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vendredi, 15 septembre 2017 00:03

Aujourd’hui, l’écologie nouvelle !

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 Avec le succès international du film Demain, qui prône un changement de paradigme par rapport à l’agriculture industrielle et à notre surconsommation, des milliers de nouvelles petites expériences de simples citoyens voient le jour. Il s’agit d’inverser la course au gaspillage planétaire de nos ressources.

«Dans tes rêves, y’a plus de banque mondiale, plus d’OMC, plus de FMI. Les forteresses du Grand capital ont été rasées.» Malgré cette rhétorique marxiste, Coline Serreau montrait une tendance nouvelle dans son film Solutions locales pour un désordre global (2010). En quête de sens (2015), de Marc de la Ménardière et Nathanaël Coste, filme dans le même esprit des écolo-philosophes, pionniers du retour à une vie hors du système économique mondialisé, comme l’indienne Vandana Shiva ou Pierre Rabhi, agriculteur partisan de la permaculture et fondateur du mouvement Colibris, qui prône une « sobriété heureuse » et appelle à une «insurrection des consciences».

Une invitation relevée par certains. Pour le film Demain (2015), de Mélanie Laurent et Cyril Dion, il s’est trouvé 10 000 personnes pour le cofinancer et plus d’un million de spectateurs (avec un nombre d’entrées record en Suisse). Devant le probable effondrement des éco-systèmes, le film présente des alternatives pratiques et en inspire d’autres. Sur le lac Léman, le groupe Demain La Côte, lancé par deux jeunes femmes, est caractéristique de cette écologie appliquée: «Les gens en ont marre du bla-bla politique entre les partis. Ils veulent du concret.» Et Demain Genève a récolté près de 90 000 francs pour la réalisation d’un film dans la région.
Signalons aussi les jardins potagers urbains, directement inspirés du mouvement communautaire Les incroyables comestibles (Incredible Edible) qui met à disposition gratuitement des légumes cultivés par des bénévoles dans des petits potagers. Les incroyables comestibles sont nés en 2008 à Todmorden, ville de 15 000 habitants du nord-ouest de l’Angleterre qui atteindrait aujourd’hui 83 % d’autarcie alimentaire. Depuis, 617 villes dans le monde ont instauré des espaces publics à jardiner, dont sept en Suisse romande : La Chaux-de-Fonds, qui a relegué Incroyables comestibles à 1000 m d’altitude, Neuchâtel, Lausanne, Martigny, Morges, Yverdon, Meyrin, et on attend la suite. Ces initiatives rappellent ce que la Suisse a connu dès 1940, afin d’assurer une autarcie agricole pendant la guerre : le plan Wahlen, du nom d’un ingénieur agronome plutôt génial, qui consistait à convertir en potager toute surface inutilisée ou dévolue au loisir (parc public, terrain de sport, etc.).
Est-on aujourd’hui devant une réalité appelée à faire boule de neige ou devant une utopie à portée de bacs à légumes qui retombera comme un soufflé? De nombreux écrivains ont prôné le rapprochement avec la nature, depuis Rousseau, Chesterton, Henry David Thoreau ou Lanza del Vasto. Face au rouleau compresseur d’une société d’hyper-con-sommation, où l’obsolescence programmée des produits court-circuite les alternatives éco-responsables, osons croire, avec bien d’autres, comme Dominique Bourg, qu’un grand mouvement est en marche pour inverser la donne.

 

Interview de Dominique Bourg,
professeur à la Faculté des géosciences et de l’environnement, Université de Lausanne
Valérie Bory : On constate depuis les années 2000 une explosion des flux de matières première dans le monde et des produits de consommation. En Suisse, par exemple, le premier trimestre 2017 a vu l’augmentation de 1,9% de véhicules en circulation. Comment retourner la tendance ?

Dominique Bourg: «Dans les pays émergents, on est confronté à l’avènement des classes moyennes. Dès lors on extrait de plus en plus de matières des sous-sols, à un coût énergétique de plus en plus important. La Suisse, quant à elle, est confrontée à une augmentation continue de la population. Il nous faut donc penser au coût énergétique et réviser nos comportements. Ne plus être propriétaire de biens (moi je n’ai pas de voiture !) mais acheter des unités de temps de ces biens. Vous vous dites: ‹Je vais acheter une Tesla›, mais les coûts énergétiques de construction d’une voiture sont considérables ! Par rapport à l’automobile, une seule solution : le car sharing. Et tabler sur l’évolution technique. Aujourd’hui, on peut remplacer les matières premières par des matières soit recyclées soit biosourcées. Avec des matériaux biosourcés, on est capable de faire un moteur électrique.»

Les autorités n’agissent pas sur la consommation individuelle de voitures, de smartphones, d'appareils électroménagers, de climatiseurs... Pourquoi ?

