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mercredi, 06 octobre 2010 12:00

De la foi à la religion

Écrit par

Lenoir 42802Frédéric Lenoir, Comment Jésus est devenu Dieu, Fayard, Paris 2010, 328 p.

« Pour vous, qui suis-je ? » demande Jésus à ses disciples (Mc 8, 29). L'incroyable complexité de la figure de Jésus est déjà présente dans les textes les plus anciens du Nouveau Testament. Une prolifération de titres a surgi au cours des premiers siècles : Rabbi, Fils de David, Seigneur, Fils de Dieu, etc. Comment le définir ? Homme pétri de paradoxes (homme ordinaire, Juif pieux, homme inclassable ?) ; être extraordinaire (maître de sagesse, thaumaturge, ange ou démon ?) ; personnage surnaturel ? « Fils de l'Homme », « Fils de Dieu », le débat s'engage très tôt : Jésus homme et/ou Dieu, homme-Dieu ?

La théorie de l'incarnation apparaît plus de septante ans après la mort de Jésus et la théologie trinitaire prend son essor au cours du IIe siècle. La polémique enfle alors autour de son identité. Au IIIe siècle, alors qu'une liste précise d'écrits canoniques est édictée, tout un foisonnement de doctrines prolifère. Il en aura fallu des condamnations, des excommunications, des envois en exil, des violences pas seulement verbales, des rocambolesques successions d'évêques institués et destitués ; il en aura fallu des conciles, des tentatives de conciliation pour essayer de maintenir une unité à l'Eglise, garante de celle de l'Empire !

Les fondements de la foi ont été durement acquis. L'histoire mouvementée des cinq premiers siècles du christianisme a abouti à l'émergence d'une Eglise forte sous la houlette du pape et de l'empereur, autour d'un credo commun concernant l'identité de Jésus : une seule personne, avec deux natures, à la fois Dieu et homme. Exit les dissidents, les schismatiques et leurs « hérésies » (Arius, Nestorius, etc.), les minoritaires? Mais l'histoire n'en restera pas là et les divisions continueront à se perpétuer (Cathares, Occident romain/Orient orthodoxe, Réforme protestante...).

Vatican II mettra fin à l'ère constantinienne, à l'emprise de l'Eglise sur la société, à la séparation des pouvoirs temporel et spirituel, mais les fondements de la théologie trinitaire ne seront pas remis en question. Cependant l'Eglise arménienne et les Eglises orientales ne reconnaîtront que les trois premiers conciles et les orthodoxes les sept premiers (contre les vingt et un reconnus par Rome).

Qu'en est-il aujourd'hui ? La foi des premiers apôtres n'est-elle pas aussi authentique que la nôtre ? Le dogme trinitaire est-il toujours bien compris ? Une mosaïque de réponses surgit des différents sondages ou enquêtes. La parabole du Jugement dernier (Mt 25,34-36) remet en place toutes les discussions théologiques (sans que celles-ci soient forcément inutiles !) en mettant l'amour du prochain au centre. N'oublions pas l'essentiel de la bonne nouvelle évangélique !

Ce livre de Frédéric Lenoir est foisonnant de faits historiques et de palabres théologiques. Il réussit le pari de nous tenir en haleine au cours des différents conciles et des péripéties constantiniennes et ecclésiales.

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