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mardi, 06 avril 2010 12:00

A la découverte de Dante

Écrit par

Beaup 42293Mireille Beaup, Le paradis de Dante, Parole et Silence, Paris 2009, 157 p.

C'est à la suite d'un cours donné à l'Ecole Cathédrale sur la Divine Comédie que l'autrice, docteur de l'Université Paris III, a publié ce livre destiné à faire connaître cette oeuvre à un large public.

La Divine Comédie, oeuvre très marquée par l'histoire de son auteur, est à la fois le prolongement annoncé d'un traité d'amour courtois, l'itinéraire d'un homme perdu dans une forêt obscure symbolique, puis sauvé par la grâce de Dieu, et enfin, la confession d'un croyant, d'un poète exilé qui veut parler aux hommes de son temps. Après l'Enfer et le Purgatoire, le Paradis est un aboutissement.

Après s'être égaré, le poète aperçoit une colline ensoleillée qui lui redonne l'espoir de retrouver son chemin et le vrai soleil. C'est Béatrice qui sera sa guide dans ce paradis formé de ciels successifs. Dante va décrire ces ciels en trente-trois chants. Dans celui où il est question de justice et de jugement, le poète arrive au ciel avec une question restée sans réponse sur terre : un homme qui n'a jamais entendu parler du Christ, qui meurt donc non baptisé et sans la foi, où est sa faute s'il ne croit pas ? Et l'aigle du paradis lui apporte trois types de réponses surprenantes de modernité et d'audace. Son salut est le fruit d'une pure grâce. Et l'aigle d'inviter tous les mortels à être lents à juger et à accepter de ne pas pouvoir juger les pensées d'un Dieu bien au-dessus de celles des hommes.

Au chant XXVI, le poète met dans la bouche de Béatrice une digression qui est une satire violente et inattendue de ceux qui sur terre sont censés proclamer la vérité et qui racontent trop de choses confuses. Sont visés là les philosophes prétentieux, aux raisonnements fantaisistes, les prédicateurs de sornettes et enfin les moines... Dante, bien qu'au paradis, reste solidaire de ses contemporains, de l'humanité avec sa sainteté et ses bassesses.

Arrivé au chant XXX, Dante, dans un ravissement total, apprend de Béatrice qu'il n'a tout vu que comme derrière un voile. Tout n'a été qu'une « préface ombreuse du vrai ». Son désir doit encore s'enflammer pour découvrir ce « vrai ». Un autre guide survient, saint Bernard, qui va le soutenir dans son extase et augmenter l'ardeur de son regard. Et on arrive au dernier chant, exprimé par trois cercles, figures parfaites sans commencement ni fin. Dans le cercle central, il perçoit un visage humain, celui du Christ inscrit dans la Trinité. Le chant se termine sur l'évocation des étoiles, signes de la présence du Dieu-Amour dans sa création.

Claudel, qui a beaucoup aimé Dante, pensait que le but du poète n'avait pas été de nous enseigner, mais de nous prendre avec lui, de nous faire voir et toucher, et, tout en rassurant l'intelligence, d'apprivoiser l'imagination en ne l'entourant que de figures connues et d'objets familiers. Il l'a fait d'une manière si vive, si convaincante et dans un langage si beau que, peu à peu, nous cédons à ce pied du compagnon qui nous entraîne.

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