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lundi, 30 septembre 2019 12:57

Regards d’ici et au-delà Claudia Andujar et Aurélien Fontanet

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AurelienFontanet OrnementJeuneGarcon Bresil2013Ornement d’un jeune garçon pour son Mérèrémeit, 2013 © MEG, Aurélien FontanetParmi les images contemporaines des peuples autochtones exposées à Nantes, propriété du MEG (voir l'article précédent), celles de deux photographes d’origine suisse offrent un regard atypique et militant sur l’Amazonie (notre portfolio à découvrir en fin d'article).

D’un côté, il y a les photomontages oniriques et envoûtants de Claudia Andujar (1931) qui côtoie les Yanomami du Brésil depuis 50 ans; de l’autre, les reportages d’une force et d’une pudeur rare d’Aurélien Fontanet (1982), qui dépeint une vie autochtone contemporaine oscillant tant bien que mal entre traditions et modernité. Un demi-siècle les sépare, la même envie de témoigner de l’absurdité et de lutter contre l’ethnocide dont les Indiens d’Amazonie sont victimes les réunit.

Claudia Andujar propose une évocation du chamanisme, une vision des transes qui mènent les initiés sur les chemins de leur «paradis perdu», à l’écoute de la forêt et de ceux qui la peuple. Aurélien Fontanet dispose de ses objectifs pour militer sur les pas de l’ethnologue René Fuerst (1933) et aux côtés du cinéaste Daniel Schweizer[1] (1959) sur les lieux de ses tournages. Ensemble, ces trois hommes, issus de trois générations, ont fondé Amazonian Memory,[2] une association dont le but est de porter les revendications des Indiens hors de leurs frontières, en utilisant notamment les arts visuels.

Claudia Andujar

La photographe helvético-brésilienne a vécu une vingtaine d’années avec le peuple des Yanomami du Brésil, dont elle a traduit les traditions et les transes chamaniques en photographies. Ces dernières sont conservées par de nombreux musées à travers le monde, dont le Musée d’ethnographie de Genève.

Claudia Andujar rencontre les Indiens Yanomami au début des années 1970, alors qu’elle est envoyée par le magazine Realidade sur le front pionnier pour réaliser un reportage autour de la construction, par le gouvernement militaire brésilien, de la route transamazonienne. Son mandat est alors de photographier l’avancée des travaux, son rédacteur en chef lui ayant spécifié: «Ne te fatigue pas à photographier les Indiens, ces images-là, on ne les publiera pas.» Le chantier ouvre pourtant la région à la déforestation, à de vastes projets de colonisation agricole, et provoque la destruction de communautés entières en favorisant la propagation d’épidémies. Refusant de cautionner ce « génocide », la reporter n’aura de cesse de militer et témoigner par un travail photographique approfondi. Elle jouera -et joue encore- un rôle essentiel dans la défense des droits des Indiens et de la forêt qu’ils habitent.

ForetAmazonienne reveYanomami ClaudiaAndujarForêt amazonienne, Pará - série Rêves Yanomami (1971 - tirage de 2015) © MEG, Claudia Andujar

«Je suis liée aux Indiens, à la terre, à la lutte première. Tout cela me touche profondément. Tout me semble essentiel. Peut-être ai-je toujours cherché la réponse au sens de la vie dans ce noyau fondamental. J’ai été poussée là-bas, dans la forêt amazonienne, pour cette raison. C’était instinctif. C’est moi que je cherchais», dira-t-elle. Elle y trouvera plus qu’elle-même et participera à la révélation d’un monde que personne ne voulait voir.

Sa trajectoire personnelle n’est sans doute pas étrangère à son engagement contre l’injustice. Née en Suisse au début des années 30 d’un père juif hongrois et d’une mère suissesse protestante, Claudia Andujar passe une partie de son enfance en Transylvanie. Son père meurt au camp de concentration de Dachau, alors que sa mère et elle trouvent refuge chez un oncle à Neuchâtel. En 1948, elle épouse Julio Andujar, un réfugié espagnol, puis émigre aux États-Unis, avant de rejoindre le Brésil et de prendre la nationalité brésilienne. Elle vit à São Paulo depuis 1955.

Expositions autour de Claudia Andujar:
Du 12 décembre 2019 au 10 mai 2020, la Fondation Cartier pour l’art contemporain de Paris propose la plus vaste exposition jamais consacrée à l’œuvre de la photographe.
À partir de juin 2020, au Fotomuseum Winterthur, Claudia Andujar. La lutte Yanomami.

Aurélien Fontanet

Le travail d’Aurélien Fontanet témoigne de son fort attachement avec les peuples de la forêt amazonienne, qu’il rencontre une première fois lors d’un voyage au Brésil en 1999 avec l’ONG Nordesta Reforestation & Education, renouant du même coup avec ses origines brésiliennes.

AurelienFontanet motojouet MEGLa moto électrique - Un jeune garçon prend la pose à côté de sa moto jouet. Brésil, État du Pará, village Kateté, Kayapó © MEG, Aurélien Fontanet

Le Genevois ne montre pas, il milite en images. Son travail photographique est d’une grande finesse et reflète le quotidien des peuples autochtones sans les idéaliser. «Aurélien Fontanet (…) comprend clairement le rôle essentiel que ses photographies peuvent avoir en plus: aider les gens qu’il photographie, participer à aider aussi à faire connaître leurs causes et leurs drames: il voyage chez les Xikrin dans la jungle Amazonienne, et en plus de ses photos, il nous parle de ce que ceux-ci vivent à l’heure des dangers de la ‹civilisation› (!)», dit de lui le photographe français Bernard Plossu sur le site de L’œil de la photographie. 

