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mardi, 28 octobre 2014 01:00

Kobane - Suruç : 7 km de distance, 2 pays, 1 peuple

Écrit par

agence www.zeernews.com

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Octobre 2014. Sur les trottoirs de la rue principale de Suruç, en Turquie, 200 000 réfugiés de Kobane s'entassent sous la surveillance des patrouilles de la police. Les espaces publics ont été aménagés pour accueillir les tentes destinées aux réfugiés. L'aide humanitaire est organisée et financée par la municipalité kurde de Suruç et par les communes voisines. L'offensive de l'EI sur Kobane (nord de la Syrie, sur la frontière turque), le 16 septembre dernier, a engendré un véritable désastre humanitaire : 100 000 réfugiés ont traversé la frontière au cours d'une seule journée et ils continuent à arriver par centaine.

Contrairement à ce qui s'est passé à Sinjar, en Iraq, où les Peshmerga (combattants kurdes) ont quitté la ville, laissant les civils livrés à eux-mêmes, la branche armée du Parti de l'Union démocratique (PYD : parti des kurdes syriens), a préféré évacuer les civils de Kobane avant que les combats n'atteignent le centre de la ville.

« Le gouvernement turque ne faisant rien, des volontaires de toute la région ont accouru à Suruç pour prêter secours aux réfugiés », explique Faruk Tatli, un kurde responsable de la municipalité. Nombre d'habitants de Kobane ont de fait de la famille en Turquie et ont pu compter sur leur aide. Ainsi, des 186 000 réfugiés enregistrés, seuls 80 000 logent dans les tentes de Suruç ; la majorité s'est rendue ailleurs en Turquie.

Dans la zone industrielle utilisée pour entasser les biens de première urgence, Tatli, deux téléphones sonnant continuellement à la main, coordonne l'arrivée d'un camion transportant du riz et de la farine. « L'Etat islamique (EI) existait déjà il y a un an, et il avait déjà attaqué Kobane », raconte-t-il pendant qu'une dizaine de personnes déchargent le matériel. « Mais à ce moment-là, aux Etats-Unis et en Europe, personne ne connaissait l'EISL (Etat islamique en Irak et al-Sham). Comment se fait-il que l'EI ne fasse la une de l'actualité que maintenant ? »

Un passage pour djihadistes
Une route de 7 km relie Kobane et Suruç. Les grillages du dernier poste de contrôle frontière laissent entrevoir la désolation de Kobane, une ville assiégée. Le long du front oriental, certains réfugiés, équipés de jumelles, suivent avec appréhension l'évolution du siège. Les bombes explosent à l'intérieur de la ville. « On doit vivre avec ces explosions jour et nuit », se lamente Egid, qui vit à cent mètre des barbelés. Chaque soir, une quarantaine de personnes se réunissent chez lui pour échanger des idées, des informations ou pour essayer de trouver des solutions aux problèmes des familles restées à Kobane. Dans son jardin ont atterri des morceaux de bombes lacrymogènes lancées par les forces turques durant les manifestations de solidarité à Suruç. Le 8 octobre, à Diyarbakir, le chef-lieu de la région, vingt personnes ont été tuées par les forces de l'ordre lors d'une manifestation demandant le droit de passage des Kurdes pour se battre aux côtés du PYD. « Dans le village d'à-côté, ils m'ont raconté qu'EI est entré tranquillement en Turquie pour voler des voitures, sous les nez des militaires, tandis que nous, on ne peut pas passer », se révolte Egid. « Ils nous lancent des grenades, et ils nous tuent ! Ils ouvrent la frontière pour eux mais pas pour nous ! »

Ce n'est un secret pour personne que des djihadistes et des militants étrangers d'EI traversent la frontière pour se rendre en Syrie depuis la frontière turque. « Avez-vous entendu cette histoire d'un groupe de l'EI qui était sur un train passant près de la frontière? » demande Kamal Oskan, un journaliste kurde syrien qui réside à présent à Gaziantep (sud-est de l'Anatolie). « Quand le train a ralenti, ils ont sauté et sont entrés en Syrie à travers un trou dans les barbelés. Ils ont même lancé des roquettes en Turquie, mais personne n'a répondu à cette attaque. »

Plusieurs citoyens de Gaziantep le confirment : le sud-est de la Turquie est rempli de membres de l'EI. « Même ici à Gaziantep, ils ont leur quartier, avec leurs docteurs et leurs dispensaires où les combattants viennent se faire soigner quand ils sont blessés. »

Kamiran Mdirs est une personnalité de Kobane. Depuis deux semaines, il vit avec toute sa famille dans trois chambres que son cousin, qui est né et a grandi à Suruç, lui a mises à disposition. Trente personnes vivent sous le même toit. « On s'est enfui le 19 septembre à 16h30 », revit Naze al Hussein, 27 ans, une nièce de Kamiran. « Cela faisait seize jours qu'on ne pouvait pas dormir à cause des bombes. Quand ils nous ont averti que l'EI était en train d'arriver, on est parti sans même se changer. On a tout quitté. » Au souvenir de cette journée, tous les invités frissonnent. Kamiran rappelle que « Kobane a toujours été une ville multiculturelle et multiconfessionnelle. On avait de bonnes relations avec nos voisins arabes, on s'est aidé mutuellement, on a hébergé les familles qui fuyaient Alep. Mais maintenant plusieurs de nos voisins se sont mis à aider l'EI ! Pourquoi ? » demande-t-il avec colère.

G. B. et C. Sp.

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