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jeudi, 05 janvier 2017 09:56

Palestine-Israël: débusquer l’espoir

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L’entreprise de la guerre n’a jamais cessé dans l’histoire de l’humanité. Pire, elle fait rage aujourd’hui sous des formes nouvelles, notamment le terrorisme et le bombardement des populations par leurs propres gouvernants. Le livre Le tourment de la guerre de Jean-Claude Guillebaud, que choisir a recensé, nous en montre toutes les facettes, des fanfares destinées à galvaniser les soldats aux pillages des prédateurs qui suivent les victoires. Mais au terme de son percutant essai de synthèse des méfaits de la guerre, il évoque ces «faiseurs de paix» qui, même en eaux troubles, agissent comme des forcenés pour protéger et sauver des vies au lieu de les détruire.

Pour que la guerre ne soit pas que tourment!
Le conflit israélo-palestinien s’est enlisé depuis 1948 dans une sorte de guerre de tranchées où la violence des pauvres fait face à la puissance meurtrière des riches (les deux intifada en 1987 et 2000, les nombreuses opérations de Tsahal à Gaza). En novembre 2016, 30 membres de l’association franco-suisse Compostelle-Cordoue (Marcher-Dialoguer-Comprendre pour favoriser l’entre-connaissance) ont marché sur le Chemin d’Abraham, dans le désert de Judée, de Jéricho à Hébron, en terre palestinienne. Ils ont également rencontré à Jérusalem des acteurs du «vivre-ensemble». Nous voulons témoigner de ce que nous avons vu, entendu et surtout compris. Oui, des personnes et des organismes, en Israël et en Palestine, croient encore à la paix et y travaillent activement malgré les souffrances, l’insécurité et les humiliations, nous les avons rencontrés.
De nos rencontres à Jérusalem, trois figures de «combattants» pour la paix, la sécurité et la dignité émergent et dessinent la complexité de ce conflit majeur, hérité des blessures profondes vécues par deux peuples qui revendiquent la même terre d’accueil.

La chanteuse funambule
Tout d’abord cette jeune comédienne palestinienne, dont le visage dégage tant d’ardeur quand elle évoque, dans ses propos et ses chansons, à la fois la dignité de son peuple et la fierté de sa citoyenneté israélienne. Elle marche sur une corde raide tendue entre ses deux appartenances.
Contre les siens, cette militante si courageuse et lucide tient en effet à assumer sa double identité, même si être palestinienne en Israël et à Tel Aviv, c’est se confronter sans cesse aux discriminations voulues par l’État juif. Elle nous dira: «Quand la majorité au pouvoir se vante du caractère multiculturel de ce pays, je réponds: 'On peut très bien vivre ensemble avec son chien. Mais nous, on ne veut plus être le chien.» Aux Palestiniens d’Israël (20,7% de la population) elle veut redonner de l’espoir. Mais il n’est pas facile de conserver au quotidien cette attitude orientée vers la paix et la dignité. «Chaque matin, je retrouve mon espoir mort à côté de moi. Je dois lui donner des coups de pieds pour le réveiller.»

Le guerrier arrogant
À l’exact opposé de la chanteuse, nous avons écouté cet instructeur de la lutte anti-terroriste de Tsahal et guide de voyage dans la Pologne de la Shoah. Il avait cette fierté arrogante d’une partie des Israéliens qui, faut-il le souligner, ont créé en 48, dans la douleur et la violence, le premier État-nation démocratique du Proche-Orient. Avec lui, toutes les évidences sont renversées. Il nous rappellera ainsi que si lors de la création de l’État d’Israël 800 000 Palestiniens ont dû fuir leur terre ou en ont été chassés, 600 000 juifs ont été expulsés des pays arabes, dont la moitié ont été accueillis dans le nouvel État.
Les nouvelles colonies en Cisjordanie? «Le taux de natalité de la population juive a explosé depuis quelques années, il faut bien que les nouvelles familles trouvent des nouveaux logements pour s’installer.» Il concèdera qu’une partie de ces nouveaux colons sont là pour des raisons d'hégémonie religieuse. Le nouvel apartheid? «Israël est un laboratoire de la démocratie ... N’auriez-vous pas un autre moyen de militer pour la paix que de toujours stigmatiser Israël!» Sa solution pour une paix durable: «Deux États bien sûr, et les colons qui n’accepteront pas de se soumettre à l’autorité palestinienne, et bien, ils seront contraints de partir!» Interloqué, déstabilisé, notre groupe de marcheurs entrait de plain-pied dans l’extrême complexité d’une situation politique décidément hors du commun. Penser la paix dans un tel contexte nous oblige à déconstruire nombre de nos préjugés.

La fière enseignante
Palestinienne d’Israël, elle enseigne l’arabe dans les degrés 5 et 6 d’une école juive de Jérusalem ouest. On sait que les arabes d’Israël sont tenus d’appendre l’hébreu pour pouvoir vivre et travailler, mais les juifs, eux, n’ont pas besoin de cette langue pour vivre sans problème. Les arabes exerçant généralement des fonctions subalternes, la plupart des juifs pensent qu’ils leur sont inférieurs.
Les familles juives de ce quartier ont adopté cette enseignante palestinienne avec enthousiasme. Leurs enfants ont découvert que leur enseignante d’arabe ressemble à leurs autres maîtres et qu’elle ne leur est pas inférieure. Au début pourtant ils associaient le mot «arabe» à la peur et à la haine; aujourd’hui, ils évoquent des différences culturelles. Contre son milieu d’origine, cette enseignante affirme courageusement sa liberté, son bonheur et sa fierté à participer à ce projet. C’est la Fondation Abraham (The Abraham Fund Initiatives) qui l’a initié et le ministre israélien de l’Éducation a récemment décidé de rendre prochainement obligatoire l’apprentissage de l’arabe parlé. Une énorme victoire pour la paix et la dignité.

Partager nos différences
Ces trois figures dessinent une partie de la complexité d'un conflit qui ne trouve pas sa paix et qui continue de faire souffrir des milliers de personnes. Israël-Palestine: deux peuples en guerre, une guerre guidée par la peur, le ressentiment, l’injustice. Les gouvernants de ces deux peuples l’alimentent plutôt que de chercher des voies de conciliation pour construire une coopération pourtant dans l’intérêt des deux parties. Mais dans la société civile, nous avons rencontré des acteurs engagés dans la promotion de l’inter-connaissance et le respect des différences de culture et de croyance. Notre association a voulu faire leur connaissance et les soutenir, comme elle le fait depuis sa création en 2010 en organisant des marches symboliques et en développant des occasions de dialogue entre communautés d’appartenance et groupes d’action, dans nos villes et nos quartiers, à Paris, Toulouse, Genève, Sierre. Pour que les méfaits de la guerre ou la peur de son prochain déclenchement n’occupent pas la totalité de nos consciences, ne devons-nous pas, avec audace et persévérance, nous mettre à l’école du partage de nos différences, pour qu’elles puissent vivre ensemble?

Alain Simonin, Genève
président de Compostelle-Cordoue

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