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vendredi, 14 janvier 2022 10:43

Le corps et le sacré

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Un Christ de douleur montrant ses plaies (1460-1470) © Photo: Jacques BersetUn Christ en pied montrant ses plaies -un Christ de douleur en bois de noyer (1460-1470)- nous accueille à l’entrée de l’exposition CORPUS Le corps et le sacré, qui se tient au Musée d’art et d’histoire de Fribourg (MAHF) jusqu’au 27 février 2022. Cette exposition sur le corps et la corporéité, ponctuée depuis l’automne dernier de conférences, de visites guidées et d’ateliers, est la première d’un cycle qui jalonnera la programmation du MAHF ces prochaines années. Elle veut explorer les relations complexes et passionnantes entre le corps et le sacré.

Fribourg, alors Ville-État restée catholique au temps de la Réforme, fut épargnée par la déferlante iconoclaste, ce qui fait qu’elle a gardé bien plus d’œuvres d’art médiéval que d’autre régions de Suisse. Le choix du corps et du sacré, note l’historien Ivan Mariano, à la direction du MAHF depuis le 1er décembre 2019, fait sens étant donné le formidable patrimoine chrétien du MAHF, qui constitue le cœur de sa collection.

Chef de saint Jean-Baptiste (1530-1560), bois de tilleul avec polychromie, Atelier Hans Gieng © Photo: Jacques BersetLe directeur, dans l’ouvrage publié à l’occasion de l’exposition, rappelle que n’ayant pas connu d’iconoclasme, Fribourg dispose d’un riche héritage qui «dit» un rapport au corps. Ce discours anthropomorphique débute il y a plusieurs siècles pour continuer jusqu’à aujourd’hui. Et de citer les sculptures médiévales et baroques, les bustes de Marcello (artiste peintre, graveuse et sculptrice suisse, de son nom Adèle d'Affry, duchesse de Castiglione Colonna, née le 6 juillet 1836 à Fribourg) ou encore les Nanas de Niki de Saint Phalle (1930-2002).

L’iconographie religieuse au centre

Tatouage à motif religieux, Laurence, 2021, de la photographe Martine Wolhauser, exposé au MAHFLe point de départ du parcours, composé de cinq sections, est donné par l’iconographie religieuse. Cette dernière décline dans la première section le corps incarné (le divin qui s’incarne et rencontre l’humain), puis le corps animé (les rites reliant au sacré, impliquant des gestes répétés et transmis de génération en génération -prière, bénédiction, adoration, pénitence, etc.), les couleurs, parures et nudités (le rapport entre nudité, vêtement et parures évoque dans l’iconographie chrétienne les questions de chasteté et de péché, comme dans l’exclusion d’Adam et Eve du Jardin d’Eden,), les fragments et supplices (le corps morcelé rappelle le supplice des martyrs), et finalement l’extase et ravissement (l’humain rejoint le divin).

Dialogue avec l'art contemporain

Dans l’exposition, on voit que le corps est aussi un outil pour entrer en communication avec le sacré: par les rituels, les vêtements et les gestes, l’être humain renforce son lien avec la sphère spirituelle. Ainsi les cinq thématiques de l’exposition illustrent à tour de rôle un aspect différent du lien entre le corps et le sacré, en favorisant l’échange avec la création artistique actuelle.

Le martyre de saint Barthélemy, dépecé alors qu’il évangélise l’Orient © Photo: Jacques BersetHäutung, «Ecorchés», caoutchouc naturel, 2001, de Franticek Klossner © Photo: Jacques BersetAfin de prolonger ces thématiques au XXIe siècle, les œuvres et objets d’art du patrimoine religieux exposés sont en dialogue avec l’art contemporain qui en souligne les survivances et les décalages.

On voit ainsi que l’extase et le ravissement (cinquième section) évoquent aussi un lâcher-prise, un sujet qui intéresse les artistes contemporains qui mettent en parallèle cette perte de contrôle du corps avec d’autres expériences liminales comme l’exaltation orgastique.

 

 

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Michel Gounot Godong

Scénarios de films imbibés de whisky, cinéastes alcooliques, publicités pour des marques de bière: l'ivresse côtoie depuis des décennies Hollywood. Virée éthylique avec Patrick Bittar dans le cinéma étasunien.