, mais elles montrent aussi que la revue a eu le courage d’accueillir des pionnières de la pensée féministe et de l’égalité à une époque où la cause était loin d’être entendue.

CROYANCES

Du religieux au spirituel? 
par Luc Ruedin sj, Lausanne, responsable de l’Espace Maurice Zundel de Lausanne 
De l’époque préconciliaire à celle de la société liquide, choisir a accueilli «toute valeur spirituelle authentique dans la fidélité à notre foi» (éditorial de Jean Nicod sj, choisir n° 1, novembre 1959). Elle a présenté avec un regard bienveillant et critique le surgissement des nouvelles manières d’habiter le monde: les années 1960 et Nostra Aetate, les années 1970 et leur spiritualité engagée, les années 1980, temps des sectes et du New Age, les années 1990 et la multi appartenance, le XXIe siècle et le spirituel hors religions. Ces bouleversements sociologiques, religieux et spirituels ont été décrits et analysés dans choisir pour donner des outils de discernement au lecteur.

BIBLE

Exégèse: des notes à la musique 
par Jean Louis Ska sj, Rome, exégète 
et 
Au cœur, la Parole 
par Joseph Hug sj, Genève, exégète 
Mettre au premier plan la Parole de Dieu en décryptant, analysant et commentant la Bible: c’est l’une des tâches que s’est assignée choisir dès sa fondation, à une époque, pas si lointaine, où s’essayer à de nouvelles techniques de lectures de la Parole créait des polémiques dans l’Église… et des condamnations par le Saint-Office. Ainsi le jésuite Stanislas Lyonnet sj, désireux d’interpréter les textes bibliques en tenant compte des conventions littéraires de leur époque, fut-il interdit par Rome d’enseignement à l’Institut biblique de 1962 à 1964. Années durant lesquelles il publia deux articles dans choisir. La revue, de fait, n’a eu de cesse de présenter les méthodes modernes, notamment historiques, de compréhension de la Bible.

JÉSUITES

Suisse: la Compagnie reste bien présente
par Céline Fossati, Begnins, journaliste à choisir 
Avec la fin de choisir, nous perdons un important média de discernement. Les jésuites d’Europe centrale -dont la Suisse fait partie- n’ont pas pris cette décision de gaîté de cœur. Ils resteront pour autant bien présents en Suisse et continueront à diffuser des informations, des articles de fond et des points de vue sur notre monde par le biais de leurs canaux d’information, notamment jesuites.ch.

Au service de Dieu et du monde: de 1960 à nos jours 
par Bernard Carrière sj, Richelieu (Canada), accompagnateur des Exercices spirituels 
Tout au long de son histoire mouvementée, la Compagnie de Jésus a eu à se réinventer, guidée par la vision apostolique d’Ignace de Loyola et des premiers compagnons, et par ce qu’ils avaient voulu qu’elle fût pour ceux qui se joindront à eux par la suite. Bernard Carrière sj visite l’évolution de la Compagnie des années 1960 à aujourd’hui, notamment ses relations avec la papauté, par moments tumultueuses mais toujours placées sous le signe de l’obéissance et du service à l’Église. Une figure jésuite du XXe siècle a particulièrement contribué au réexamen de cette mission, Pedro Arrupe sj. Ses successeurs à la tête de la Compagnie s’inspirent encore de sa ligne. 
Pierre Emonet sj, directeur de choisir, vient de publier la première biographie du jésuite basque complète en français, sous le titre Pedro Arrupe. Un réformateur dans la tourmente.

ENVIRONNEMENT

Églises et écologie. Une histoire inaccomplie
par Michel Maxime Egger, Aubonne, sociologue et écothéologien 
Pourquoi les Églises -en particulier l’Église romaine- ont-elles été si longues à réagir en matière d’environnement? Il a fallu attendre 2015, avec la COP 21 et l’encyclique Laudato si’, pour qu’elles passent à la vitesse supérieure. Fondateur du Laboratoire de transition intérieure, M.-M. Egger rappelle le rôle pionnier joué en matière d’écologie par le Conseil œcuménique des Églises, l’engagement de l’Église orthodoxe via le Patriarcat de Constantinople, mais aussi l’influence de la théologie de la libération. «C’est en Amérique latine que le verdissement de la théologie a été le plus développé, couplé souvent à une critique du capitalisme, au souci des pauvres, à un plaidoyer pour la justice et à l’émancipation des femmes.» Reste que le décalage entre le discours et les initiatives concrètes des Églises est toujours de mise.

ESSAI

De la survie de l’humanité 
par Gaël Giraud sj, Paris, économiste et théologien 
Les défis à relever pour assurer une vie décente à la génération de nos enfants exigent un véritable changement de civilisation. Tâche impossible diront certains. Peut-être, mais un nombre croissant de climatologues n’hésitent plus à faire valoir que ce qui est en jeu, c’est tout «simplement» la survie de l’humanité. Pourquoi avoir tant tardé? L’auteur présente quatre raisons principales: le «syndrome du Titanic», la concentration des pouvoirs et l’autoritarisme bureaucratique, la paralysie du secteur financier, la cosmologie implicite qui habite l’Occident depuis trois siècles. Il propose des solutions pour remédier collectivement à chacune d’entre elles.

