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vendredi, 21 décembre 2012 08:46

La famille au-delà des modèles

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Depuis plusieurs mois, les politiciens débattent au sujet de la famille, de ce qu’elle est ou n’est pas (imposition, familles homoparentales, noms des enfants, etc.). Au cours d’une session de l’Eglise catholique de Genève, la question a été également débattue. Différents intervenants (l'écrivain Colette Nys-Mazure, le pasteur Félix Moser, Philippe Lefebvre o.p.) ont apporté leur regard, leurs expériences et leurs réflexions sur ce sujet. Pas question ici de faire un compte-rendu, mais l’envie de partager une réflexion.

La famille, c’est à la fois beaucoup plus compliqué et beaucoup plus simple que ce que nous imaginons. Plus compliqué, parce que lorsque nous regardons l’Histoire et notre société ou même la Bible, c'est pour nous apercevoir que la famille « simple » n’existe pas. L’Histoire révèle que le modèle nucléaire familiale est récent : pendant des siècles, la famille était un réseau étendu de relations plus ou moins denses, marqué de tensions, de conflits et parfois d’harmonie. De même la Bible nous parle de familles fondées sur la polygamie, le « harem », puis la monogamie ; la constante étant que Dieu traverse ces situations, pour libérer les hommes, les femmes et les enfants. Nos propres expériences, enfin, nous montrent que de nouveaux modèles de familles existent, très différents de ceux que spontanément nous considérerions comme idéaux. Africain, Esquimau, Européen, pour autant qu’il soit possible de réduire des continents à des catégories, chacun conçoit la cellule familiale différemment.

Des hommes, des femmes, des enfants vivent dans ces familles : elles existent. Comme tous les autres, ces foyers sont confrontés à des tensions, à des conflits. Il est du devoir de chacun de tenter de garantir les droits des uns et des autres, dans ces nouveaux modèles familiaux comme dans les modèles plus traditionnels. Interdire ne changera rien à la réalité. L’Eglise doit certainement avoir une parole et défendre sa manière de voir l’être humain et la famille, mais elle ne doit pas oublier de rappeler que Dieu a montré, montre et montrera qu’Il peut agir et libérer chacun, dans des situations qui ne correspondent pas à ce que l’Eglise elle-même croit juste. Pour chacun de nous, la tentation est toujours présente de ramener Dieu à nos petites catégories marquées par le temps et le lieu... Or Dieu est plus grand et plus libre que nous ne l’imaginons.

Il ne s’agit donc pas ici de militer pour un modèle contre un autre, mais de rappeler que l’essentiel pour le croyant est de voir Dieu à l’œuvre. Il est présent et agissant là où il y a de l’amour. Certains pensent peut-être définir l’amour de manière très précise, en se fondant sur une culture et une époque. Les Anciens, pour leur part, voient l’amour comme une joie qui vient de quelque chose ou de quelqu’un d’autre que soi. Une capacité de se réjouir de la différence, une joie qui rend disponible, qui vivifie, qui permet de se donner. Une telle définition ne dit pas tout, mais rappelle quelques fondamentaux, qui peuvent d'ailleurs être étendus à notre conception de la « famille chrétienne », à l'heure où nous célébrons la semaine de l'Unité...[1]

La Bible nous apprend que Dieu a toujours été capable de se révéler, même dans des situations qui paraissaient sans issue, traversées par les contradictions et les tensions. Si nous gardons une capacité à nous émerveiller devant des réalités qui ne correspondent pas à nos idéaux, nous pourrons prendre notre part en aidant notre société à être un peu plus juste. Elle ne sera jamais idéale, ni parfaite, cela est impossible, mais nous pouvons aider à la rendre plus juste. Condamner revient à démissionner et à se cantonner dans une tour d’ivoire. Ce n’est pas la voie qu’a choisie Dieu. Il s’est toujours « engagé », même compromis pour sa Création.

1 • Voir l'article de Claude Ducarroz, aux pp. 9-12 de ce numéro.

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