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jeudi, 01 octobre 2015 14:42

Génocide arménien. Chronologie

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Le 24 avril 2015, les Arméniens du monde entier se rassembleront pour faire mémoire du premier génocide du XXe siècle, à propos duquel Hitler aurait dit : « Mais qui se souvient encore des Arméniens ? » Retour sur une histoire tragique. - Monique Bondolfi-Masraff, Lausanne, est la Présidente de KASA[1]

•XIXe s. : progressif démembrement de l’Empire ottoman - l’homme malade - tandis que la Russie étend sa zone d’influence. Près de deux millions d’Arméniens y vivent depuis des siècles, ruraux à 90 %, attaqués par les Kurdes et les Circassiens, non protégés par la Sublime Porte.
•1878 : le Traité de San Stefano leur pro met le soutien de troupes russes ; en été 1878, le Congrès de Berlin l’entérine, les Russes occupent Kars et Ardahan, à l’est de l’Anatolie. Furieux de cette ingérence étrangère, le sultan Abdülhamid favorise l’immigration des populations turques chassées du Caucase russe, qui pillent et affament les Arméniens.
•1885-1890 : naissance de mouvements nationaux arméniens (Armenakan : Van 1885 ; Hntchak : Genève 1887 ; Dachnak : Tiflis 1890), dont les manifestations sont réprimées par les Turcs qui utilisent chaque incident pour parler d’insurrections à maîtriser.
•1894-96 : massacre de plus de 300 000 Arméniens (Constantinople, Trébizonde, Anatolie)
•1908 : le parti politique nationaliste révolutionnaire des Jeunes Turcs crée le CUP, Comité unité et progrès (Ittihad), apparemment ouvert mais de fait panturc (une seule nation, un seul peuple, une seule race) et hostile aux Arméniens, ces ennemis intérieurs.
•1909 : massacres en Cilicie (Adana et sa région) avec la complicité du CUP. L’Europe ne réagit guère.
•1913 : les Jeunes Turcs établissent une dictature militaire dirigée par Djemal, Enver et Talaat, respectivement futurs ministres de la Marine, de la Guerre et de l’Intérieur.
•1914 : la Turquie, emmenée par le germanophile Enver, entre en guerre aux côtés des Puissances d’Europe centrale, contre les Alliés (France, Grande- Bretagne, Russie). Elle mène une campagne désastreuse dans le Caucase. Les Arméniens font figure de bouc émissaire, bien qu’ils soient presque tous enrôlés dans l’armée turque.
•1915 : les soldats arméniens sont désarmés, des massacres sporadiques ont lieu (Van). Sauvés grâce aux Rus - ses, les résistants arméniens passent pour des insurgés. Le 24 avril, plus de 1000 intellectuels arméniens sont arrêtés à Constantinople, puis déportés et massacrés, dont des personnalités (le député Krikor Zoghrab et le Père Komitas, éminent musicologue). Suit l’ordre de déportation de toute la population arménienne, d’abord d’Anatolie, puis de Cilicie, sur un chemin d’horreur vers Alep : femmes enceintes éventrées, personnes brûlées vives dans des fours ou jetées dans des fosses qu’elles ont dû creuser, enfants liés dos à dos et noyés dans des fleuves. Ultime destination : Deir ez Zor, aux confins du désert de Mésopotamie.[2] Djemal Pacha, commandant de la IVe armée ottomane, établit des camps pour 150 000 rescapés dans le sud de la Syrie, au Liban et en Palestine. Au Musa Dagh, 4000 résistants tiennent bon et seront sauvés par un vaisseau français.[3]
•1918 : après le retrait de l’armée russe, la Turquie lance une offensive en Arménie orientale ; elle sera arrêtée à Sardarapat par une extraordinaire mobilisation populaire d’Arméniens, résistants bien qu’affamés. Le 30 octobre, l’Empire ottoman capitule et signe l’armistice de Moudros avec les Alliés. L’Arménie orientale devient la première République d’Arménie et englobe Kars.
•1919 : procès à Constantinople des responsables du génocide, dont la plupart se sont enfuis, surtout en Allemagne. Il dissocie les Jeunes Turcs, responsables de tous les maux, et la nation turque, manipulée, donc innocente. Les sentences ne seront pas appliquées. Face à ces dénis de justice, le parti Dachnak constitue Némésis, une organisation de justiciers arméniens qui abattent plusieurs hauts dirigeants turcs, dont Talaat. Les preuves des crimes turcs sont tellement accablantes que le meurtrier Soghomon Tehlirian est acquitté par le tribunal berlinois en 1921.
•10 août 1920 : le Traité de Sèvres reconnaît la République d’Arménie. Le nouvel homme fort turc Mustafa Kemal lance son armée à la reconquête de la région de Kars, qui est détruite. Les Français, qui ont un mandat sur la Cilicie, l’abandonnent. Les non Turcs s’exilent, rapidement suivis par l’importante population grecque suite à l’incendie de Smyrne, le 22 septembre.
•Juillet 1923 : la Conférence de Lausanne annule les clauses du Traité de Sèvres. La République d’Arménie, ignorée, ponctionnée de la région de Kars, est intégrée à l’URSS. Les rescapés arméniens s’éparpillent dans le monde, après avoir passé par des camps et des orphelinats (Liban, Syrie, Grèce...).
•21 septembre 1991 : création de la République d’Arménie.

[1] • Komitas Action Suisse-Arménie. Depuis 1997, KASA s’investit pour aider les Arméniens à rester dans leur pays via des programmes humanitaires, de formation, de construction, de soutien à l’agriculture et de tourisme solidaire (www.kasa.am).
[2] • Les djihadistes viennent de détruire l’église qui y fut érigée à la mémoire des victimes.
[3] • Voir le roman de Franz Werfel, Les quarante jours du Musa Dagh, 1933.

Pour en savoir plus : Raymond K. Kévorkian et Yves Ternon (dir.), Mémorial du génocide des Arméniens, Paris, Seuil 2014, 512 p.

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