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mercredi, 22 mai 2013 15:01

"Holy Motors", de Leos Carax, à la TV

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Holy Motors, de Leos Carax, est diffusé sur Canal+ Cinéma, le 24 mai à 22h20 et le 25 mai à 2h05, ainsi que sur Canal+, le 28 mai à 1h35.


Les films de Leos Carax suscitent en France des réactions soit très hostiles soit hystériquement dithyrambiques. Treize ans après Pola X, son dernier long-métrage, le cinéaste français maudit des années 80 nous offre dans Holy Motors le meilleur de lui-même. « Je continue comme j’avais commencé : pour la beauté du geste », dit son alter ego dans le film (Denis Lavant, son acteur fétiche). Et c’est effectivement ce qu’il y a de plus fascinant dans ce film (et de plus rare dans le cinéma français actuel) : la beauté du geste cinématographique.



Le film déroule la journée programmée de Monsieur Oscar (Denis Lavant), conduit dans une limousine, à Paris, de « rendez-vous » en « rendez-vous », qui vont s’avérer autant de scènes sans caméras, sans équipe. Et la limousine de se transformer en loge où M. Oscar se métamorphose en toutes sortes de personnages.

Holy Motors est probablement un parcours dans la cinéphilie de Carax. Mais c’est surtout une succession de courtes (et souvent percutantes) incursions dans des univers singuliers, issus de l’imaginaire du réalisateur. On peut ne pas apprécier leur tonalité ténébreuse, leur côté punk. Mais à chaque sketch, le cinéaste nous emmène dans un « ailleurs », nous étonne, et nous « ravit » lorsqu’il utilise au mieux sa caméra, concocte des sons inouïs et fait bouger Denis Lavant… Pour le spectateur, il y a une jubilation enfantine qui fonctionne sur la répétition : « Où va-t-il m’emmener cette fois ? »

Pour préserver le plaisir de la découverte, je me contenterai d’évoquer une séquence de motion capture, où l’on voit comment le cinéma peut ravir vers un ailleurs étrange, comme le font certains spectacles de danse contemporaine… Les transitions (un rêve, un entracte, les moments où l’on ressort de ces « rendez-vous ») sont également l’occasion de scènes réussies. Parfois cependant, comme le dit Michel Piccoli dans le film, « on n’y croit pas » : le jeu d’Edith Scob (la fille des Yeux sans visage du film de Franju, en 1959), la scène avec Kylie Minogue (star pop australienne)…

Evidemment, Holy Motors garde les composantes habituelles des films de Carax qui peuvent irriter : à la fois autoportrait intime (nombriliste ?) et réflexions sur sa création. A l’heure de la profusion d'images produites par des caméras de plus en plus petites, Carax interroge la disparition de la mécanique créatrice du cinéma. La limousine est un corbillard qui nous emmène jusqu’à la dernière phrase du film : « Et on n’avait plus de moteur, plus d’action. Amen. »

Mais le plus réjouissant, c’est que le film est une réponse créative au devenir du cinéma, une démonstration de ses possibilités : c’est plein de trouvailles… et non dénué d’humour (rare chez Carax). Le côté abstrait, avec des personnages-effigies, des pantins un peu fantomatiques, est parfaitement approprié à ce film-geste qu’est Holy Motors

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