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dimanche, 22 septembre 2019 19:37

L'appel à la créativité du Père Sosa sj

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Podium MgrGmur 0957Table ronde organisée par les jésuites de Suisse, Zurich, 20 septembre 2019 © Schweizer Jesuitenprovinz/CélineFossatiComme d'autres Ordres religieux, la Compagnie de Jésus connait une décroissance démographique. Comment remplir au mieux sa mission face à cette réalité? En faisant preuve de créativité. C'est le conseil prodigué par le Père Arturo Sosa, supérieur général des jésuites, lors de sa visite en Suisse, du 19 au 22 septembre 2019

Interrogé sur le déploiement de la Compagnie de Jésus au plan mondial, le Père Sosa relève qu'on ne peut raisonner en termes de continents, tant les situations sont variables. «En Europe et en Amérique du Nord, plus que de sécularisation, il faut parler de désaffection», relève-t-il. Ce n'est pas que les catholiques se distancient de l’Église, «c'est qu'ils ont perdu l'affect», leur relation avec la religion.

Dans d'autres régions du monde, d'autres sociétés, la sécularisation n'est pas si agressive. «Cette réalité nous invite à proposer le message de l’Évangile de façon créative. Il faut accepter le christianisme comme une proposition très personnelle, que cela soit un choix libre, à la différence d'un catholicisme plus culturel.»

Le Père Sosa relève que si dans ces sociétés sécularisés les catholiques sont moins nombreux, ils sont néanmoins convaincus. Ils ont une adhésion consciente. Dans d'autres lieux, en Amérique latine, en Afrique, en Asie, la religiosité populaire est encore très prégnante.

Apprendre de la foi du peuple et l'épurer

«Nous devons ici apprendre de la foi du peuple, l'accompagner, l'épurer, car la piété populaire peut aussi avoir des côtés négatifs, par exemple la croyance à des phénomènes de sorcellerie; les sentiments religieux peuvent aussi être manipulés. Il faut donc illuminer la foi populaire à partir de l’Évangile, procéder à un discernement.» Et de mentionner des régions où la religion peut devenir fondamentaliste, servir des idéologies politiques, comme par exemple en Inde, ou au Moyen-Orient.   

Mais dans toutes les situations, la mission de la Compagnie reste la même: apporter la lumière de l’Évangile, «même s'il n'y a pas de recette toutes faites».

Les réalités démographiques de l'Ordre

D'autant plus qu'il faut s'adapter aux réalités de l'Ordre. En Europe, il ne reste que quelque 5000 jésuites. En Espagne, sur près d'un millier de jésuites, 10% ont plus de 90 ans, et en Suisse, il ne sont qu'une cinquantaine, avec une moyenne d'âge d'environ 67 ans.

Par contre, en Asie méridionale (Inde, Pakistan, Sri Lanka) les jésuites, qui sont plus de 4000, ont une pyramide des âges plus équilibrée (57 ans en moyenne). L'Amérique latine compte plus de 2200 jésuites, la région Asie-Pacifique plus de 1500. C'est l'Afrique, avec plus de 1650 jésuites, dont beaucoup en formation et dans l'Ordre depuis moins de 5 ans, qui connaît le plus de vocations. Mais il est loin le temps (1966) où les jésuites étaient plus de 36’000.

«On assiste à une relocalisation. On va toujours trouver davantage de jésuites vivant dans des sociétés où le christianisme est minoritaire. De ce fait, il faut trouver de nouvelles manières d'annoncer l’Évangile.»

Le pape François, un «bon fils de Vatican II»

En attendant, cet adepte convaincu du Concile, qui qualifie le pape François, jésuite latino-américain comme lui, de «bon fils de Vatican II», estime que les ennemis actuels du pontife sont de la même veine que ceux qui ont mené la résistance après le Concile.

Le Général des jésuites qualifie de «fondamentaliste» l’attitude de ceux qui critiquent radicalement Vatican II. Ils s’opposent à cette nouvelle façon d’être l’Église qui est aujourd’hui incarnée par le magistère du pape François. Les disciples de Mgr Lefebvre, séparés de l’Église «en raison de leurs positions extrêmes», sont bien moins dangereux que les conservateurs à l’intérieur, qui se prétendent plus fidèles à l’Évangile que le pape lui-même.

Vatican II et Medellin, deux kairos dans l’Église

Entré au noviciat des jésuites à l’âge de 17 ans en septembre 1966, Arturo est enthousiasmé par le véritable kairos que vit alors l’Église, un moment de transition crucial, au sortir du concile Vatican II. «Au noviciat, mon unique lecture était les écrits du Concile!»

