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jeudi, 06 décembre 2018 13:50

Une BD en réalité augmentée

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matieres noires smartphoneMatières noires, c’est un peu comme un calendrier de l’Avent. On se demande quelle surprise nous réserve la page suivante. Il y en a qui nous ravissent, d’autres un peu moins, mais c’est très ludique.

Cet objet particulier stimule plusieurs sens. Le toucher, avec ce plaisir que l’on ressent lorsqu’on tourne les pages d’un livre imprimé sur des feuilles bien épaisses… qui sentent bon le papier. L’odorat donc aussi. La vue ensuite, bien sûr, puisque qu’il s’agit d’une BD en noir et blanc (sans nuances de gris), réalisée en papier découpé, à laquelle se surajoutent, grâce à notre smartphone et à l’application Matières Noires, les images animées de la partie «réalité augmentée». Une technologie qui permet aussi à l’ouïe d’entrer en action.

Silvain Monney
Matières noires. Une bande dessinée avec réalité augmentée
Fribourg, Fleurs Bleues 2018, 64 p.

Cette expérience sensitive, plaisante et originale, devrait plaire aux adeptes des nouvelles technologies, mais aussi aux plus anciens, nostalgiques des premiers temps du cinéma ou du théâtre en ombres chinoises. Silvain Monney a étudié le cinéma d’animation et son œuvre s’en ressent. Il s'est mis au dessin au gymnase déjà, esquissant des croquis à ses heures perdues dans un petit carnet. Le Fribourgeois, dont c’est le deuxième livre, signe pourtant ici une BD sans dessins, puisque fabriquée avec du papier découpé, ce qui donne aux images leur aspect minimaliste, de croquis dessinés à coups de grands traits noirs.MatNoPlanchesA3 5

Il propose une histoire sans paroles quelque peu absurde, scénarisée autour de trois personnages poursuivis par leur obsession- un aspirateur dernier cri pour l’un, son smartphone pour l’autre, le fantôme de son père pour le troisième - et dont les chemins vont se croiser.

Chaque page papier, plutôt hermétique, livre une part de son secret grâce à l’application téléchargée qui permet leur scannage. Le smartphone pose le contexte avec un fond sonore (sonnant plutôt crispant à mes oreilles), mais surtout en ramenant au premier plan visuel (avec effets 3D) ce qui jusque-là était caché, un peu comme le ferait un papier calque avec dessins incorporées et mouvants que l’on superposerait sur le livre.

L'expérience demande un certain effort de concentration et de la curiosité. Elle gagne en valeur si on ne se contente pas de visionner les pages avec son smartphone, mais que l'on cherche les différences (tiens encore un jeu!) entre la planche d'origine et celle qui surgit avec l'application.

À ce jour, peu de bandes dessinées ont utilisé cette technologie. Ce projet expérimental en matière d’arts multimédias a reçu le soutien de l’État de Fribourg, de Migros pour-cent-culturel et de l’Université des Sciences et des Arts appliqués de Lucerne où l'auteur a étudié.

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