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mercredi, 10 décembre 2014 01:00

Romandie. Les 100 ans des chrétiens de gauche

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Au début du XXe siècle, en France, l'Eglise et l'Etat paraissent clairement séparés. Il semble alors difficile de se proclamer à la fois socialiste et chrétien. « Pourtant de nombreux chrétiens trouvent dans l'Evangile une exigence de justice qui les rapproche des socialistes. »[1] Parmi eux, deux intellectuels laïcs protestants, Paul Passy et Raoul Biville, qui fondent en 1908 l'Union des socialistes chrétiens et son cahier, L'Espoir du monde. Une revue encore publiée aujourd'hui.


Le mouvement trouve rapidement des adeptes en Suisse romande. La nouvelle Fédération romande des socialistes chrétiens (FRSC) voit le jour en mars 2014, avec 132 membres. Parmi eux, [2] pasteurs et 16 femmes, dont Hélène Monastier, de Lausanne, qui sera désignée présidente de la Fédération romande.
Sept groupes sont actifs : Genève, Lausanne, La Chaux-de-Fonds, le Locle, Sonvilier (BE), St-Imier et Neuchâtel, correspondant aux régions où le socialisme a pris pied au début du XXe siècle. Peu industrialisées, les régions catholiques (Valais, Fribourg, Nord du Jura) restent, pour leur part, plus imperméables au socialisme ; la FRSC s'y implantera plus difficilement.
Cette fusion entre socialisme et christianisme ne se fera pas sans ambiguïtés, comme en témoigne le tract reproduit ci-dessous, distribué à la porte des églises par le groupe de Lausanne, à l'occasion des élections cantonales de 1917.2 Mais globalement, en dehors de certains intellectuels, les socialistes chrétiens romands se montreront peu intéressés par le débat théologique, comme l'explique Jean-François Martin, secrétaire de la FRSC, dans le résumé historique présenté à la presse à l'occasion des 100 ans du mouvement.[3]

Aux chrétiens de Lausanne !
Le programme du Parti ouvrier socialiste lausannois pour la nouvelle législature ne contient rien qui soit en opposition avec l'Evangile. Au contraire ! Par son programme immédiat, le Parti socialiste est le seul parti qui prenne hardiment la défense des pauvres, des petits et des faibles, de tous les « travaillés et chargés » contre tous les égoïsmes coalisés. Par son but final, il est le seul aussi qui veuille non pas une société un peu meilleure, « replâtrée », mais une régénération complète, une société totalement nouvelle. La lutte qu'il soutient n'est pas seulement une lutte d'intérêts, c'est l'envolée humaine vers de hauts buts spirituels. Seul il veut libérer les âmes de nos frères et de nos sœurs qui étouffent sous le capitalisme oppresseur. Seul il veut réaliser la justice dans le domaine économique. Seul il proclame l'égalité de tous les hommes, non plus en théorie, mais dans les faits. Seul enfin, à côté des Eglises inertes et de l'apathie des chrétiens de tradition, il veut donner à tous du travail et du pain, une place au banquet de la vie et au soleil de Dieu ! Le parti socialiste est par conséquent le seul qui applique dans les faits la doctrine du christianisme primitif. Frères chrétiens, votez tous la liste socialiste !
Section lausannoise de l'Union des socialistes chrétiens (1917)

[1] • L'Espoir du Monde, n° 118, janvier 2014, p. 10.
[2] • Voir l'article suivant.
[3] • Jean-François Martin, « La Fédération romande des socialistes chrétiens, évocation historique », n° spécial de L'Espoir du Monde, décembre 1997, 32 p.

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