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mardi, 20 novembre 2018 10:59

Marie, regards croisés

Écrit par

lorenzo costa annunciationLorenzo Costa, "La lecture de Marie" (1515), LDLa Bible est-elle un livre périmé mettant en scène des figures ultra stéréotypées, des femmes dociles et pieuses et des mâles dominants? se demandent de concert choisir, dans son dossier Église, nom féminin, et la Faculté de théologie de Genève, qui organise un cours public intitulé Ni saintes ni soumises: femmes de la Bible. Est-ce encore la vision du monde à transmettre, alors que le souci d’une éducation égalitaire est un cheval de bataille des politiques? Visiblement non, au vu du succès du cours public de l'UNIGE, dont la dernière rencontre aura lieu ce mercredi 5 décembre, de 18h15 à 19h30 autour de la figure de Marie – un dialogue entre la perspective catholique et la perspective protestante.

Les intervenantes seront deux membres de la Communauté œcuménique du Chemin-Neuf:
la philosophe catholique Blandine Lagrut, du Studium de philosophie de Chartres et professeur invité au Centre Sèvres de Paris
et Anne-Cathy Graber, une pasteure évangélique mennonite, professeur associé au Centre Sèvres. Engagée dans divers groupes œcuméniques, comme le Groupe des Dombes, Anne-Cathy Graber a écrit une thèse sur Marie (Paris, Cerf 2017, 547 p.) et la théologie mariale, d'un point de vue œcuménique.

Les femmes dans la Bible

Toutes sortes de femmes sont représentées dans les textes bibliques: des femmes fatales, des prophétesses sans enfants, des mères intrépides, des femmes disciples de Jésus. Certaines ont été occultées par la tradition, d’autres ont été utilisées comme modèles, positifs ou négatifs. Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, on les redécouvre.

Le 27 mars 2018, un article de l’agence Protestinfo émettait l’hypothèse que les lectures progressistes de la Bible améliorent le statut des femmes dans les institutions religieuses. L'article se basait sur une étude de Joséphine Mukabera, docteure en études genre au Protestant Institute of Arts and Social Sciences de Huye (Rwanda). Mais est-ce si simple? Et, pour commencer, en fonction de quels critères et de quelle méthode exégétique, féministe en particulier, une lecture peut-elle être taxée de progressiste ou rétrograde?  La question a été lancée aux États-Unis il y a un peu plus d'un siècle déjà. Paraissait alors, comme le rappelle dans La Bible et la fin du patriarcat la pasteure et théologienne Isabelle Graesslé, «une véritable bombe dans l’édition théologique: la Woman’s Bible, un travail d’une équipe d’une vingtaine de littéraires, d’historiennes et d’hellénistes, dirigé et en partie rédigé par l’américaine Elizabeth Cady Stanton. Cette militante avait été de tous les combats féministes du siècle, mais aussi de toutes les luttes contre la discrimination, c’est-à-dire pour l’abolition de l’esclavage. Nous sommes alors en 1895 et Elizabeth atteint ses 80 ans. Elle engage le dialogue avec les interprètes d’une Bible dont on se sert, dit-elle, comme ultime autorité pour empêcher les femmes de changer de condition (...) C’est alors qu’émergea une nouvelle perception herméneutique des textes.»

Ce débat passionnant et ouvert à la controverse ne pouvait manquer d'interpeller notre revue, ni les chercheurs et chercheuses de l'Université de Genève. Faisant suite à la parution de l’ouvrage collectif Une bible des femmes (Labor et Fides 2018), des théologiennes et des historiennes ont dès lors proposé ce cours public Ni saintes ni soumises: femmes de la Bible, qui présente depuis octobre des approches originales sur des sujets concernant la place des femmes dans les Écritures saintes: virginité et maternité, femmes médiatrices entre divin et humains, femmes témoins ou actrices, Marie.

Retrouvez le programme des cours ici.

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Avec, en exclusivité sur notre site, les propos de Pierre Emonet sj, directeur de choisir, et de Charles Morerod op, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.