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mardi, 01 mars 2016 14:56

Re-posez pausez-vous!

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C’est plus qu’un problème d’orthographe ! Est-ce la pose ou la pause ? Et si c’était les deux, à la faveur de l’été ? Mais oui : reposons-nous et re-pausons-nous puisque la pause, selon le dictionnaire, est « un temps de repos interrompant une activité ou un travail. »

« Mon Père travaille toujours, et moi aussi, je travaille » (Jn 5,17), disait Jésus aux Juifs qui le contestaient parce qu’il avait guéri un infirme le jour du sabbat. Comment Dieu pourrait-il cesser d’être à l’ouvrage, lui qui soutient continuellement l’univers - et chacun de nous - dans « la vie, le mouvement et l’être » (Ac 17,28) ? Heureusement pour nous, le Créateur assure scrupuleusement le « service après-vente » de son œuvre d’amour et de vie, y compris pour les réparations urgentes qui permettent au monde et à l’humanité de tenir encore dans l’existence.
Mais le labeur de Dieu ne l’empêche pas de « chômer » un peu et de promouvoir un juste repos. Tel est, entre autres, le sens du sabbat.[1] La Bible nous raconte comment Dieu, après avoir créé toutes choses, plutôt satisfait de son œuvre, a décidé de « reprendre haleine » le septième jour en conférant à cette divine pause une dimension de sanctification et de bénédiction (cf. Gn 2,1-4 ; Ex 31,17). Car il est dit que le ciel et la terre eux-mêmes sont le lieu du repos de Dieu (Es 66,1), avec l’ordre, pour ses fidèles, de respecter ce sabbat sacré en se reposant durant ce temps que le prophète Esaïe qualifie de « délices et vénérable » (Es 58,13). 
Et pour quoi donc ? Pour que puissent « reprendre souffle le bœuf et l’âne ainsi que le fils de la servante et l’étranger » (Ex 23,12), mais aussi pour prendre le temps de se souvenir des grâces reçues dans le passé proche ou lointain et consacrer ce loisir à la louange du Seigneur, notamment à l’aide des psaumes qui chantent, par exemple : « En Dieu seul, repose-toi, mon âme » (Ps 62,6). Le repos, c’est bien, mais aussi la culture et le culte.

Une promesse
Dans l’alternance entre la dynamique du travail et la sérénité du « repos complet », les Hébreux ont pris conscience peu à peu d’une double promesse. Le vrai repos, ce sera dans la terre promise où coulent le lait et le miel. Plus profondément, le repos durable est dans la communion avec Dieu par une vie éternelle dans sa maison, selon la promesse rappelée par le prophète Daniel : « Pour toi, va, prends ton repos, et tu te lèveras pour ta part à la fin des jours » (12,13). « Car le juste, même s’il meurt avant l’âge, trouve le repos » (Sg 4,7).
Jésus de Nazareth est venu accomplir et nous offrir toutes ces promesses. Lui « qui n’avait pas où reposer sa tête » (Mt 8,20) a senti l’épuisement de ses disciples au terme d’une tournée missionnaire harassante. C’est pourquoi il leur a dit : « Venez vous-mêmes à l’écart dans un endroit désert et reposez-vous un peu » (Mc 6,31). Admirable humanité de Jésus ! Il a aussi invité les surchargés et les fatigués à venir au - près de lui goûter le repos pour leurs âmes (cf. Mt 11,28-29). Avec un peu de patience cependant, car le repos définitif et parfait nous attend dans le Royaume au-delà de la mort, avec la perspective de la Pâque, selon cette béatitude de l’Apocalypse : « Heureux dès à présent ceux qui sont morts dans le Seigneur ! Oui, dit l’Esprit, qu’ils se reposent de leurs fatigues, car leurs œuvres les accompagnent » (Ap 14,13).
Mais si le but ultime de notre vie consiste à rejoindre Dieu pour nous reposer en lui, nous devons nous adonner ici-bas au labeur de toutes les libérations, à la suite de Jésus qui ne cessa d’œuvrer pour guérir les corps et les esprits, jusqu’à ce qu’il repose sur le bois de la croix quand, « inclinant la tête, il remit l’Esprit » (Jn 19,30). Doux repos, a commenté magnifiquement Jean-Sébastien Bach dans sa Passion selon saint Jean.

