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jeudi, 05 novembre 2020 22:05

Ces «autres » évangéliques

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Couverture, La déferlante, Samuel Peterschmitt Donald Trump est arrivé au pouvoir aux États-Unis, grâce, entre autres, à un soutien massif des évangéliques. Il en est de même pour Jair Bolsonaro au Brésil. Régulièrement accusés de dérives sectaires, voire d’obscurantisme, l’amalgame avec les évangéliques européens n’est pas loin. Coup de projecteur sur ces évangéliques méconnus dans La déferlante.

Samuel Peterschmitt, Kévin Boucaud-Victoire
La déferlante. Cette crise qui a révélé les évangéliques
Paris, 2020 Éditions Première Partie, 256 p.

«Ils sont bêtes. Ils sont méchants. Ils sont conquérants. Pis: ils votent mal. Prolétariat du christianisme, les évangéliques parviennent à être à la fois la hantise des autres confessions et le repoussoir des élites sécularisée», écrivait ironiquement Jean-Pierre Denis, ancien directeur du journal La Vie, dans un éditorial en 2018. Même si les évangéliques européens éveillent toujours quelques craintes, ils sont généralement plus méconnus que détestés. Preuve en est: la manière récurrente de les nommer à tort «les évangélistes». Pourtant, depuis fin février 2020, ils se sont retrouvés sur le devant de la scène bien malgré eux.

L’apparition du coronavirus en France provoque un tsunami d’une ampleur encore jusque-là inimaginable. Sous le feu des critiques, l’église La Porte Ouverte de Mulhouse est accusée par tous les médias d’avoir favorisé la propagation du virus dans la région Grand Est et même au-delà à la suite d’un grand rassemblement. «Le climat s’appesantit, la France sombre et il lui faut un bouc émissaire», affirme Kévin Boucaud-Victoire, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Marianne et à l’initiative de La déferlante. Cette crise qui a révélé les évangéliques. Le 3 mars 2020 marque le début d’une «déferlante» pour cette communauté évangélique alsacienne. Une vague de haine, de courriers de menaces, d’appels sur les réseaux sociaux à «cramer l’église» s’abat alors sur son pasteur, Samuel Peterschmitt, et ses fidèles.

Le rédacteur en chef de Marianne a souhaité, d’une part, revenir sur la manière dont cette crise a été abordée médiatiquement et le traitement réservé à la communauté alsacienne. D’autre part, la perspective de cet ouvrage reste avant tout de «répondre aux interrogations, souvent légitimes, concernant les protestants évangéliques, ainsi que leur implantation en France». Le livre se lit très aisément et évite «le patois de Canaan», pour employer une expression décrivant un langage théologique parfois cryptique.

Loin d’une apologie des évangéliques, l’ouvrage est intéressant pour plusieurs raisons: le point de vue sur ces communautés sort d’une rhétorique mille fois entendue, Kévin Boucaud-Victoire donne la parole au pasteur Samuel Peterschmitt sans complaisance, et la maison d’édition Première Partie n’est pas connue pour être une institution évangélique, donc favorisant ses coreligionnaires.

L’ouvrage est pensé pour restituer de façon simple les questions que pourraient se poser les néophytes concernant les évangéliques, sous forme de courts entretiens, subdivisés en quatre parties qui peuvent être lues indépendamment les unes des autres. Kévin Boucaud-Victoire aborde notamment avec le pasteur Samuel Peterschmitt, son interlocuteur, la genèse du protestantisme évangélique ou encore les rapports qu’entretiennent ces communautés vis-à-vis de la société et de la politique. Enfin, les deux premières pages du livre sont consacrées à la rencontre entre Samuel Peterschmitt et le docteur et Prix Nobel de la Paix, Denis Mukwege. Ce dernier est d’ailleurs l’auteur de la préface du livre.

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