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vendredi, 04 mai 2012 12:00

Les prêtres diocésains demain

Écrit par

Bunker 43890Arnd Bünker et Roger Husistein (éd.), Les prêtres diocésains en Suisse. Pronostics, interprétations, perspectives, Saint-Gall, Institut suisse de sociologie pastorale 2011, 152 p.

Voici l'édition française d'une étude approfondie de l'Institut suisse de sociologie pastorale de Saint-Gall. Fortement amincie en comparaison avec sa « grande soeur » alémanique, l'édition francophone n'en reste pas moins clairement dirigée par des sociologues. Plus de la moitié de l'ouvrage analyse les résultats statistiques.

Entre 1983 et 2009, le nombre des prêtres diocésains a très fortement diminué : moins 60 % dans le diocèse de Saint-Gall, moins 50 % dans celui de Bâle, entre moins 40 % et moins 32 % dans les diocèses romands, moins 31 % dans le diocèse de Coire et seulement moins 15 % dans celui de Lugano. L'impression des fidèles est donc corroborée par les chiffres.

L'abbé Pierre-Yves Maillard, prêtre du diocèse de Sion et directeur du Séminaire diocésain à Fribourg, remarque cependant qu'on fait moins attention à la baisse très sensible (un quart en vingt ans) du nombre des baptêmes ou des mariages religieux célébrés dans notre pays. Celle-ci expliquerait celle-là.

Face à cette diminution massive du nombre de prêtres, les diocèses ont réagi différemment. Les trois évêchés de Bâle, Saint-Gall et Coire ont engagé des assistants pastoraux, hommes et femmes, et des diacres permanents pour assurer la pastorale paroissiale. Ce qui a permis de maintenir à un niveau stable le nombre global de collaborateurs pastoraux au bénéfice d'une formation théologique.

Dans le diocèse de Lugano, la présence du Séminaire du mouvement du Chemin néocatéchuménal a permis depuis les années '90 une « transfusion » de nouveaux prêtres.

Le diocèse de Sion et celui de Lausanne, Genève et Fribourg ont emprunté une troisième voie. Leurs faibles ressources financières ne leur permettant pas de recruter un nombre important d'assistants pastoraux laïcs pour pallier la diminution du clergé, les deux diocèses engagent des animateurs et auxiliaires pastoraux, principalement des femmes, qui ne possèdent pas une formation théologique universitaire ou équivalente.

La signification du prêtre

Je suis frappé par l'absence ici de contributions théologiques sur la signification du prêtre diocésain. L'article de Stéphanie Klein, professeur de théologie pastorale à Lucerne, intitulé Renforcer avec courage le ministère presbytéral et qui s'inspire de la théologie de Karl Rahner, a disparu de la version française !

Autre remarque, je n'ai observé que peu de convergence dans les contributions des responsables ecclésiaux, vicaires généraux, vicaires épiscopaux, directeur de séminaire. Seul membre de la Conférence épiscopale à s'exprimer, l'abbé Martin Werlen d'Einsiedeln le fait avec courage, mais on pressent qu'il n'y a pas dans la Conférence épiscopale de vision et d'objectif communs pour répondre aux défis actuels et à venir. Le recours plus massif à des prêtres étrangers, africains notamment, n'est pas une solution.

L'abbé Marc Donzé, vicaire épiscopal du canton de Vaud et théologien, plaide pour la formation d'équipes pastorales avec un prêtre modérateur et un-une animateur-trice responsable. Ces équipes multiformes d'hommes et de femmes rassemblent des ministères différents et complémentaires, ceux proprement du prêtre (célébrer l'eucharistie et la réconciliation) mais aussi les services de visites aux malades, de célébration des funérailles, de préparation au mariage, au baptême, de catéchèse... Ce modèle n'est pas aisé à mettre en place car il suppose une entente profonde entre le prêtre et l'animateur ou l'animatrice responsable. Quelques fois, on a la structure mais pas le curé modérateur capable d'animer une équipe. Par ailleurs, il faut beaucoup expliquer ce système, pour que le Peuple de Dieu, les fidèles, comprennent ces nouvelles structures. -De son côté, Pierre-Yves Maillard observe que les qualités demandées aujourd'hui à un tout jeune prêtre sont celles qui étaient attendues autrefois des seuls prêtres à qui l'on confiait des mandats particuliers sur le plan diocésain, donc plus exigeants. La raréfaction a pour conséquence d'augmenter la pression sur les séminaristes, note le responsable de formation.

Reste la question cruciale de la proximité entre les agents pastoraux et les gens. Les petites paroisses formaient un filet à petites mailles, relève Marc Donzé ; les unités pastorales constituent un filet à grosses mailles[1]. Si l'on élargit encore les mailles à cause du manque de prêtres modérateurs, « la situation devient presque impossible à gérer », note le vicaire épiscopal. Le même Donzé se montre prudent sur l'ordination de gens mariés, des hommes qui ont fait leurs preuves, mais quelles preuves ? demande-t-il. La preuve essentielle n'est pas tant la formation théologique mais la capacité de conduire une communauté ecclésiale, c'est-à-dire de rassembler des personnes dans l'unité, pour la réalisation de la vie chrétienne, pour l'écoute de la Parole et pour la prière. -Un tel homme - j'ajouterais une telle femme - pourrait-il être ordonné moyennant une formation adéquate ? Qui discernerait cette aptitude ? La question a déjà été posée au Synode des catholiques suisses, il y a quarante ans, et par l'Assemblée diocésaine 2000 du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Mais nous savons que la réponse ne nous appartient pas en propre, souligne l'homme d'Eglise, faisant allusion au blocage de Rome.

A noter que les Eglises réformées sont également confrontées à une crise d'identité, au manque de reconnaissance et à la question du nombre de pasteurs et de diacres nécessaire pour assurer leur mission[2].

L'évolution actuelle en Occident, conclut Marc Donzé, invite à repenser la place du prêtre comme pasteur d'une communauté, pasteur avec d'autres, dans un esprit de coresponsabilité, au service de l'unité et de la justice, dans la ligne même de l'eucharistie qu'il a mission de présider.

 

1 - Cf. Charles Hussy, in choisir n° 623, novembre 2011.

2 - Cf. Patricia Briel, in Le Temps du 17.2.2012.

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