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dimanche, 06 novembre 2011 11:00

Prêtres et célibat

Écrit par

Salamolard 43861Michel Salamolard, Maxime Morand, Prêtres, et après ? L'avenir des paroisses et de l'eucharistie, St-Maurice, Saint-Augustin 2011, 300 p.

Autrefois, lorsqu'un prêtre quittait le ministère, c'était dans un lourd silence, sous la réprobation soupçonneuse du village ou du secteur paroissial soudain orphelin de son curé ou de son vicaire. A quelques exceptions près, le temps a modifié le tableau en profondeur. Cette évolution doit une part de son succès à la prise de conscience, dans les paroisses et les communautés, que l'Eglise romaine se prive elle-même de l'expérience et de la sincérité des prêtres « partis ». Aujourd'hui, devant la rareté des vocations sacerdotales et face à l'opinion publique choquée par l'attitude figée des catholiques concernant l'obligation du célibat des prêtres, le débat peut s'ouvrir plus sereinement.

Prêtres, et après ?, publié en tandem par Michel Salamolard, prêtre et écrivain, et Maxime Morand, en ministère de 1981 à 1986, aujourd'hui marié et père de deux adolescents, arrive à point nommé, cinquante ans après l'ouverture du concile Vatican II, à l'heure où l'Eglise traverse une période de doutes et d'interrogations graves sur sa présence au monde actuel.

Ces pages se gardent néanmoins de tomber dans le dénigrement ou le découragement. Au contraire. Les témoignages d'une vingtaine de prêtres encore en ministère et de prêtres mariés, ainsi que de leurs épouses constituent la moelle épinière d'un ouvrage plutôt serein et dépourvu d'esprit batailleur. Le dossier est complété par un exposé très éclairant sur la pratique des Eglises orientales, qui admettent depuis toujours des hommes mariés à l'ordination sacerdotale.

Les contributions de cet ouvrage adoptent un ton grave mais non polémique. Un prêtre renonce rarement de gaîté de coeur à son ministère. Ces hommes s'étaient engagés avec joie dans la pastorale et les activités ecclésiales. Certains y songeaient depuis leur tendre enfance. Ils durent un jour renoncer à leur promesse d'ordination et prendre une lourde décision : quitter le sacerdoce. Ou bien, comme l'écrit l'un d'entre eux, non sans une touche d'ironie, appartenir « au grand nombre de prêtres qui ont été exclus du clergé pour cause de mariage » ! La lecture de leurs témoignages donne la sincère impression d'une paix retrouvée, y compris au sein de l'Eglise.

Reste un problème grave. Le sacerdoce n'est pas une coutume anachronique. Il est consubstantiel à la vie de l'Eglise et au service eucharistique. Le célibat, lui, est conjoncturel et n'a jamais été une règle universelle. Prêtres, et après ? interroge l'avenir de nos paroisses et de l'eucharistie. Laisserons-nous dépérir la vitalité de nos communautés ? Michel Salamolard pose la question en termes non voilés : « Dieu ne nous indique-t-il pas assez clairement ce qu'il souhaite pour son Eglise, à savoir aussi - certes pas seulement - des pasteurs mariés ? » Ce livre plaide pour la clairvoyance. Il amorce un débat incontournable et urgent.

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