Ce moment clé dans l'histoire de L’Église a initié la transformation de L’Église en Amérique latine, avec notamment, en 1968, la 2e Conférence générale du Conseil épiscopal latino-américain (CELAM) à Medellin, en Colombie, qui entérina l’option préférentielle de l’Église pour les pauvres et la lutte contre l’injustice sociale. «Cela a déclenché un mouvement enthousiaste dans toute l'Amérique latine, les communautés ecclésiales de base ont pris leur essor. Cela a été une source de vie pour l’Église latino-américaine et pour moi aussi», se souvient le Père Sosa.

Cette véritable irruption des pauvres au sein de l’Église est-elle une révolution face à une Église héritière du colonialisme? Fausse perspective, rétorque le jésuite latino-américain. «Vous oubliez Bartolomé de las Casas [défenseur des Indiens, ndlr] et d'autres grands missionnaires, l'engagement des franciscains et des capucins, au Mexique, en Californie, au Venezuela... et les 'réductions' jésuites en Amérique du Sud, qui ont mis l'accent sur la préservation de la culture autochtone des Indiens, en la renforçant d'un point de vue socio-économique. La proposition de l’Évangile leur était certainement faite, mais ce n'était pas une imposition. Ces congrégations ont joué un grand rôle aux côtés des populations, dans le cas des Caraïbes, auprès des esclaves noirs...»

La foi ne s'est pas révélée dans les palais

Vierge guadalupeNotre-Dame de Guadalupe, XVIe siècle, ou tilma de Juan DiegoEn Amérique latine, l’Église s'est inculturée dans ces diverses réalités. La piété populaire se souvient de la souffrance de Jésus crucifié. Il y a sur ce continent une forte piété mariale, souligne celui qui garde dans son bureau l'image de Notre-Dame de Guadalupe, patronne de l'Amérique latine. «La Vierge de Guadalupe est apparue à Juan Diego [en 1531 sur la colline du Tepeyac, au Mexique, selon la tradition, ndlr], et l'évêque au début n'y croyait pas... C'est un symbole de la façon dont la foi chrétienne était reçue: elle se révélait à un humble Indien, pas dans les palais!»

Pour le premier jésuite non-Européen, la patronne de l'Amérique latine, dont la fête est fixée au 12 décembre, est très importante. «Mes parents se sont mariés le 12 décembre, jour de la fête de Notre-Dame de Guadalupe. J'ai été baptisé un an plus tard, le 12 décembre. J'ai fait les derniers vœux en tant que jésuite le 12 décembre...»  Une Vierge métisse, indigène, représente le visage d'une Église qui investit de nouveaux horizons.


Arturo Sosa: une foi engagée et solidaire

Le Vénézuélien Arturo Sosa –né à Caracas le 12 novembre 1948– parle l’espagnol, l’italien, l’anglais et comprend le français. Il a été élu Supérieur général de la Compagnie de Jésus le 14 octobre 2016. Il confie à cath.ch que ce qui a inspiré sa vie, dès sa jeunesse au Collège jésuite Saint-Ignace de Caracas, dont il a fréquenté des classes élémentaires au lycée, ce sont notamment une famille profondément catholique et le concile Vatican II.

Arturo Sosa dit avoir mûri sa vocation à 15 ans, au sein de la Communauté de vie chrétienne (CVX-CLC), une confrérie mariale au charisme et à la spiritualité ignatiennes. «Il y avait la prière et toutes les semaines nous allions dans les barrios populaires. Après l’école, on nous emmenait visiter des hôpitaux, ou à la campagne parler avec les paysans...» Déjà une foi engagée et solidaire! Après sa formation philosophique et théologique, et son doctorat en sciences politiques à l’Université centrale du Venezuela, il rencontre le Père Pedro Arrupe, qui était alors Général des jésuites. C'est cette rencontre fascinante de 1975, alors qu’il étudiait à Rome, qui va décider de la suite de son ascension au sommet de la Compagnie.


Les jésuites en Suisse

En avril 2021, les provinces jésuites allemande, lituanienne, autrichienne et suisse formeront une seule entité, la Province d'Europe centrale, «Europa Centralis» (ECE), avec pour siège Munich, en Bavière. C'est notamment pour en débattre, mais également pour mieux connaître les jésuites de Suisse, qu'Arturo Sosa s’est déplacé en Suisse du 19 au 22 septembre 2019.

Les jésuites sont présents en Suisse depuis le XVIe siècle, mais ce n'est que depuis 1983 que la Province suisse est reconnue officiellement. Le siège central de la Province se trouve à Zurich. L'actuel supérieur provincial est le Père Christian Rutishauser sj. La Province de Suisse regroupe une cinquantaine de jésuites romands et suisses-alémaniques. En Suisse romande, les jésuites sont basés à Genève et à Fribourg. En Suisse alémanique, ils vivent en communautés à Zurich, Bad Schönbrunn (ZG), Lucerne et Bâle. La constitution d'une seule province jésuite d'Europe centrale, fruit d'une réflexion mûrie depuis près de 5 ans, veut notamment répondre aux réalités démographiques de l'Ordre.

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