ÉTHIQUE

D’un standard à l’autre
par Rémi Brague, philosophe, président de l' ASMP
L’éthique serait-elle devenue une appellation à l’élasticité commode qui s’adapterait à l’évolution des mœurs et aux intérêts particuliers? au contraire de la morale religieuse qui, elle, se référerait à des principes universels? L’éthique utilitariste aurait-elle pris le dessus sur l’éthique continentale, celle de la philosophie grecque des vertus et des fins, mais aussi celle de Kant et d’autres? Ces questions théoriques ont toujours interpellé choisir, bien que notre revue a surtout cherché à apporter des réponses à des interrogations concrètes, qu’elles soient liées aux recherches médicales ou à l’évolution économico-politique. De fait, on entend beaucoup parler de bioéthique, mais bien moins d’éthique de la finance. Pourquoi? Décryptage avec Rémi Brague.

PHILOSOPHIE

Rapports science-foi. Vers un point d’équilibre
par François Euvé sj, Paris, rédacteur en chef de la revue Études 
«Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup y ramène.» Cette citation de Louis Pasteur est souvent évoquée pour défendre l’idée que le progrès des connaissances scientifiques amènerait inéluctablement un retour vers la religion. Elle prend le contrepied de l’idée, tout aussi répandue, que le savoir scientifique écarterait nécessairement toute référence à quelque transcendance. Les choses sont évidemment plus complexes. Teilhard de Chardin sj est un bon exemple de convergence possible entre la foi et la science. Pour lui, et pour choisir qui a eu nombre d’auteur·trices scientifiques, c’est l’attitude de re­cherche qui importe et qui rap­proche la science de la mystique.

MÉDIAS

Propos du pape François. Le rôle des revues culturelles jésuites 
par la rédaction 
Le 19 mai 2022, lors de sa rencontre au Vatican avec les responsables des revues culturelles européennes de la Compagnie de Jésus (dont choisir), le pape a précisé quelle est, pour lui, la mission de celles-ci. Extrait choisi de cet entretien avec le pape.

Plus nécessaires que jamais, la rigueur et l'éthique
par René Longet, Onex, politicien et pionnier de l’écologie 
Dans notre contexte chahuté de perte de repères, l’existence de lieux et d’organes de débat, de documentation et de réflexion structurés est essentielle. René Longet regrette d’autant plus la disparition en Suisse romande de deux médias qui leur était dévolus: Domaine public et choisir. «Chacune des deux publications avait à cœur de contri­buer à un humanisme engagé: là où choisir invoquait le bien commun, Domaine public militait pour l’inté­rêt général. Deux notions où se re­trouve le lien social, fait d’une intri­cation entre droits et devoirs.»

LETTRES

Ce que choisir a été pour moi
par Fanny Desarzens, Lausanne, vidéaste et écrivaine
«choisir lançait un concours d’écriture pour ses 60 ans. (…) Alors, sur le thème Le choix, j’ai créé Lignine. (…) J’ai appris que ma nouvelle avait été sélectionnée au mois de juin 2020, dans les vignes de Lavaux où je travaillais. De ce moment, je me souviens…»

Le veilleur (nouvelle inédite)
par Fanny Desarzens, Lausanne, vidéaste et écrivaine 
«Pour finir tout redevient bleu, absolument et profondément bleu…» choisir a toujours eu un intérêt particulier pour la littérature, expression privilégiée de la culture. Des écrivains reconnus ont été régulièrement invités dans ses pages, mais aussi des plus jeunes désireux de faire découvrir leur plume. Ce numéro ne déroge pas à la tradition et propose, pour la dernière fois, une nouvelle inédite.


 À NOS ABONNÉS

 AU REVOIR!

Une gratitude réciproque 
par Lucienne Bittar, Genève, rédactrice en chef 
Le temps est venu de nous dire au revoir. Ce n° 705 est bien la dernière édition de choisir. Il paraît exceptionnellement en novembre, comme un dernier clin d’œil aux Pères fondateurs Raymond Bréchet sj, Jean Nicod sj et Robert Stalder sj qui lancèrent le titre en novembre 1959, il y a 63 ans exactement.

DE NOS ABONNÉS

AU REVOIR!

Vous nous avez écrit 
Suite à l’annonce de la fermeture de choisir, nous avons reçu de nombreux témoignages de reconnaissance, tristesse, déception. D’espérance aussi parfois. Extraits choisis, représentatifs de notre lectorat et de nos objectifs.

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Coédité par choisir et les éditions Slatkine, ce recueil regroupe douze nouvelles retenues par le jury du concours pour écrivain(e)s lancé par notre revue lors de son 60e anniversaire.

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