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mercredi, 30 mars 2022 08:57

«L'homme de Dieu» de Yelena Popovic

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HommedeDieu popovic1 webLe film Man of God, de la réalisatrice serbe Yelena Popovic, retrace la vie de Nectaire d’Égine (Nektarios), un saint de l’Église grecque orthodoxe, interprété par Aris Servetalis, qui partage l'affiche avec la star russe Alexandre Petrov et Mickey Rourke. L'homme de Dieu a remporté en 2021 le prix du public du 43e Festival international du film de Moscou. «Dans un monde qui a répudié l’Évangile et abandonné l’idée que la vie est un processus piloté par l’inspiration et par la croyance en un ordre supérieur, le film de Yelena Popovic a quelque chose de salutaire», note le Emir Kusturica, un autre cinéaste serbe.

L’Homme de Dieu raconte l’histoire de Nektarios, un saint de l’Église grecque orthodoxe, qui a rejoint Dieu il y a un siècle. Le film commence alors qu’il est archevêque en Égypte. L’affection et l’admiration que lui porte le peuple génèrent jalousie et médisance autour de lui: certains membres du patriarcat, craignant qu’il ne devienne le prochain patriarche d’Alexandrie, le calomnient en prétendant qu’il cherche à s’emparer du trône patriarcal. Chassé d’Égypte, il s’embarque pour Athènes où il se retrouve seul, dans la misère, ignoré ou méprisé. Prédicateur, auteur de nombreux ouvrages, il est nommé directeur d’une école ecclésiastique, puis se retire à Égine avec un groupe de jeunes moniales. Ils reconstruisent un monastère en ruines, qui n’est jamais reconnu. Épuisé, malade, Nektarios est encore injustement accusé par sa hiérarchie de conduites immorales avec les sœurs. Le récit de L’homme de Dieu suit ainsi le fil rouge des injustices que Nektarios traverse avec sainteté tout au long de sa vie.

Ayant passé deux étés sur l’île d’Égine (où ont été tournées certaines scènes du film), j’avais entendu parler de cette figure très populaire en Grèce et visité le magnifique monastère de la Trinité qu’il y a fondé. L’homme de Dieu m’a permis de découvrir sa vie et, à travers les personnages qui l’entourent, de vivre l’expérience édifiante de la fréquentation d’un saint: un être à part, d’où affleure le Royaume de Dieu. Des scènes touchantes font ressentir l’intégrité d’un homme «doux et humble de cœur», bon et charitable. Peu prolixe, quand il parle à son prochain, il voit le meilleur en lui, l’encourageant à se soucier de la vocation de son âme. Tous les hommes devraient se poser cette question, dit le saint moribond à l’homme avec qui il partage sa chambre d’hôpital, un malheureux tombé d’une falaise et dont les membres inférieurs sont paralysés (Mickey Rourke).

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«Je ne comprends pas pourquoi Dieu ne m’a pas laissé mourir… Je ne comprends pas pourquoi.
- Il a un dessein pour toi, mon frère.
- Un dessein? Quel dessein? Je ne peux rien faire… Je ne sais pas pourquoi je suis ici.
- Chacun d’entre nous devrait se poser cette question. Toi, tu es juste forcé de le faire.
- Saint homme de Dieu… saint homme de Dieu, voulez-vous bien prier pour moi.»
Dans cette belle scène finale (comme dans d’autres scènes du film), le surnaturel -un miracle en l’occurrence- est amené avec discrétion, sans esbroufe. Les scènes de prières sont aussi justes et belles.

Avec une musique originale de grande tenue (composée par Zbigniew Preisner 1), la participation de la musicienne Lisa Gerrard, à la voix envoûtante, un acteur principal (Aris Servetalis) très souvent touchant et convaincant (pas facile d’incarner un saint!), on se prend à rêver de ce que le film aurait pu être si la mise en scène avait été plus souvent à la hauteur des ambitions de sa réalisatrice. Yelena Popovic est une cinéaste serbe d’une quarantaine d’années, qui a fait une carrière de mannequin, puis d’actrice aux États-Unis. L’homme de Dieu, qui est son deuxième long-métrage, manque d’abord d’unité stylistique, dérivant parfois étrangement vers le conte. Yelena Popovic dit avoir visé un croisement improbable entre le Brothers des frères Coen et le Jésus de Nazareth de Zefirelli! Mais surtout la réalisatrice n’arrive pas toujours à insuffler de la vie dans ses plans. Il faut dire que le choix de la langue anglaise n’a pas dû aider les comédiens grecs. La prestation de l'acteur russe (Alexander Petrov, apparemment connu dans son pays) qui incarne Kostas, le fidèle assistant de Nektarios, gâche un peu certaines scènes. On peut enfin regretter que le scénario, qui insiste beaucoup sur les conflits et les injustices vécus avec humilité et patience par Nektarios, ne nous donne pas un accès, même succinct, aux prêches ou aux nombreux écrits de cet homme de Dieu.

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Malgré ces quelques réserves, je conseille la vision de ce film porté par la foi, qui nous offre le modèle salutaire d’un chrétien mettant en pratique l’enseignement exigeant du Maître, rappelé dans l’Évangile de dimanche 20 février: «Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient (…) Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés.» (Luc, 6, 27-38)

 

HommedeDieu afficheL'homme de Dieu
Un film de Yelena Popovic
Avec Aris Servetalis (The Waiter, 2018); Alexander Petrov (War Zone, 2012); Mickey Rourke (Iron man 2, 2010, Les Immortels, 2011); Tonia Sotiropoulou (Skyfall, 2012, Hercule, 2014).
Sortie le 9 mars 2022

 

 

1.  Compositeur polonais de musique de films, Zbigniew Preisner a reçu deux César de la meilleure musique de film, en 1995, pour Trois couleurs: Rouge (le dernier volet de la trilogie de Krzysztof Kieślowski) et en 1996, pour Elisa de Jean Becker.

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Michel Gounot Godong

Hier traîtres ou champions de la version, aujourd’hui passeurs de culture, voire même auteurs, les traducteurs suscitent un intérêt certain. Une évolution qu’analyse Josée Kamoun.


Michel Gounot Godong

Scénarios de films imbibés de whisky, cinéastes alcooliques, publicités pour des marques de bière: l'ivresse côtoie depuis des décennies Hollywood. Virée éthylique avec Patrick Bittar dans le cinéma étasunien.