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vendredi, 19 septembre 2014 10:20

Beauté et noirceur

Écrit par

La Dame de la Mer, d'Henrik Ibsen,
Théâtre de Beausobre, Morges, 14 avril

L'Anniversaire, de Harold Pinter,
Théâtre Alchimic, Carouge, du 27 mars au 16 avril

Créée au Théâtre de Carouge le 18 octobre, dans le cadre du Festival Wagner, La Dame de la Mer, cette pièce sombre d'Ibsen, est littéralement transcendée par l'imaginaire d'Omar Porras.
Constamment surpris, touchés, les spectateurs font un triomphe aux comédiens, traversés par l'élan fougueux de leur jeunesse. Le spectacle commence un peu en retard, car chaque soir, dans un Théâtre Kléber Méleau (Renens-Malley) surpeuplé, il faut caser une trentaine de spectateurs supplémentaires, et c'est Omar Porras lui-même, avec son bandana noir noué autour du crâne, qui les place un à un.


Sur scène, un piano, rejoint par un pianiste en queue de pie qui fait une courbette et commence son concert (Didier Puntos, musicien et compositeur). Silence intrigué, ne s'est-on pas trompé de pièce ? La musique installe l'ambiance avec Mozart ou Grieg, et le pianiste raconte le début de l'histoire.
La scène tourne lentement sur elle-même. Apparaît la maison du bord de mer où vivent Ellida, la dame de la mer, comme l'appellent les habitants de la côte, et son second mari, le Dr Wangel. Il y a aussi, les deux filles de celui-ci, Bollette et Hilde, adolescentes tournoyantes, romantiques et aventureuses. Et leur ami, le jeune artiste Lyngstrand, que sa santé condamne à une vie brève, émouvant dans le personnage fantasque, frappé par une sorte de grâce.
Ellida se baigne chaque jour devant les rochers du phare ; elle est murée dans un rêve, celui du marin qu'elle a connu autrefois, accusé du meurtre du capitaine du vaisseau, en fuite perpétuelle, et qui lui a promis de revenir la chercher. Le Dr Wangel se résigne à l'absence charnelle de sa femme, belle et évanescente.
C'est sur un tempo de théâtre musical que se déroule le premier acte, prémisses d'une vie qu'on croit heureuse. En apparence seulement, masquant le drame qu'Ibsen a imaginé d'après la légende du Hollandais volant (dont s'est aussi inspiré Wagner, dans Le Vaisseau fantôme). A la lisière du monde sensible et de l'irréel, le Teatro Malandro a construit une œuvre fantasmagorique, où la musique et les brumes nous emportent.
Ainsi, lorsque le marin revient chercher Ellida, c'est une voix dans le noir qui descend des coulisses, une lanterne à la main, chantant le dernier lied du Voyage d'hiver de Schubert (en alternance Philippe Kantor ou Benoît Capt), tandis que le leitmotiv, au piano, s'égrène dans le noir. Pure beauté. La scène finale où Ellida est déchirée entre son mari et le marin, qui a tenu sa promesse, révèle un choix profondément philosophique et couronne le vrai amour, celui du mari, qui rend à Ellida sa liberté.
Et quand la jeune Bollette accepte d'épouser son maître d'école, pour « découvrir le monde », un soleil rouge entoure de son halo les comédiens, tandis que la musique de Vertigo (le film), du grand compositeur « wagnérien » Jean Hermann, inonde la salle. Porras se saisit alors d'une esthétique presque kitsch, qu'il assume dans une maîtrise totale de son art, car jamais ces différents registres ne brisent le chant lyrique de l'histoire qui est contée.

L'Anniversaire
Cette pièce de jeunesse du grand auteur britannique Harold Pinter dé - peint l'irruption de la violence dans un quotidien banal. Le metteur en scène Gabriel Chobaz a situé l'action dans les années 50, fidèle à la logique d'origine (film noir, théâtre de l'absurde, dénonciation d'un totalitarisme de la pensée).
Meg et Peter hébergent dans leur pension de famille modeste un unique pensionnaire, Stanley. La maîtresse de maison est maternelle avec Stanley, qui descend prendre son petit-déjeuner en liquette. Se disant musicien, l'homme est installé dans cette pension du bord de mer depuis un an. Il râle, repousse son assiette, trouve le repas immangeable, semble sur les nerfs. En face, le mari, bon bougre qui loue ses chaises longues sur la plage, répond à sa femme par monosyllabes, un peu las de la vie conjugale. Meg, comme la Winnie de Beckett, ne semble rien voir de cette existence sans relief et garde un moral touchant, vu les circonstances.
Mais voici que deux nouveaux clients se pointent dans la pension-famille, Goldberg et MacCann. Ils sont habillés en estivants : l'un, l'idéologue des deux, et l'autre, plutôt rustre, qui porte les valises. Ils sont venus régler une affaire, dont les contours nous échappent.
L'inquiétude grandit devant la détermination de Goldberg, venu exécuter un plan. On assiste au déroulement d'une sauvagerie aussi gratuite que dans Orange mécanique. D'autant plus terrible qu'elle est sans alibi ni raison. Bienvenue dans la noirceur. Goldberg se mue en inquisiteur maniant une rhétorique d'enquête policière, avec un passage à tabac verbal (d'abord) à l'égard de Stanley, dont c'est l'anniversaire. Les deux nouveaux venus imaginent un jeu de colin-maillard, pour installer une nuit de l'horreur, dont Stanley ressortira hagard, mutilé, à demi-mort. La « mission » est exécutée. Des justiciers sont venus et ont fait leur basse besogne. Politique ? Mafieuse ? Sectaire ? Mystère.
Meg, comme amnésique, n'a rien retenu de la soirée. Le lendemain, elle lancera à son mari (absent lors de la sauterie macabre) : « C'était moi la reine de la fête, tu sais ? »
Dommage que la démonstration de Pin ter convainque moins que les comédiens, excellents.

 

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