«Les autorités restent dans un schéma consumériste, celui de la croissance. Or si la croissance a induit une réelle augmentation du bien-être dans l’après-guerre, la courbe de l’augmentation du bien-être et celle de la croissance du PIB ont commencé à se disjoindre depuis le début des années 70. Parmi les raisons, le passage d’une économie d’infrastructure à une économie de petits objets. Le poste énergétique qui augmente le plus, c’est le numérique. Mais un smartphone, ça ne vous rend pas plus heureux ! En plus ces téléphones sont bourrés de métaux semi-précieux et sont extraits dans des conditions sociales déplorables. C’est une catastrophe. On pourrait au moins les concevoir de manière modulaire ! On ne devrait pas avoir à changer de téléphone parce que la batterie est fichue.
»La croissance associée au progrès technique devient véritablement anxiogène. Prenez l’intelligence artificielle, c’est idiot et anxiogène. Durant les 30 glorieuses, on créait beaucoup plus d’emplois qu’on n’en détruisait. C’était là un autre fruit de la croissance. Maintenant la croissance a tendance à détruire des emplois. Les nouveaux robots seront bientôt là. On va se retrouver avec des maçons robots.
»Le troisième fruit était que la croissance réduisait les inégalités. Désormais, elle les augmente. Les États-Unis sont revenus au niveau d‘inégalités qui était le leur en 1920. Tout l'acquis en termes de justice gagné de 1920 à 1970 a été perdu malgré un taux de croissance supérieur à 2% - un taux que l’Europe n’a connu qu’après la Seconde Guerre. C’est clair, continuer à consommer autant n’est plus à notre avantage. Les autorités publiques devraient s’occuper de l’emploi, du bien-être et de la réduction des inégalités. Pas de la croissance. »

Pensez-vous que les comportements écologiques « exemplaires » que l’on voit dans le film Demain aient une influence ?

«Ce film a eu un effet d’entraînement. Il y a un désir de petits collectifs dans la population. Mais au delà de ça, on voit bien que la société se cherche un nouveau modèle, qu’il y a un mouvement de fond.[1] Jusqu’aux guerres de religion, pour toutes les composantes de la société, il y avait une finalité qui paraissait naturelle, c’était le salut. Depuis l’avènement de la philosophie du contrat, il n’existe désormais plus que des individus. La finalité dominante est devenue l’accroissement des moyens. Or des agences qui travaillent avec de grandes entreprises constatent que le ressort du consumérisme s’est cassé. Ça ne veut pas dire que les gens consomment moins, ça veut simplement dire qu’ils n’attendent plus de la consommation ce qu’ils en attendaient.»

Les communautés des années 70, le retour à la terre, sont-ils les ancêtres des nouveaux comportements écologiques ?

«Certes. Je donnerai l’exemple d’un éco-village qui s’installe dans le sud d’Agen, en France. On va l’observer, avec un laboratoire privé et le Ministère de l’écologie français. Ses habitants visent à l’autarcie et produiront leurs propres panneaux solaires, leur propre éolienne, etc. Mais ils sont très ouverts à la spiritualité ; celle-ci sous-tend leur action. Des expériences comme ça, il y en a beaucoup. On connaît le développement de la permaculture… La ville de Rungis va développer des micro-fermes en permaculture, à louer à des prix très bas.
»Un des indicateurs environnementaux les plus mal en point aujourd’hui, ce sont les sols, qu’on détruit à grande vitesse. L’idée est de reconstruire les sols, de les régénérer. À partir de l’agro-écologie, on peut développer une économie en grande partie biosourcée, dont la permaculture est un des aspects. C’est un des projets alternatifs qui peuvent vraiment monter en puissance.»

Les monnaies alternatives

Autre action alternative, la création de monnaies locales complémentaires au système institué, sans grande banque, ni taux d’intérêt (rien à voir donc avec le bitcoin). À ce jour, il y en a 2500 dans le monde, comme le Wir, qui existe en Suisse depuis 1934 et qui est utilisé par plus de 60 '000 entreprises, ou comme le léman, «monnaie locale et responsable », créée par Jean Rossiaud dans le but de « défendre le commerce local et se passer des banques », qui a célébré récemment sa première année d’existence. Les billets du léman sont illustrés par Hermann, Mix et Remix ou Coco (de Charlie Hebdo). Une dizaine de bureaux de change existent, répartis entre Genève, Lausanne, Évian et Thonon, et 400 adresses l’acceptent. Parmi elles, des restaurateurs, des épiceries, des dentistes, le marché de Carouge, le café du Grütli et le bar Zelig de l’Université de Lausanne. Le léman est financé par nantissement : un léman vaut un franc ou un euro ; pour chaque léman en circulation, il y a donc un franc suisse ou un euro en réserve sur un compte de la Banque alternative suisse (BAS). Cette somme provient des cotisations des membres de l’association et des subventions publiques.

[1] Voir à la p. 80 de ce numéro, la recension de Faire la paix avec la Terre, un livre co-écrit par Dominique Bourg.

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