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mardi, 02 septembre 2014 10:27

Face à la famille

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Le mois prochain, du 5 au 19 octobre, les évêques catholiques délégués du Synode se réuniront à Rome pour une assemblée générale extraordinaire consacrée aux défis pastoraux de la famille dans le contexte de l'évangélisation. Créé en 1965 par le pape Paul VI, comme prolongement du concile Vatican II, pour orienter et répondre à des questions brûlantes, le Synode a été porteur, dès sa première assemblée (1967), de nombreux espoirs d'ouverture... qui ont été progressivement déçus. Rappelons le Synode de 1971 sur les prêtres, celui de 1980 consacré à la famille chrétienne et à ses tâches, celui de 1987 sur la vocation des laïcs, puis celui de 1990 sur la formation des prêtres et, dernier en date, celui de 2008 sur la Parole de Dieu. Lors de ces Synodes successifs, à plusieurs reprises, j'ai entendu des remarques et des observations pertinentes d'évêques issus de différents pays s'exprimant dans l'assemblée, mais elles avaient disparu des documents finaux y relatifs, confiés à la rédaction des papes.

Le Synode de 2014 a été précédé d'une large consultation auprès des catholiques de la base.[1] Un questionnaire a été envoyé aux fidèles par les conférences épiscopales. Beaucoup de sujets délicats ont été abordés, comme la préparation au mariage, le concubinage, les divorcés remariés, les familles monoparentales, les unions de personnes de même sexe, la transmission de la foi dans ces unions, la contraception, l'avortement, la théorie du genre, les défis de l'éducation dans la famille d'aujourd'hui, etc. De nombreuses réponses et observations, souvent très détaillées, y compris de chez nous, ont été renvoyées à Rome. Elles constituent l'essentiel du Document de travail publié en juin, qui servira à la discussion au sein de l'assemblée tenue en deux temps, en 2014 et 2015, pour aboutir à « des actions pastorales ».

Le Document de travail constate avec réalisme que les textes du Magistère sur la famille « ne sont pas du tout connus des fidèles » ou apparaissent d'une approche difficile. « Même quand l'enseignement de l'Eglise sur le mariage et la famille est connu, beaucoup de chrétiens manifestent des difficultés à l'accepter intégralement », ce qui m'apparaît plutôt comme un signe de maturité. Il y a résistance à propos du contrôle des naissances, du divorce et du remariage, de l'homosexualité, du concubinage, de la fidélité, des relations avant le mariage, de la fécondation in vitro, etc. L'enseignement sur la dignité et le respect de la vie humaine est plus largement accepté, du moins dans son principe. Le document reconnaît aussi que le concept de « loi naturelle », si central dans la pensée catholique, est aujourd'hui très problématique et même incompréhensible dans les différents contextes culturels du monde.

A côté de ces constats sans complaisance, le document signale que la famille est le milieu habituel de croissance de la vie, une école d'amour et d'espérance pour la société, le lieu où l'on peut apprendre et transmettre des valeurs comme la fraternité, l'aide mutuelle, la loyauté, etc. Par ailleurs, la diversité des cultures et des régions du monde sont prises en compte. La polygamie, par exemple, est considérée comme « naturelle » dans certaines régions d'Afrique, d'Océanie ou d'Asie de l'Est. Ou encore, en Amérique latine et en Asie, les mères, souvent seules et pauvres, sont contraintes à déléguer l'éducation de leurs enfants au clan familial, sans parler du phénomène très préoccupant des « enfants des rues ». A citer ces exemples, on mesure combien les attentes vis-à-vis du rôle de l'Eglise sont grandes et diversifiées. Or la pastorale actuelle de l'Eglise n'est pas toujours - c'est un euphémisme - en mesure d'accompagner de façon appropriée ces douloureuses réalités familiales.

La tâche du Synode ne sera donc pas simple : il devra orienter les esprits vers la « catholicité », c'est-à-dire la conscience d'une Eglise universelle, et promouvoir en même temps des solutions pastorales innovantes, pour répondre à des problèmes aigus, comme pour les divorcés remariés, en tenant compte des diversités régionales. La prise de position ouverte sur ce problème du cardinal Walter Kasper et le rappel de la doctrine en vigueur par le cardinal Ludwig Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, laissent présager des débats musclés au sein de l'assemblée.[2] L'approche du pape François, faite de proximité aux situations vécues des personnes, et son courage d'aller vers « les périphéries » (nos familles s'y trouvent bien souvent) sont des gages d'espoir.

[1] • Cf. choisir n° 648, décembre 2013, p. 4.
[2] • Cf. l'article de François-Xavier Amherdt aux pp. 13-17 de ce numéro.

 

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