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mardi, 06 mai 2008 02:00

Interdits libérateurs

Écrit par

nabati41519interditsMoussa Nabati, Ces interdits qui nous libèrent. La Bible sur le divan, Dervy, Paris 2007, 324 p.

L'auteur a grandi dans le ghetto juif de Téhéran et est arrivé à Paris à l'âge de 20 ans. Il a alors la troublante sensation de sortir d'un monde irréel pour en rencontrer un autre... occidental, totalement différent. Ce qui ne manque pas de provoquer chez lui un profond bouleversement. Confronté à mille questions, il se tourne vers la psychanalyse et devient « négociant en paroles et vendeur de questions à des pèlerins qui le paient pour obtenir des réponses ».

Le but de son livre est de construire un pont entre la Torah et la psychanalyse, de démontrer, grâce à une analyse très fine, que les interdits et les commandements de la Bible contiennent une signification symbolique, exhortant à respecter les séparations structurantes pour cheminer dans une voie vers le devenir « soi » différencié. Cette voie est, dit-il, fil d'Ariane et colonne vertébrale tant pour le judaïsme que pour la psychanalyse, car les deux poursuivent le même but : celui de la sanctification et de la différenciation qui constituent la source de vie, alors que la confusion et l'hybridité attirent vers le chaos de la mort psychique.

Selon lui, la loi, avec ses 613 commandements positifs et négatifs (obligations-interdits) remplit une double fonction, « celle d'une part d'aider la pulsion, l'énergie libidinale, à se vivre, à s'épanouir, à se satisfaire à l'abri de l'extinction dépressive due à l'existence de tabous rigides et d'une culpabilité excessive, et celle d'autre part d'aider à rester vigilant, à imposer des limites à ne pas dépasser pour limiter les risques d'une exultation perverse lorsque la pulsion cherche à obtenir satisfaction n'importe comment, n'importe quand, déniant tout manque et toute culpabilité ».

Les voies de sainteté/différentiation tournent autour de trois axes. Le premier, celui de l'étude et de la prière (probablement le plus indispensable), le deuxième, celui de la charité (aimer l'étranger et son prochain comme soi-même, ni plus ni moins), le troisième, celui de la prise en charge de sa vie corporelle d'une manière concrète par des actes, en se sanctifiant journellement.

Toujours selon l'auteur, judaïsme et psychanalyse aident l'homme à prendre conscience de l'importance vitale de sauvegarder et de cultiver les différences afin d'en empêcher leur nivellement. L'interdit est libérateur, dit-il, car il exhorte le sujet à renoncer à certains comportements qui ne feraient que renforcer l'indifférenciation, donc la confusion. Le grand travail de M. Nabati a été d'interroger le récit biblique comme étant le dépositaire d'un sens symbolique, à ne pas le prendre au premier degré mais à cheminer, en partant du récit conscient pour atteindre le sens inconscient et caché, sans parti pris ni jugement, simplement pour comprendre.

A travers sept chapitres, il expose, questionne, tente une réponse : un voyage passionnant, pas toujours facile il est vrai, mais la clarté de sa pensée est telle qu'on le suit pas à pas et qu'au bout du compte, on est heureux de l'avoir fait.

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Michel Gounot Godong

Scénarios de films imbibés de whisky, cinéastes alcooliques, publicités pour des marques de bière: l'ivresse côtoie depuis des décennies Hollywood. Virée éthylique avec Patrick Bittar dans le cinéma étasunien.