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lundi, 06 août 2018 16:26

Vivants car volontairement cachés

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indigenes© G. Miranda/FUNAI/SurvivalIl existe en Amazonie des peuples indigènes non connus car vivant volontairement de manière isolée. Cet isolement qui leur a permis de survivre dans le passé risque aujourd'hui de causer leur perte si rien n'est entrepris pour les aider. Leurs vies, en effet, sont menacées par la déforestation.

Lors d’une rencontre tenue du 5 au 8 juillet 2018 à Puerto Maldonado, au Pérou, le Réseau ecclésial pan-amazonien (REPAM) et d’autres institutions associées ont énoncé une lourde crainte, rapporte l'agence Fides: celle de voir s’éteindre 150 peuples amazoniens.

«L’existence de ces groupes est fréquemment niée ou rendue invisible, ce qui, dans de nombreux cas, facilite l’émission d’autorisations relatives à des activités économiques affectant directement leurs territoires», alors que «malgré le cadre normatif international qui protège leurs droits, nous vérifions que de telles normes sont systématiquement ignorées par les États».

Dans leur Déclaration en défense de la vie des peuples indigènes en isolement volontaire, ils qualifient de «peuples en isolement volontaire» les groupes indigènes qui, suite à l’invasion de leurs territoires, sont parvenus à éviter leur extinction ou leur dispersion et à préserver leur autonomie, en choisissant de ne pas s’assimiler à un style de vie occidental et d’éviter les contacts avec la civilisation blanche.

Ces peuples sont néanmoins soumis à des menaces très graves, dues à l’avancement de la déprédation forestière et minière et de l’agriculture extensive mécanisée. «Ils ont choisi de s’isoler suite à des situations traumatiques, très souvent tragiques. C’est pourquoi nous devons profondément respecter leur choix et garantir la protection de leur territoire, ce qui leur permettra en définitive de préserver leurs vies elles-mêmes, a déclaré un responsable du REPAM, un missionnaire interviewé par Fides.

Étaient également présents à Puerto Maldonado des représentants de communautés indigènes ayant des contacts avec des communautés en isolement volontaire, et qui savent donc où elles se trouvent et où elles circulent, ainsi que des représentants de peuples contactés récemment –voici 20 ou 30 ans- du Brésil, du Pérou, d’Équateur et de Bolivie. On estime que dans ces seuls quatre pays, vivent quelque 150 peuples ou parties de peuple en isolement volontaire.

Des données confidentielles

«Nous obtenons des informations à propos des lieux dans lesquels vivent ces peuples en isolement volontaire au travers de personnes, en général des indigènes proches de leurs territoires, explique encore le missionnaire. Elles nous signalent les repérages, les rencontres fortuites, relèvent leurs vestiges dans la forêt ou recueillent des histoires relatives à leur présence par le passé qui rendent possible leur persistance dans la zone. Nous parviennent également des signalements de la part de manœuvres et d’ouvriers d’entreprises forestières qui, en avançant dans la jungle, les rencontrent ou se heurtent à eux. Nous cherchons ensuite à préciser au mieux les informations reçues et de les comparer avec celles de l’organisme chargé des indigènes de l’État.»

Les données demeurent confidentielles, «afin qu’elles ne tombent pas entre les mains de groupes ou de personnes intéressées pour des motifs opposés aux nôtres», indique le missionnaire. «Dès que nous identifions des signes de leur présence ou lorsque nous arrivons dans des lieux où la population locale nous avise de cette possibilité, nous nous retirons. Notre intention est de protéger et de faire respecter leur décision d’isolement volontaire. Ces peuples indigènes en isolement volontaires sont des sujets de droits.»

Suite à cette dernière rencontre, trois niveaux d’action ont été établis. Le premier est pan-amazonien; il concerne ceux qui s’occupent des peuples indigènes en isolement volontaire dans chacun des quatre pays mentionnés, et vise l’obtention d’une vision et de connaissances communes. Le deuxième est national: il est prévu de faire front commun dans chaque pays et de protéger les peuples indigènes en isolement volontaire dans les zones frontalières où se déplacent les indigènes «sans se préoccuper des limites nationales». Le troisième niveau est de nature ecclésiale; il consiste à relayer dans l’Église cette problématique, y compris dans le cadre du prochain Synode dédié à l’Amazonie.

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