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mardi, 04 janvier 2011 16:00

L'exception syrienne

Écrit par

Donati 42721Caroline Donati, L'exception syrienne. Entre modernisation et résistance, La Découverte, Paris 2009, 356 p.

La Syrie est un pays méconnu. Placée sur la liste des Etats-Unis des pays aidant le terrorisme, elle fait peur et n'attire pas les touristes. L'ouvrage de Caroline Donati, peut-être trop sévère sur le régime, comble une lacune et rendra de précieux services à ceux qui visitent ce pays magnifique et accueillant.

Journaliste spécialiste du Moyen-Orient, correspondante à Beyrouth pour le journal La Croix de 1996 à 2000, C. Donati retrace l'histoire de la République arabe syrienne depuis son indépendance en 1946, avec ses débuts chaotiques émaillés de coups d'Etat, puis l'ère Hafez Al-Assad (1970-2000) et les années de Bachar Al-Assad. Son analyse minutieuse s'appuie sur les écrits de chercheurs occidentaux et de quelques Syriens, mais aussi sur bon nombre d'entretiens recueillis de 2004 à 2007.

La Syrie dans ses frontières actuelles n'est aux yeux de l'historien qu'une région de la Syrie historique qui comprenait aussi l'actuel Liban, la Jordanie et la Palestine. Ce que l'idéologie du parti Baath au pouvoir souligne en désignant ses organes, comme par exemple le Comité central, comme « régionaux ». Le pays du reste est une mosaïque multiethnique et plurireligieuse. Si tous parlent arabe, Kurdes, Druzes et Arméniens sont des minorités dont la reconnaissance n'est de loin pas complète. La grande majorité des habitants est musulmane sunnite, mais les chrétiens forment une minorité reconnue et intégrée. Parmi les musulmans, il y a d'anciennes dissidences d'origine chiite, comme les Ismaélites et surtout les Alaouites d'où sont issus les gens au pouvoir.

L'autrice consacre près des deux tiers de son ouvrage à l'ère Bachar Al-Assad. Son père, Hafez al-Assad, avait bâti un pouvoir intérieur fort, principalement à partir du clan des officiers, et avait exercé une politique étrangère, mélange d'extrême prudence et d'audace, visant à faire de son pays une puissance régionale dans un environnement explosif. A sa mort, en 2000, de nombreuses voix dénoncent publiquement les dérives et la corruption du régime (« printemps de Damas »). Mais le jeune Bachar, élu à 34 ans, gagne vite en assurance, même à l'intérieur du clan, et impose progressivement sa vision.

Après l'invasion de l'Irak par les troupes américaines et britanniques, rares sont ceux qui misent sur la pérennité du régime. La Syrie de Bachar, pressée de toutes parts, se retire du Liban et bâtit de nouvelles relations diplomatiques avec le pays du cèdre. Elle accueille un million et demi de réfugiés irakiens, contient les pressions américaines, rétablit de bonnes relations avec la Turquie, maintient son alliance avec l'Iran et garde ainsi un regard sur le Liban sud du Hezbollah. A l'intérieur, Bachar verrouille la société en perpétuant la situation d'exception. Cependant une bourgeoisie moyenne et supérieure profite sans complexe du monde globalisé et de l'économie de marché, accentuant les disparités sociales.

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