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lundi, 25 juin 2018 14:17

Martin Luther et Ignace de Loyola

Écrit par

LafontaineRené Lafontaine
Martin Luther et Ignace de Loyola
Namur, Lessius 2017, 224 p.

 

Professeur de théologie pendant quarante ans, auteur d’une thèse sur la christologie de Thomas d’Aquin, familier de la démarche ignatienne à laquelle il a consacré une imposante étude sur L’originalité des Exercices d’Ignace de Loyola, l’auteur se propose d’élucider la question essentielle: «Comment l’exégète de métier qu’est Luther a-t-il pu s’ouvrir ou rejeter la connaissance immédiatement mystique dont bénéficia Ignace de Loyola depuis ses visions du Cardoner ? Inversement, comment Ignace de Loyola fonde-t-il sa doctrine d’inspiration mystique en recourant lui aussi à l’autorité de l’Écriture sainte communément admise dans l’Église?»

Pour y parvenir, le professeur émérite a largement puisé dans ses cours et le jésuite a scruté les textes fondateurs de son Ordre. Après avoir consacré les deux premiers chapitres de son livre à évoquer la doctrine de la justification à la lumière de la Déclaration commune d’Augsbourg (1999) et de l’enseignement du concile de Trente, l’auteur entre dans le vif du sujet.

Plus analytique que synthétique, le parcours auquel il invite son lecteur demande une certaine endurance. L’érudition et la minutie de ses explications exigent de parcourir de longues pages avant de pouvoir percevoir «la connivence, l’irréductibilité et la complémentarité de la vie et des œuvres de Martin Luther et d’Ignace de Loyola». Le passage de l’un à l’autre n’est pas toujours évident, et le chemin se complique au gré des pages sur la démarche philosophique d’Aristote, sur l’enseignement de Thomas d’Aquin et la solution thomiste, ou sur les propos de Feuerbach qui ne semblent guère se justifier, sinon pour évoquer les cours du professeur. D’où l’impression générale de se trouver en présence d’une belle masse d’informations académiques, mais d’un livre rédigé trop prestement, un peu confus et qui manque d’unité.

Les spécialistes seront intéressés à discuter certaines perspectives de l’auteur: le choix de l’illumination d’Ignace au Cardoner (Récit, n° 30) plutôt que la grâce d’être libéré de ses scrupules (Récit, n° 25) comme expérience sœur du Turmerlebnis de Luther, l’opposition entre la théologie de la croix de Luther et la théologie de la résurrection d’Ignace, la mise en parallèle entre l’application ignatienne des sens avec la foi luthérienne comme articulation de l’incorporation au mystère de l’Église, etc.

Comme dans de nombreux ouvrages, ici aussi Ignace de Loyola est parfois salué comme un champion de la Contre-Réforme, alors qu’il serait plus exact de le considérer comme un vrai réformateur se situant dans la ligne du courant de la Devotio moderna. Contrairement à Luther, Ignace ne s’en prend pas directement à l’institution ecclésiastique, préférant aider les personnes à réformer leur propre vie par la pratique des Exercices.

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