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jeudi, 21 février 2019 15:58

Haïti, la démission du président s'impose

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MoiseCompte twitter de Jovenel MoïseÀ Haïti, après onze jours d’émeutes et de paralysie, les activités ont repris dans le pays. Dans un communiqué musclé, le supérieur général des jésuites de Haïti, le Père Jean Denis Saint-Félix, a dénoncé l’irresponsabilité des dirigeants, en particulier du président de la République Jovenel Moïse. Il est urgent d'établir un dialogue national, a-t-il ajouté, et les jésuites sont prêts à s'y engager, avec tous leurs moyens.

La situation demeure très tendue. L’opposition politique, qui exige le départ de Jovenel Moïse, élu en février 2017, a d’ailleurs annoncé une deuxième phase de mouvements de protestation. Il est certain que l’allocution du président, le 14 février, après une semaine de silence, n’a pas calmé les choses. Il a affirmé qu’il ne démissionnerait pas et a comparé indirectement les manifestants à des gangs armés et des trafiquants de drogue. Selon le Père Jean Denis Saint-Félix sj, le discours du président a provoqué au sein de la population «déception, répugnance, colère et honte», notamment parce qu’il ne contenait aucune annonce de mesures destinées à faire face à la crise.

Citant des analystes politiques et sur la base de ses propres connaissances, le Père Saint-Félix énumère les revendications populaires non écoutées: lutte pour la justice sociale, contre le fort coût de la vie, contre la perte du pouvoir d’achat et la dévaluation de la monnaie, contre la corruption. La détérioration de la situation socio-économique est manifeste, avec des hôpitaux et des centres sanitaires privés d’oxygène depuis plusieurs jours, des supermarchés aux étals vides, un manque croissant d’accès à l’eau courante, à la nourriture et aux soins médicaux urgents. «Les enfants des familles à bas revenu meurent de faim dans de nombreux quartiers pauvres du pays», indique le jésuite, qui se demande «quelle peut être la porte de sortie et jusqu’où ira le président de la République». Pour le Père Saint-Félix, Jovenel Moïse doit quitter le pouvoir «et pas seul, dans la mesure où les autres personnalités de l’Etat sont également inadaptés et corrompues».

Il est temps de passer à un grand dialogue national

Cette crise toutefois, avance le jésuite, pourrait offrir une possibilité à saisir rapidement: «Le temps du dialogue réclamé par toutes les strates de la société haïtienne est arrivé. Il est impossible de l’ignorer.» Il doit s’agir d’un dialogue «national et inclusif», qui requiert la participation «d’hommes et de femmes honnêtes, compétents et crédibles» et qui mène à «une nouvelle Constitution, à des institutions réellement républicaines, à une véritable réforme économique et au procès contre Petro-Caribe». Ce procès impliquerait une quinzaine de ministres ainsi que l’actuel chef de l’État.

Le pays ne changera pas si continuent à faire défaut «une prise de conscience et un engagement patriotique ferme et sincère, visant à construire une société plus juste, équitable et prospère». Le supérieur des jésuites appelle encore les «braves gens», qui demeurent enfermées chez elles, à sortir de leur silence et de leur rôle de spectateurs, et rappelle à leurs responsabilité la presse, les responsables religieux et les intellectuels.

«Nous, jésuites haïtiens, ferons notre devoir pour entrer en contact avec tous les secteurs de la vie nationale et proposer ensemble un espace dans lequel réfléchir sur les mécanismes actuels de ce nécessaire dialogue.» Dans ce but, conclut le Jean Denis Saint-Félix sj, «nous désirons mobiliser toutes nos ressources, tant humaines que matérielles, nos contacts et nos talents, tant nationaux qu’internationaux». Et de citer l’exemple «des collèges et universités jésuites qui ont participé à des processus analogues dans des pays tels que le Salvador et la Colombie». (Fides, réd.)

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Avec, en exclusivité sur notre site, les propos de Pierre Emonet sj, directeur de choisir, et de Charles Morerod op, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.