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mardi, 01 décembre 2020 09:10

Islam politique, un désastre

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Mosquée d'Al-Azhar, Le Caire. CC/WikipediaLe phénomène historique de l'islam politique, qui voulait constituer un appel à proclamer son appartenance propre à l'islam et à réveiller la foi islamique dans les cœurs des personnes en adhérant aux valeurs islamiques et à la morale la plus noble, «s'est révélé un authentique désastre», se transformant en «un cauchemar qui trouble non seulement la communauté islamique mondiale mais le monde entier». Ce jugement net, aux tons définitifs, a été prononcé par le cheikh Shawki Ibrahim Abdel-Karim Allam, Grand mufti de la République arabe d’Égypte.

Cette déclaration a eu lieu le 27 novembre 2020, au cours de son entretien hebdomadaire transmis sur la chaîne de télévision satellitaire Sada Elbalad, dans le cadre du programme conduit par le journaliste Hamdi Rizk. L’islam politique –a ajouté le cheikh Shawki Allam– représente une instrumentalisation politique de la foi islamique, mise en œuvre pour atteindre des profits en termes de pouvoir. Le phénomène s'est souvent développé, sous diverses formes, au cours de l'histoire.

Les critiques du Grand mufti s'adresse en particulier au mouvement des Frères musulmans, courant de réveil islamique apparu au XXe siècle sur la base de la prédication d'Hassan al Banna (1906-1949) 〈grand-père de Hani et Tariq Ramadan〉. Dans son entretien télévisé, le Grand mufti a déterminé aussi les ascendances historiques de la Fraternité musulmane. S'aventurant sur le terrain des controverses «théologiques» islamiques, le cheikh Shawki Allam a fait remonter les erreurs idéologiques attribuées aux manifestations actuelles de l'islam politique jusqu'aux kharidjites, disciples de la secte islamique –hérétique pour les autres branches de l'islam– née en 657 après Jésus-Christ sur la base d'un désaccord ayant éclaté entre les partisans du calife Alī ibn Abī Ṭālib, cousin et gendre de Mahomet, sur la licéité de trancher la question de la succession au califat au moyen d'un arbitrage.

Selon le Grand mufti d’Égypte, les mouvements de l'islam politique ont échoué non pas à cause des contingences historiques défavorables ou de la répression subie de la part des pouvoirs constitués mais «à cause de leur mauvaise doctrine et méthodologie» en ce que leur projet religieux, moral et éthique se basait «sur des bases inconsistantes, des idées erronées et de fausses perceptions». Selon le Grand mufti, les objectifs de la charia peuvent être atteints seulement au travers des institutions légitimes de l’État et ne peuvent être garantis par des mouvements qui s'opposent aux autorités civiles légitimes. Précisons que la charge de Grand mufti d’Égypte est subordonnée au Ministère de la Justice. Le titulaire de la charge en question préside la Maison de la Fatwa, comité consultatif rendant des avis sur des questions juridiques islamiques.

En juillet, (voir Fides 18/07/2020), le Grand mufti avait ainsi reconnu que la jurisprudence de la matrice islamique ne contient aucune objection légale à la possibilité de construire des églises en utilisant des fonds appartenant à des musulmans. (FIDES)


Éclairage

Les violences dans le monde arabe et, plus largement, les tensions au Moyen-Orient, provoquent de nombreuses références aux diverses composantes de la communauté musulmane. Le rôle qu’a pu jouer chacun des trois groupes principaux, sunnites 950 millions, chiites 250 millions, kharidjites 15 millions, distincts et souvent hostiles, au cours de quinze siècles d’histoire, a beaucoup varié. Comprendre leurs divergences politiques et dogmatiques passées n’est certes pas facile, mais utile pour pour interpréter l’histoire contemporaine: Marcel A. Boisard, Unité et division de l'Islam

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