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lundi, 06 mai 2013 02:00

La morale, le droit et la loi

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Le « mariage pour tous » pose question. Plus encore, il provoque débat et invectives. L’Eglise a donné de la voix, provoquant les sempiternelles récriminations de ceux qui lui reprochent de « se mêler

de politique ». Mais comment ne le ferait-elle pas ? Comme disait le pape Pie XII, la politique n’est-elle pas le plus haut niveau de la charité ? L’être humain ne se réduit pas à ce qu’en saisissent les sciences et encore moins à ce qu’en connaissent les catégories administratives.

Cependant, l’intervention de l’Eglise dans les problèmes de société ne passe pas. Fruit de naissances de moins en moins subies et de plus en plus désirées, baigné dans une idéologie capitaliste qui fait de la liberté individuelle le cœur du système, trompé par une utopie qui lui fait croire qu’il naît de rien sinon de sa propre volonté, l’être humain de notre temps n’accepte plus consciemment les autorités morales autoproclamées. Alors quoi ? Prêcher dans le désert en se gargarisant de la suprême jouissance de ne pas être entendu ou d’attirer la moquerie, à la manière des prophètes ? Il y a mieux à faire : rappeler simplement trois principes libérateurs, issus de la tradition de l’Eglise.

Premier principe : ce qui est légal n’est pas toujours conforme au droit. La loi prescrit des normes auxquelles chacun est tenu

d’obéir (saint Paul le rappelait aux chrétiens de Rome), mais encore faut-il que la loi soit fidèle au droit qui vise la justice sous ses multiples facettes. La tension entre le droit et la loi (entre le légitime et le légal, disent les gens savants) nourrit toute la vie politique. Tout le travail politique vise en effet à faire entrer le droit dans la loi. Non sans difficultés d’ailleurs, parlez-en aux défenseurs des droits humains. Deuxième principe : ce qui est conforme au droit n’est pas toujours moral. La morale désigne les règles générales et le rôle que la société impose à chacun. La tension entre la morale et le droit se lit à livre ouvert dans la succession des déclarations relatives aux droits humains, et les contestations ciblant chacune de ces formulations, qui se prétendent plus universelles les unes que les autres. Troisième principe : ce qui est moral ne répond pas toujours à ma conscience individuelle. (Ecoutez saint Pierre devant le Sanhédrin.) Le primat de la conscience sur l’autorité, argumenté dès le XIIIe siècle par saint Thomas d’Aquin et repris depuis lors par la tradition théologique, ne saurait faire oublier le rôle nécessaire de l’autorité pour bien vivre ensemble.


Ces trois principes peuvent résonner dans notre monde individualiste, car ils sont garants d’une liberté individuelle raisonnable. Qui les entendra s’en trouvera bien, car la liberté ne se conquiert ni en s’identifiant à l’autorité de la loi, ni en répétant, comme un perroquet bavard, les formulations transitoires du droit, ni en se coulant dans la morale ambiante. Choisir, avec ce que cela suppose de discernement, fait mentir la « loi de Campbell » qui veut que chacun « joue » la norme : on se satisfait d’appliquer la règle, celle sur laquelle on va être jugé, sans s’interroger sur son sens ou son utilité. Faire fonds sur la conscience interrogée par l’autorité conduit à rendre caducs les constats formalisés voici plus de cinquante ans par le psychologue Solomon Ash, et répétés à l’envi : nous préférons nous tromper avec tout le monde plutôt que d’affirmer notre personnalité. Pire encore, les tristes expériences élaborées par Stanley Milgram dans les années 60 montrent ce que le système nazi avait déjà prouvé : nous perdons toute sensibilité humaine lorsque nous sommes subjugués par les apparences de la science.


Ainsi ce numéro de choisir permet de comprendre que le libre engagement de deux êtres dans la fidélité pour la fécondité, où se vit le mystère du Dieu de Jésus-Christ (« toi en moi et moi en toi », dit l’Evangile - Jn 17,21) ne peut pas s’identifier au mariage célébré à la mairie, qui répond à une certaine morale de notre temps, dans un droit encore en quête de sa légalité.

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