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mardi, 08 décembre 2020 08:56

La Terre Sainte sans pèlerinages

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Bethléem, place de la Nativité, avec le clocher du monastère arménien en avant-plan et le campanile du monastère grec orthodoxe en arrière-plan. WikipediaAvec la crise du Covid-19, les pèlerinages en Terre Sainte sont complètement à l’arrêt depuis des mois, laissant sans revenu des milliers de familles palestiniennes vivant de l’accueil des visiteurs. «C’est une véritable catastrophe pour toute la filière qui vit du tourisme et des pèlerinages», confie le jésuite suisse Jean-Bernard Livio, qui organise et guide plusieurs fois par an des voyages en Terre Sainte et dans différents pays bibliques.

Bibliste et archéologue, le Père Jean-Bernard Livio a déjà dû annuler cette année trois visites «Bible en mains» en Israël-Palestine. Certes, il y a à nouveau des vols vers Tel Aviv depuis l’Europe, mais les pèlerins ne se pressent pas: «S’ils font un voyage de deux semaines, ils ne vont pas rester en quarantaine une dizaine de jours à leur arrivée, et autant à leur retour», relève le jésuite. Tous les fournisseurs de services, les hôtels, les compagnies de transport, les commerces, les restaurants, les guides n’ont pratiquement plus aucun revenu depuis fin février. L’arrêt du tourisme met en crise toute l’économie palestinienne, dont c’est une branche importante. Et la communauté chrétienne locale est particulièrement affectée, car nombreuses sont les familles qui vivent du tourisme de pèlerinage.

La Terre Sainte «Bible en mains»

De formation archéologue et bibliste, Jean-Bernard Livio arpente depuis plus de cinq décennies la terre qui a vu naître l’enfant Jésus: d’abord sac au dos, à la fin de son gymnase, en 1958. Arrivé en train à Istanbul, en Turquie, il poursuivra sa route vers la Terre Sainte à pieds et en autostop. C’était au temps où il fallait encore passer de la Jordanie à Israël par la Porte de Mandelbaum, dans la vieille ville de Jérusalem, aujourd’hui occupée par l’État hébreu. Depuis, il a passé des périodes d’étude à Jérusalem, à l’Université hébraïque et à l’École biblique et archéologique française.

Le Père Jean-Bernard Livio sj avec un groupe de pèlerins dans le désert du Neguev | DRLe jésuite retourne plusieurs fois par an à la tête de groupes de pèlerins «intéressés par le récit biblique, par le contact avec cette terre et sa population». Le guide emmène ses pèlerins «Bible en mains» à Hébron, la cité des patriarches, au Puits de Jacob –l’évangile de Jean, au chapitre 4, y relate la rencontre de Jésus avec la Samaritaine, près du champ de Sichem (aujourd’hui Naplouse)-, à Bethléem, la ville de la nativité de Jésus de Nazareth, et bien sûr à Jérusalem, lieu de la Passion… Mais depuis l’éclatement de la pandémie, le Père Livio ne peut plus mener ses groupes marcher dans le désert du Néguev, se balader dans les cités nabatéennes, suivre les traces de Moïse vers la Terre Promise, avant de se rendre en Galilée, au lac de Tibériade, à Nazareth, puis de monter à Jérusalem et à Bethléem.

Aujourd’hui, le Saint-Sépulcre, à Jérusalem, ou la Basilique de la Nativité, à Bethléem, ont été minutieusement restaurés. Sur ces murs couverts des siècles durant par la suie des cierges, puis pendant des années par les échafaudages des restaurateurs, «on découvre des mosaïques qu’on ne pouvait pas voir tellement la foule des visiteurs était dense»! Mais les lieux bibliques de Terre Sainte sont désormais vides de pèlerins. La plupart se trouvent dans les territoires palestiniens occupés, également frappés par le virus. Aux obstacles et chicanes habituels mis en place par l’occupant israélien pour qui veut organiser un voyage, s'ajoute encore la crise économique engendrée par la pandémie.

