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mardi, 21 août 2018 09:42

Pédophilie dans l'Eglise, une responsabilité aussi collective

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Fotolia 171509092 MÀ la Une de l'Osservatore Romano du 21 août, Lucetta Scaraffia, responsable du supplément féminin de journal, déclare que les crimes de pédophilie commis au sein de l’Église dépasse la simple responsabilité du clergé et remet aussi en cause tous les croyants. Car l’Église n'est pas composée que de ses clercs et de sa hiérarchie, mais elle est peuple de Dieu. La lutte contre les abus sexuels commis au sein de l’Église, et contre leur occultation, exige une remise en question de tous les croyants.

Suite à la lettre du pape François appelant le Peuple de Dieu à œuvrer pour la conversion de l’Église, elle rappelle que «ce n’est pas la première fois que le pape François condamne ces crimes avec force et se fait la voix du cri de douleur des victimes». Mais ce texte est «une façon de rappeler que personne ne peut se dérober d’une prise de responsabilité qui met en cause toute la communauté des croyants».

Quelques jours après le rapport de l’État de Pennsylvanie (Etats-Unis) qui met en cause 300 prêtres et fait état d’un millier de mineurs victimes d’abus en 70 ans, Lucetta Scaraffia souligne «qu’en cette situation dramatique, les dénonciations et les punitions ne suffisent pas, même si elles sont indispensables». Et qu’il ne suffit pas non plus «de circonscrire la responsabilité au sein du clergé: il faut approfondir l’analyse, pour saisir l’origine de ce mal profond et l’arracher. Pour cela, tous les croyants doivent être impliqués. Dans de nombreux cas, ils ont été victimes, mais dans d’autres, d’une certaine façon et à divers degrés, ils ont été complices.» Pour l’historienne italienne, «les modalités des abus révèlent des fautes très graves», tels «le prêtre transféré pour un rôle de pouvoir à exercer sur les autres, la couverture hypocrite comme pratique normale de comportements pour le “bien de l’Église”».

Avec cette lettre, poursuit-elle, le pape «veut élargir le regard également aux laïcs qui ont longtemps soutenu et se sont tus». Lucetta Scaraffia pointe du doigt leur responsabilité: «Pourquoi les fidèles ont-ils accepté de taire aussi ce qui était connu? Pourquoi ont-ils continué à fermer les yeux sans défendre les victimes? … Les laïcs aussi ont préféré accepter ces situations dans un contexte dont ils pouvaient tirer profit… plutôt que de courir le risque d’une bataille qu’ils pouvaient perdre en face de structures de pouvoir perçues comme menaçantes».

Certains fidèles, déplore-t-elle, «n’ont pas cru dans l’Évangile et ont préféré une molle complicité au lieu d’aider leur Église», ils «se sont endormis et ont fermé les yeux, comme si cette situation n’était pas leur affaire, en confirmant avec leur attitude le pire cléricalisme». « Car le cléricalisme, insiste-t-elle, c’est justement cela (…): penser que l’Église est seulement représentée par des prêtres, constitués en une hiérarchie de pouvoir, et pas une communauté solidaire de croyants témoins de l’Évangile».

«Dans ce texte qui va à la racine spirituelle de la crise, conclut Lucetta Scaraffia, le pape nous demande à tous, en tant que corps unique et blessé de l’Église, de faire pénitence et de prier… il est en effet impossible d’imaginer une vraie conversion dans l’Église, dit le pape, ‘sans la participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu’.»

(Zenit/réd.)

L'historienne Lucetta Scaraffia est reconnue comme une voix de femme qui compte dans l’Église. Retrouvez son article Aliénation de femmes, paru dans notre dossier corps du n° 688, sur la gestation pour autrui.

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Avec, en exclusivité sur notre site, les propos de Pierre Emonet sj, directeur de choisir, et de Charles Morerod op, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.