Quelques images de plus (cliquez dessus pour les agrandir)

Claudia Andujar, photographies

ClaudiaAndujar1 ReveYanomami1976 MEGClaudiaAndujar2 ReveYanomami1976 MEGClaudiaAndujar3 ReveYanomami1976 MEG

Légendes:
1. La chute du ciel - série Rêves yanomami, 1976 (tirage de 2015) © MEG, Claudia Andujar
2. Extase - série Rêves yanomami, 1974 (tirage de 2015) © MEG, Claudia Andujar
3. Guerrier Toototobi - série Rêves yanomami, 1976 (tirage de 2015) © MEG, Claudia Andujar

Aurélien Fontanet, photographies

AurélienFontanet Bresil1 MEGAurélienFontanet Bresil2 MEGAurélienFontanet Bresil3 MEG

AurélienFontanet Bresil4 MEGAurélienFontanet Bresil5 MEGAurélienFontanet Bresil6 MEG

AurelienFontanet Bresil8 MEGAurrlienFontanet Bresil10 MEGAurelienFontanet Bresil11 MEG

Légendes:
1. Enfants jouant sur l'eau - Des enfants jouent dans le fleuve Cateté avec des objets de récupération. La rivière est nécessaire pour la communauté qui l'utilise plusieurs fois par jour pour se rafraîchir, se laver, et nettoyer différentes affaires personnelles. Elle est aussi vitale car la pêche est l'une des ressources principales des Xikrin pour se nourrir. Brésil, État du Pará (Amazonie brésilienne), Terre indigène du Cateté, village Djudje-kô, Kayapó Xikrin. 2014 © MEG, Aurélien Fontanet

2. Rituel Mereremeit – Le rituel du Mereremeit est orchestré par Piu-djo au centre du Ngobe (La maison des hommes). Le Mereremeit, littéralement la cérémonie des Beaux petits enfants, est une cérémonie qui attribue un nom officiel au jeune Xikrin. La célébration dure environ un mois, du premier croissant de lune à la pleine lune. Au terme de ce cycle, les hommes de la communauté partent dix jours dans la forêt pour un séjour dans des conditions de survie. Lors de ce périple, les Xikrin chassent plus spécifiquement la tortue. Brésil, État du Pará, Terre indigène Cateté, village Djudje-ko, Kayapó Xikrin, 2013 © MEG, Aurélien Fontanet
3. Rio Itacaiúnas - Une barque remontant le fleuve Itacaiúnas pendant une partie de chasse et de pêche. Bepkaroti Kayapo s'amuse à prendre des photos avec son téléphone portable. Brésil, État du Pará (Amazonie brésilienne), Terre indigène du Cateté, Forêt amazonienne dans le territoire Xikrin du Cateté, Fleuve Itacaiúnas. Population Xikrin du Cateté, 2013 © MEG, Aurélien Fontanet
4. Départ imminent pour la chasse - Le caractère énergétique des peintures corporelles font souvent référence aux forces des éléments naturels. Brésil, État du Pará, village Cateté, Kayapó Xikrin. 2013 © MEG, Aurélien Fontanet
5. Bep-kran - Pause cigarette lors de la construction de la Kikré, cuisine extérieure traditionnelle. Brésil, État du Pará, Terre indigène Cateté, village Oodjã, Kayapó Xikrin, 2014 © MEG, Aurélien Fontanet
6. Nkré-Oro - Nkré-Oro personnalise sa poupée. Elle s'entraîne à l'art et au geste de la peinture corporelle et invente de nouveaux motifs. La peinture est composée par de la cendre, de l'eau, et du fruit genipapo. Brésil, État du Pará, Terre indigène du Cateté, village Cateté, Kayapó Xikrin, 2013 © MEG, Aurélien Fontanet
7. Bekwỳnhpiy - Installée dans un hamac, Bekwỳnhpiy joue à Angry Birds sur une tablette. Brésil, État du Pará, Terre indigène Cateté, village Djudje-ko, Kayapó Xikrin, 2014 © MEG, Aurélien Fontanet
8. Mekrire (enfants) – Au Ngobe (lieu de rencontre des hommes) des enfants (mekrire) ornementés regardent Fourmiz sur un écran plat quelques heures avant le Mereremeit. Brésil, État du Pará, Terre indigène Cateté, village Djudje-ko, Kayapó Xikrin, 2013 © MEG, Aurélien Fontanet
9. Meni - Femmes revenant au village après une récolte dans une plantation. Brésil, État du Pará, Terre indigène Cateté, village Oodjã Kayapó Xikrin. 2014 © MEG, Aurélien Fontanet

[1] Amazonian Cosmos, le nouveau film de Daniel Schweizer, sortira en salle au printemps 2020 après avoir été montré dans différents festivals.
[2] www.amazonianmemory.org. Aurélien Fontanet fait également partie de l’association Inhobikuwa.

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