La dure réalité de l’occupation israélienne

Basilique de la Nativité à Berthléem. Chapelle de Saint-Jérôme où, selon la tradition, Jérôme de Stridon a traduit la Bible en latin. © Bonio https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3200590Jean-Bernard Livio a un coup de cœur tout particulier pour Bethléem. Le bibliste y retrouve l’émotion de Jérôme, lorsqu’il y vint au IVe siècle pour traduire «in lingua vulgata» (en langue vernaculaire) la Parole sur les lieux mêmes où elle s’est incarnée. C’est pourquoi, «contrairement à de nombreuses agences, qui ne font que passer quelques heures à Bethléem et logent leurs touristes en Israël, c’est là que nous logeons. Passer le haut mur de séparation israélien qui isole la ville de sa voisine Jérusalem est une expérience forte pour nos pèlerins, souvent choqués par ce qu’ils découvrent. Quand on voit ce qu’endure la population palestinienne, c’est très difficile de parler de Terre Sainte !»

Le guide qu’il est, bien au fait de cette réalité, a choisi de travailler depuis plus de quatre décennies avec l’agence Awad, à Jérusalem, une entreprise familiale active dans les pèlerinages depuis 1860. «Ce sont des chrétiens qui connaissent bien la réalité du terrain, et les groupes qu’ils organisent peuvent bénéficier désormais de plus en plus de guides palestiniens bien formés. J’ai travaillé avec le père, puis le fils, et maintenant avec la petite-fille. Pour eux, l’année 2019 avait été excellente, mais fin février 2020, tout est tombé!»

Pas de grande procession

Cette année, à Bethléem, il n’y aura pas la grande procession qui voit l’arrivée solennelle, dans l’après-midi du 24 décembre, du patriarche latin de Jérusalem apportant le bébé à la crèche. D’ordinaire, c’est la fête pour tous à Bethléem, où on ne fait plus de distinction entre chrétiens et musulmans.

Jean-Bernard Livio sj relève que plusieurs agences françaises spécialisées dans les pèlerinages se risquent à proposer des voyages autour de Noël, mais rien ne garantit que ces pèlerins puissent effectivement partir. Quant à lui, il espère pouvoir emmener un groupe en Terre Sainte pour deux semaines, à la fin février 2021 ou dès que possible. Car l’intérêt pour ces voyages bibliques est toujours aussi important, au vu du nombre d’appels téléphoniques qu’il reçoit constamment. «L’impossibilité actuelle de visiter les lieux saints provoque un regain d’intérêt et un nouvel attrait, mais sur place, c’est l’angoisse. Que sera Noël? Leur espérance, c’est de pouvoir le fêter en famille, dans la simplicité et prière, mais sans l’affluence des touristes cela signifie sans les ressources financières qu’ils génèrent. Hélas, à trois semaines de Noël, les statistiques du Bureau de santé d’Israël ne sont guère optimistes: après une accalmie, la pandémie semble reprendre de la vigueur.»


Jean-Bernard Livio sj a fait partie du conseil de rédaction de choisir durant plus de 40 années. À lire notamment:
Voyage en terres saintes, où il explique le concept des voyages qu'il organise;
Entre Dieu et l'homme, le plus court chemin, où il explore les conséquences de la typographie de la Terre sainte sur les récits évangéliques.

Jean-Bernard Livio sj a fondé, avec des amis, l’association Les Amis des enfants de Bethléem (https://www.amisdesenfants-bethleem.net/). Elle accompagne les enfants et forme leurs enseignants pour introduire dans les crèches et les écoles primaires un programme basé sur la psychomotricité. Il s’agit par ce moyen de rendre aux enfants un espace de jeux, de chants, de rêve, de liberté, qui ouvre une brèche dans l’enfermement dans lequel ils vivent.

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