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mercredi, 12 août 2015 11:11

Un "génie mystique" mort il y a quarante ans

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Le 10 août dernier a marqué le jour anniversaire de la mort de l’Abbé Maurice Zundel, prêtre et théologien catholique neuchâtelois qui a frappé par sa vision de la relation au Créateur.


En janvier 1997, à l'occasion du centième anniversaire de la naissance de Zundel, la revue choisir publiait un numéro spécial consacré au théologien suisse, ancien collaborateur à la revue. Une édition qui a connu un vif succès et que la rédaction propose en libre lecture sur son site, persuadée que la pensée du P. Zundel a gardé toute sa pertinence.
Dans le même esprit, le site des jésuites de Suisse se fait l’écho de la messe donnée à Neuchâtel le 9 août dernier en hommage à l'Abbé Zundel, présidée par le Père Longchamp sj - président de la Fondation Maurice Zundel - en la Basilique Notre-Dame de l’Assomption (Eglise Rouge).

Voici ce que Pierre Pistoletti de l'agence cath.ch écrit à son sujet :

« Dieu est un secret qui ne s’entend que dans le silence du moi ». Ces mots de Maurice Zundel contiennent l’essentiel de la pensée de ce “génie mystique”, ainsi que l’appelait Paul VI : ils sont l’expression aboutie de la théologie et de l’anthropologie de ce prêtre souvent incompris.


L’originalité de sa pensée a été de prêcher un Dieu humble, pauvre, fragile et discret : « Dieu est un secret », alors que l’homme se le représente souvent instinctivement comme le « tout-puissant ». A l’encontre de bien des courants théologiques, il prêcha un Dieu qui ne s’impose jamais. « Nous sommes responsables de Dieu », écrira-t-il, à l’instar d’Etty Hillesum, mystique juive qui, du camp de Westerbork, affirmait : « Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d’avance. Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire, ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider - et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. C’est tout ce qu’il est possible de sauver en cette époque et c’est la seule chose qui compte, un peu de toi en nous, mon Dieu… ».
Maurice Zundel souscrirait pleinement à ces paroles. Pour lui, Dieu est d’abord un Dieu intérieur. Ce n’est pas un Dieu qui se démontre, mais un Dieu que l’on rencontre au cœur du silence : « Pour rencontrer l’amour au cœur de notre cœur, il faut nécessairement être à l’écoute », écrivait-il. « Pourvu que nous entrions dans ce silence infini où l’on n’est plus qu’à l’écoute du silence éternel, où l’on s’échange avec ce Dieu caché en nous qui est la respiration de notre liberté, pour devenir avec lui une présence ».
Ce silence s’étend jusqu’au « moi », lorsqu’il cesse de se regarder pour entrer en relation avec l’autre et avec le Tout-Autre. Dans le sillage trinitaire, l’homme existe lorsqu’il cesse de se regarder lui-même pour s’inscrire dans le sillage de l’altérité trinitaire où « le Père n’est qu’un regard vers le Fils, le Fils n’est qu’un regard vers le Père et l’Esprit Saint n’est qu’une relation d’amour vers le Père et le Fils ». De cette conception trinitaire découle son anthropologie : pour Zundel, l’homme s’accomplit – plus encore il « advient » – à mesure qu’il se défait de son égoïsme. Humilité de Dieu à laquelle répond l’humilité de l’homme.
Ces intuitions spirituelles novatrices n’ont pas été comprises. Elles lui ont valu d’être constamment relégué aux marges de l’institution ecclésiale. « Maurice Zundel a toujours été l’homme du second rang, écrivait Gottfried Hammann, doyen émérite de la Faculté de théologie protestante de Neuchâtel. Au point d’en faire, au fil de sa vie, comme une ascèse indispensable à sa pensée et à sa conscience ecclésiale. Ce qu’on pourrait appeler les blessures institutionnelles, les stigmates de ses errances, lui firent dire cette parole admirable pour un catholique, incompréhensible pour un protestant : « Il vaut mieux être broyé par l’Eglise que hors de l’Eglise ».
Cette souffrance rapproche Maurice Zundel des grandes figures réformatrices de l’Eglise - de François d’Assise à Henri de Lubac. Comme elles, il a maintenu une double fidélité : à l’Eglise et à ses intuitions. Des intuitions qui se révèlent aujourd’hui prophétiques : dans un monde où la quête de l’épanouissement personnel est prépondérant, il rappelle que Dieu en est la source et le garant. (apic/pp/réd.)

Une vie d’exilé 

 A l’agenda
Un colloque sera organisé par l’Association suisse des amis de Maurice Zundel à Neuchâtel, le 3 octobre prochain. Il proposera un survol de la pensée de Zundel selon trois axes :
- repenser la personne (« Je crois en l’homme créateur de l’homme », par l’abbé Jean-Marie Pasquier);
- repenser la sexualité (« le sexe, c’est l’altruisme scellé dans notre chair », par Catherine Meyer et Annie Aubry, psychologues-psychothérapeutes FSP);
- repenser le christianisme (« Il faut changer de Dieu », par François Rouiller, aumônier au CHUV)
Ce colloque se terminera par une table ronde à laquelle participeront tous les intervenants ainsi que Marc Donzé, spécialiste bien connu de Maurice Zundel.

A (re)écouter :
Ce printemps, Espace 2 est allé à la rencontre des "héritiers" de Maurice Zundel. Qu’est-ce qui a été marquant pour ces personnes dans la pensée de Maurice Zundel ? Comment s’en sont-elles inspirées, au point de l’utiliser dans leur profession ? Rendez-vous avec l’expérience d’un chef d’entreprise, d’une psychologue et hypno-thérapeute, d’un accompagnant en milieu hospitalier, d’une journaliste et d’un essayiste et chroniqueur, au micro de Grégory Roth.

Le 9 août dernier, Espace 2 diffusait la messe donnée en hommage à L'Abbé Maurice Zundel (1897-1975), transmise de la Basilique Notre-Dame de lʹAssomption (Eglise Rouge), à Neuchâtel : Croire en Dieu qui croit en lʹhomme !

Quelques liens
www.mauricezundel.ch
www.choisir.ch/religions/dossiers/item/1670-maurice-zundel-1898-1975
www.cath.ch/news/maurice-zundel-ce-genie-mystique-mort-il-y-a-tout-juste-quarante-

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Avec, en exclusivité sur notre site, les propos de Pierre Emonet sj, directeur de choisir, et de Charles Morerod op, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.