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mercredi, 30 janvier 2013 15:18

Anthropologie et christologie

Écrit par

Pannenberg 43668Wolfhart Pannenberg, Théologie systématique t. 2, traduit sous la direction d’Olivier Riaudel, Paris, Cerf 2011, 636 p.

Paru en allemand en 1991, ce volume de la Théologie systématique de Pannenberg fait suite au premier tome traduit en 2008.[1] Il traite de la création du monde, de l’anthropologie (dignité et misère de l’homme), des liens entre anthropologie et christologie, de la divinité de Jésus-Christ et de la réconciliation du monde en Jésus-Christ.

Pannenberg n’entend pas séparer le thème de la création des thèmes anthropologiques, christologiques et sotériologiques. La création est d’emblée vue aussi à la lumière de la pneumatologie et de l’eschatologie. Le théologien confirme son attention soutenue pour les débats sur les relations entre la physique et la théologie, mais il aborde aussi de front la problématique du lien entre les forces de la nature et la dynamique de l’Esprit.

Notons les réflexions originales et audacieuses de l’auteur quant à de possibles homologies entre la notion physique de champ et son usage en théologie trinitaire : « La personne du Saint-Esprit elle-même ne doit pas être comprise comme champ, mais plutôt comme manifestation unique (singularité) du champ de l’essence divine. »

Il convient de mieux articuler les paradoxes de la vie en s’appuyant sur la notion de destination (Bestimmung) : la nature même de l’homme dépend de sa destination divine. Sur le chemin de cette destination surgit l’obstacle de l’aliénation, qui redonne leur signification aux idées de misère humaine et de péché.

Bien que la vie demeure traversée par des forces sombres, l’homme peut, par la raison et par le droit, accomplir des choses bonnes, mais seule la christologie vient vraiment répondre aux attentes de l’anthropologie. La divinité de l’homme Jésus n’a de sens que dans la perspective d’une autoréalisation du Dieu trinitaire, s’effectuant au sein de l’Histoire et incluant le moment de l’absence de Dieu signifié à la croix. Dieu se révèle et s’accomplit en exerçant sa seigneurie sur le mode d’une irruption de son Règne, irruption intervenant à la fois dans le monde et en contradiction avec l’état de ce monde. L’irruption de la seigneurie de Dieu s’exprime centralement dans la Résurrection, où Jésus se trouve justifié par Dieu.

La théologie en est conduite à revisiter le thème de la Réconciliation du monde et de l’homme. Sous l’action du Saint-Esprit, les hommes sont appelés à reproduire de manière contingente et autonome le mouvement d’autodifférenciation propre à l’agir et à l’être trinitaire de Dieu.

En fidélité critique à l’héritage de la Réforme, la tradition de l’Eglise demeure soumise ici non seulement aux Ecritures, qui ne sont pas une production des Eglises, mais également à l’Evangile en tant que puissance libératrice.

1 • Voir choisir n° 597, septembre 2009, pp. 38-39, ou www.cedofor.ch.

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