Un combat
Au rythme de leurs travaux et de leurs repos, les chrétiens s’unissent dans la foi et dans l’amour à celui qui les accompagne sur la route de leur vie, tantôt à l’œuvre avec eux sous le souffle courageux de l’Esprit, tantôt à la pause auprès d’eux dans la douce méditation de la parole et la savoureuse communion de l’eucharistie. Le dimanche, par exemple, c’est - ça devrait être - le repos bienfaisant, la pause heureuse, selon ce que dit le psaume 11 : « Retourne à ton repos, mon âme, car le Seigneur t’a fait du bien. »
Comment incarner tout cela dans le contexte de la société en laquelle nous sommes immergés, de gré ou de force ? L’efficacité économique, la vitesse des mouvements et des changements, le tintamarre des divertissements et l’avalanche des informations nous stressent au point de nous transformer parfois en robots pilotés de l’extérieur et voués aux fatigues déshumanisantes des activismes quasi perpétuels. Même quand nous croyons nous re-poser/ pauser, ne sommes-nous pas envahis par les séquelles des tâches accomplies, ou obsédés par celles qui nous attendent et qu’il faut planifier et organiser ? Oui, avouons-le, le repos devient un défi et la pause un combat jamais gagné d’avance.
Peut-être alors qu’à la faveur de l’été, avec son offre de vacance normalement incontournable, pourrons-nous trou ver un espace de vrai repos, une île bienvenue pour faire la pause, à l’instar des Israélites qui, sous le roi Salomon, appréciaient de vivre en sécurité « chacun sous sa vigne et sous son figuier » (1R 5,5).

Une surprise
Il y a des vides opportuns, plus encore, nécessaires ! Ne rien faire, n’avoir rien à faire, ce n’est peut-être pas du temps perdu, mais un espace gagné pour nous retrouver nous-mêmes dans toute notre vérité enfin mise à nu. A condition de ne pas nous culpabiliser parce qu’il serait indécent de paresser un peu. Certains creux du reste ne vont pas tarder à accueillir quelques visites impromptues. Laissons la vie nous surprendre, y compris l’Esprit qui peut nous titiller de l’intérieur à la faveur de nos siestes, de nos silences et de nos prières.
Nous avons tous fait ces expériences que nous avons de la peine à réitérer, justement parce que le tourbillon du quotidien nous en empêche trop souvent. Contempler longuement un paysage et le goûter à pleine joie, quelle grâce puisque Dieu « parque » ceux dont il est le berger « sur des prés d’herbe fraîche, et les mène vers les eaux du repos afin de refaire leur âme » (Ps 23,2-3) ! Ecouter une belle musique, lire un livre intéressant et même jouer aux cartes : ça repose. Prendre le temps d’une méditation « cool », faire une pause avec sa Bible ou un ouvrage de spiritualité : cela peut être une bénédiction. Participer à une liturgie comme à une pause bienvenue partagée avec d’autres, même inconnus : ne serait-ce pas une fraternelle plongée ecclésiale qui redonne du punch communautaire à notre foi ? S’accorder gratuitement de la durée (à soi-même et à ceux et celles que l’on aime) pour savourer la joie simple d’être ensemble, proches, intimes même : y a-t-il plus grand bonheur quand il est vécu sous le signe de la tendresse ?

Un repos...éternel
Et, pourquoi pas ? repenser à son repos ... éternel, pour apprivoiser peu à peu ce moment inéluctable où nous passerons dans la paix de Dieu, non pour nous y ennuyer sans fin mais pour jouir de sa présence, avec les divines surprises qu’il saura nous offrir généreusement. Alors se réalisera pleinement ce verset du psaume 116 : « Retourne à ton repos, mon âme, car le Seigneur t’a fait du bien. »
Quand nous aurons tout déposé en Dieu, alors viendra le repos éternel. Quelles vacances !

[1] • Voir encore au sujet du sabbat, l’article de Jean-Claude Huot, aux pp. 12-13 de ce numéro. (n.d.l.r.)

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