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mardi, 22 août 2017 13:49

Série culte, "Game of Thrones" entre fantaisie et réalisme Spécial

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GameThrones Saison7En plein âge d’or des séries télévisées, le spectateur a le choix entre des centaines de sagas de qualité. La palme de la série la plus populaire revient au Trône de Fer (Game of Thrones) dont la septième et avant-dernière saison, qui est sur le point de s’achever, a battu des records d’audience. Comment expliquer ce succès?

La série se déroule dans un monde médiéval imaginaire, à une période de bouleversements politiques majeurs. Après la mort suspecte du roi, plusieurs prétendants à sa succession s’affrontent en déchirant le royaume. L’histoire suit différents personnages, des plus naïfs aux plus fourbes, dans leurs évolutions, leurs intrigues, leurs espoirs et leurs déceptions. À l’Est, une jeune femme fait éclore des dragons, alors qu’au Nord un danger ignoré gronde.

La série est une adaptation d’une œuvre littéraire encore inachevée de George R.R. Martin: une Chanson de Glace et de Feu. La version télévisée hérite donc en partie des vertus de la version littéraire. L’épopée de Martin séduit des lecteurs très différents. Nul besoin d’apprécier la fantaisie pour aimer cette saga, qui explore des thèmes universels tels que la vengeance, l’injustice et la guerre. Bien que l’histoire se déroule dans un monde imaginaire où cohabitent chevaliers, princesses et dragons, c’est l’intrigue politique et l’évolution des personnages qui fait l’intérêt du livre.

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Martin est un amateur d’Histoire1, et cela se traduit dans ses livres par une grande finesse dans la description des rapports de force entre les différentes factions, des jeux de pouvoir et des motivations des personnages, mais aussi par un réalisme psychologique et politique parfois brutal. Dans le monde du Trône de Fer, la gentillesse et l’honneur ne payent pas plus que dans le monde réel, et la série décrit de terribles violences, injustices et trahisons. Cela fait partie des critiques qui ont été avancées contre la série, dont le contenu est parfois très violent et sexuellement explicite.

Ce n’est certes pas en regardant le Trône de Fer qu’on échappera à la violence et à la dureté de la réalité. Mais cela fait partie des raisons pour lesquelles cette œuvre a tant de succès. On retrouve ici le paradoxe de la tragédie, discuté depuis des siècles en philosophie: pourquoi sommes-nous friands d’événements tragiques dans la fiction alors que nous tentons de les éviter dans notre quotidien? La solution à ce paradoxe est certainement multiple, mais l’un des éléments importants est l’idée que nous trouvons du plaisir, ou de la consolation, à voir une réalité tragique reconnue comme telle.

Lorsque nous regardons la télévision, nous avons parfois envie de simplement nous évader, mais nous avons également besoin d’œuvres qui reflètent notre monde dans sa complexité et sa violence. Paradoxalement, le monde du Trône de Fer, ce monde de dragons et de sorciers, est profondément réaliste dans sa dimension sociale et politique. La guerre, le viol, le meurtre, la trahison, le mensonge, l’horreur, tous existent dans notre monde. Au moment où vous lisez ces lignes, combien souffrent dans d’horribles circonstances? Le Trône de Fer offre une double satisfaction à ses spectateurs: à la fois la reconnaissance de la violence réelle, et une critique de la guerre et de la soif de pouvoir à travers la description de leurs conséquences.

GameThrones saison7 episode4

La série ne serait pas supportable si elle se contentait de souligner les défauts de l’humanité. Au contraire, l’histoire offre un panel de personnages très variés, des plus sombres aux plus innocents, porteurs de cet espoir: le monde peut survivre à la guerre et trouver la paix. Certes, les personnages les plus candides semblent attirer le malheur. Mais les plus vulnérables du début de la série se retrouvent désormais parmi les plus puissants. Aucun personnage n’est entièrement mauvais ou entièrement bon, tous sont complexes et évoluent. C’est l’un des avantages du format sériel. Les personnalités sont capables de changer - ils apprennent, perdent leur naïveté, regrettent, perdent pied avec la réalité, deviennent des meneurs ou des assassins - ce qui les rend d’autant plus intéressants. On peut mentionner dans ce contexte que la série offre une place de choix aux femmes, mais aussi à des personnages infirmes ou âgés, ce qui est peu commun - et bienvenu! - dans le monde de la télévision. Ces héros d’un nouveau type sont par ailleurs servis en général par de très bons acteurs, qui savent faire transparaître avec subtilité les sentiments et motivations de leur personnage.

On pourrait lister encore d’autres qualités de la série (sa maîtrise des effets d’annonce par exemple), ou dénombrer ses défauts (comme beaucoup d’adaptations, elle souffre notamment de la comparaison à l’original). Reste que son succès est mérité. Le Trône de Fer est une histoire qui reflète la violence et le désespoir de notre monde, mais aussi la diversité des identités qui l’habitent, la complexité de la psyché humaine, et l’espoir un peu fou que l’on puisse survivre et rendre le monde meilleur en s’entraidant. Comme le rappelle la voix off dans l’une des bandes annonces de la saison sept: «Lorsque la neige s’abat et que les vents blêmes rugissent, le loup solitaire se meurt, mais la meute survit».

Game of Thrones
Saison 7 (en version originale sous-titrée français)
diffusée moins de 24h après les États-Unis
sur RTS1 les lundis vers 22h35

1 Il s’est d’ailleurs parfois inspiré d’événements historiques pour son récit: ses noces pourpres («red wedding») font par exemple directement écho au «black wedding» de l’histoire écossaise: http://entertainment.time.com/2013/06/04/last-supper-the-real-life-massacre-that-inspired-the-game-of-thrones-red-wedding/

 

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