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mardi, 11 septembre 2018 16:06

Alimentation, les votations du 23 septembre

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terroirFête du terroir à Presinge, 2015. © UniterreLe peuple suisse est appelé à voter le 23 septembre sur deux initiatives populaires liées au contenu de notre assiette: Pour la souveraineté alimentaire et celle dite Pour des aliments équitables. Ces deux textes du syndicat paysan Uniterre et du parti des Verts poursuivent des buts analogues (santé, écologie, bien être animal) et visent un changement de la politique agricole au Nord comme au Sud. Les œuvres d’entraide, notamment chrétiennes, militent également activement pour ces deux initiatives.

Les Suisses ne consacrent plus que 6,7% de leur budget à l’alimentation, contre 80% au Sénégal. Dans les années 1970, ce taux était encore de l’ordre de 20%.  constate . Pour Sylvie Bonvin-Sansonnens, députée Verte au Grand-Conseil Fribourgeois et maître agricultrice bio, le système agricole actuel basé sur la concurrence et sur le libre échange a atteint ses limites. Avec deux ou trois exploitations agricoles qui disparaissent chaque jour en Suisse, le monde paysan en paye le prix fort. (lire

Aujourd’hui, seuls les payements directs permettent aux agriculteurs suisses de survivre. Le plus souvent, ils sont contraints de vendre leur production à perte. Quant au consommateur, il est livré à l’industrie alimentaire qui pour fabriquer des cervelas importe des boyaux d’Amérique latine, les fait laver en Chine, avant de les farcir en Suisse. Les boyaux suisses sont tout bonnement jetés…, rapporte Sylvie Bonvin.

Le soutien du pape François

Les deux initiatives soumises au peuple le 23 septembre visent à remettre un certain ordre dans ce marché. La souveraineté alimentaire donne aux peuples le droit de choisir ce qu’ils veulent manger et la manière dont ces aliments sont produits, rappelle l’Action chrétienne agricole romande (ACAR). Forte de la lecture de l’encyclique Laudato si, et dans la continuité du mouvement paysan de la Via Campesina, l’ACAR a sollicité l’appui du pape François pour cette lutte. En septembre 2017, une lettre de la Secrétairerie d’État lui assure que «le Saint-Père confie au Seigneur votre engagement au service de la souveraineté alimentaire pour qu’il contribue à créer une nouvelle mentalité qui pense en termes de communauté, de priorité de la vie de tous sur l’appropriation des biens par quelques-uns».

Il est temps de perdre patience

Bio, équitable, de saison et de la région, les deux initiatives veulent ancrer ces principes dans la Constitution. En matière de commerce équitable et de produits bios la Suisse est championne du monde, mais cela ne représente encore que 10% du marché, relèvent l’Action de Carême (AdC) et Pain pour le Prochain (PPP). Pour les œuvres d’entraide, «il est grand temps de perdre patience» afin que les aliments soient élaborés de sorte à permettre à ceux qui les produisent, en Suisse ou à l’étranger, de mener une vie digne tout en préservant le sol, l’eau, le climat et la biodiversité. Les tomates d’Italie ou d’Espagne récoltées par les émigrés africains dans des conditions proches de l’esclavage, les œufs ou la viande provenant d’usines à animaux allemandes et bourrés d’antibiotiques, ne doivent plus avoir de place sur les étals et dans les assiettes, quitte à devoir payer un peu plus cher.

La TouviereProduction de raisin bio de La Touviere, Meinier, un modèle paysan collectif pour une agriculture durable et rémunératrice.Pour Action de Carême et Pain pour le prochain, ces initiatives peuvent aussi offrir des chances aux pays en développement: des coopératives de petits paysans ayant une production biologique bénéficieraient d’un soutien ciblé et obtiendraient ainsi un avantage sur le marché face aux grandes exploitations industrielles.

Un modèle prédateur

Mathias Stalder, coordinateur de l’initiative pour la souveraineté alimentaire, dénonce un modèle prédateur avec toujours plus de transports, toujours plus d’intrants, toujours plus d’industrie. Les matières premières agricoles sont transportées par camion, par bateau, par avion à travers le globe. Les multinationales agroalimentaires conquièrent de nouveaux marchés en détruisant le commerce local. Reprendre la main sur l’alimentation est une nécessité. «Inscrire la souveraineté alimentaire dans la Constitution fédérale, c’est prendre au sérieux les soucis et les demandes de la population.» L’initiative prévoit ainsi l’interdiction des organismes génétiquement modifiés (OGM).

La menace d’accords de libre-échange agricole

«La Suisse ne peut subvenir seule à son alimentation. Elle importe plus de la moitié des fruits et des légumes qu’elle consomme, essentiellement des pays européens limitrophes. Ses importations sont également importantes en matière de produits tropicaux et de produits de la mer. Elle est par contre pratiquement autosuffisante en matière de produits animaux.

Mais sur la dernière période, les importations ont beaucoup augmenté et la Suisse est aujourd’hui sous la menace d’accords de libre-échange agricole avec le continent américain qui cherche à écouler ses excédents, et dont les règles de production sont beaucoup plus laxistes que les nôtres», explique Jean-Jacques Friboulet. Pour l’ancien professeur d’économie de l’Université de Fribourg, il est donc urgent de légiférer pour parer à cette menace. «Les opposants invoquent une éventuelle augmentation des prix et la restriction de la liberté de choix. Ils n’ont pas compris que le monde avait changé.»

Changements climatiques

L’agriculture est en partie responsable du changement climatique et doit faire partie de la solution, rappelle l’initiative des Verts. L’agriculture suisse ne réalise que partiellement ses objectifs environnementaux. Des sols vivants et une agriculture respectueuse de l’environnement sont essentiels pour s’adapter aux changements climatiques. Or la concurrence à prix cassé de l’agro-industrie globalisée provoque une sous-enchère écologique qui bat en brèche les efforts vers davantage de durabilité. Une politique agricole plus écologique se heurte à une opposition accrue, en raison notamment des importations bon marché. Une économie agro-alimentaire guidée uniquement par la sous-enchère ne peut qu’engendrer davantage d’exploitations industrielles, produisant de manière intensive et polluante, relèvent les Verts.


Pour creuser la question, lire nos articles:

Un débat agité, et Alimentation, une autonomie à reconquérir, de René Longet
La spéculation, bienfait ou danger, de Markus Mugglin
Une aumônerie agricole. Pourquoi? de Pierre-André Schütz

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