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jeudi, 07 novembre 2019 11:03

Les fondements spirituels

LarchetJean-Claude Larchet
Les fondements spirituels
de la crise écologique
Genève, Syrtes 2018, 134 p.

L’auteur part du constat de la dégradation écologique alarmante et de l’échec des mises en œuvre des mesures. Il situe le début de cette crise à la Renaissance, avec la séparation de l’homme et de la nature. C’est un changement de paradigme, la nature devenant objet de connaissance abstraite.

Avec l’utilisation des mathématiques, les éléments qualitatifs de la nature sont alors exclus, la dimension symbolique est rejetée. Avec Descartes, le dualisme âme-corps revient (le corps appartient à la nature). L’homme se fait moins solidaire de la nature, moins concerné par son sort. Et Dieu n’est plus celui qui se révèle, il devient l’Être suprême, abstrait et impersonnel. Pascal reprochera à Descartes de vouloir se passer de Dieu, et Rousseau exaltera la nature comme absolument bonne. 

Comment restaurer les relations de l’homme avec la nature? Limiter engrais et pesticides, protéger les ressources naturelles et les espèces végétales, développer les énergies renouvelables, tout cela est indispensable. Toutefois, pour l’auteur, la crise écologique a sa source dans la perte des valeurs et des comportements spirituels qui fondaient le rapport de l’homme et de la nature. Une véritable et durable solution ne se trouve que dans un retour à ces valeurs et comportements.

Jean-Claude Larchet prône la décroissance -le renoncement à l’idée d’un progrès et d’une croissance indéfinis- qui remet en cause le mode de vie de la majorité dans les pays riches. Il appelle chacun à une ascèse -la vie chrétienne bien menée implique une part de sacrifice- et souligne l’importance du combat contre l’égoïsme et celle du jeûne comme apprentissage de la sobriété. La crise écologique actuelle nous fait prendre conscience de la relation étroite entre l’amour de la nature et celui du prochain. Il faut, dit-il, retrouver la capacité de contempler la nature et d’y saisir la présence de Dieu. En un mot: aimer la création et retrouver une attitude eucharistique dans notre relation avec les créatures.

L’auteur nous présente une synthèse brève, exigeante et stimulante, qui s’appuie sur les Pères comme Clément d’Alexandrie et sur les deux derniers patriarches orthodoxes Dimitrios Ier et surtout Bartholomée. La transformation souhaitable du monde commence en chacun de nous, sur la puissance de notre subjectivité. Le salut d’une multitude a des répercussions pour la communauté des hommes et pour la nature dans laquelle ils vivent.

Il conclut son ouvrage avec le témoignage des icônes, qui nous font voir symboliquement un monde transfiguré: l’harmonie retrouvée entre l’homme et la nature, celle de tous les êtres entre eux grâce à la médiation de l’homme porteur de la grâce.

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