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mardi, 06 février 2007 01:00

Retour au centre

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Dans l'interview qu'il a accordée à l'agence APIC et publiée dans ce numéro de choisir, Mgr Koch, le nouveau président de la Conférence des évêques suisses, se livre à un tour d'horizon très lucide et courageux de la situation de l'Eglise catholique en Suisse. Prenant acte de la crise qui touche la pratique religieuse dans son ensemble, l'évêque de Bâle met le doigt sur ce qui semble être un des maux majeurs dont souffre l'Eglise : une préoccupation excessive pour les questions structurelles qui fait perdre de vue la beauté de la foi chrétienne. De fait, le latin et les rites de la messe, les diverses manières de pratiquer le sacrement de la réconciliation, le célibat sacerdotal, l'utilisation du préservatif occupent trop de places. En ancrant dans l'imaginaire populaire une image de l'Eglise qui n'a rien à voir avec le message du christianisme, ces discussions stérilisent la mission qui lui a été confiée. Car l'Eglise c'est d'abord le Christ lui-même, présent dans le monde sous des formes qui n'ont pas grand-chose de commun avec toutes ces questions. Ceux et celles qui se tournent vers elle attendent qu'elle poursuive simplement l'oeuvre du Christ: établir la paix, rompre le pain, communiquer l'Esprit, annoncer une parole de liberté aux pauvres et aux petits, faire résonner à temps et à contretemps un message d'amour, de liberté, de joie. Les batailles de sacristie ne leur apportent pas l'élan spirituel dont ils ont besoin pour trouver un sens à leur vie et soutenir leur engagement pour une société plus juste.

Des polémiques du même genre empoisonnaient déjà la première communauté chrétienne. A Rome, à Corinthe, en Galatie, les chrétiens se disputaient pour des questions de nourriture casher, de circoncision ou de calendrier liturgique. Saint Paul ne s'est pas gêné de leur reprocher - et avec quelle vigueur ! - de pervertir le message chrétien. En attachant trop d'importance à des institutions caduques, ils mettaient en péril le salut apporté par le Christ : « Le règne de Dieu n'est pas affaire de nourriture ou de boisson ; il est justice, paix et joie dans l'Esprit saint» (Rm 14,17).

Ce genre de débats est une tentation permanente pour les Eglises, une manière subtile de sacrifier à l'esprit du monde sous le masque du zèle pour Dieu. Les énergies déployées à se quereller pour des questions annexes agissent comme une force centrifuge ; elles détournent l'attention du centre vers la périphérie, du Christ vers des institutions qui ne sont finalement que des fruits saisonniers de l'histoire. Il est temps de revenir au centre en passant de l'extérieur vers l'intérieur, des choses vers une personne, celle du Christ, présent dans sa parole comme ultime instance de la pensée et de la vie. Les chrétiens ont mieux à offrir au monde que leurs divisions : la joie de croire et le témoignage de leur foi, la fréquentation de la Parole et son assimilation dans la vie de chaque jour, la pratique de la prière et de la méditation, la fraternité universelle, l'engagement pour la justice et la paix sont tout de même des sujets plus spécifiques du christianisme que nos querelles d'arrière-garde. Plusieurs articles de ce numéro de choisir y font allusion et proposent même quelques chemins.

Le retour au centre n'est pas un repli individualiste. Au coeur sclérosé, engoncé dans des pratiques légalistes et extérieures, succède un coeur de chair, capable de percevoir la présence intérieure, de l'aimer et de lui obéir. Les prophètes y voyaient le signe d'une nouveauté dans les relations entre Dieu et les hommes (la Nouvelle Alliance). « Tu étais dedans, mais moi, j'étais dehors ! Tu étais toujours avec moi, mais moi, je n'étais pas avec Toi ! » (saint Augustin). Les chrétiens n'ont pas d'autre mission que d'apporter à chaque génération et culture l'unique Parole capable d'éveiller et de libérer la Présence intérieure. Dépositaires de l'Evangile, la bonne nouvelle qui pacifie et encourage, leur responsabilité est immense. La prédication, les rites, les préceptes, les lois, les institutions et les pasteurs ne sont finalement que l'immense échafaudage destiné à faciliter le retour constant vers cet essentiel. Il serait aberrant de compromettre ce cadeau de lumière, de joie et de liberté par des préoccupations annexes.

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