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vendredi, 05 août 2022 14:29

Irak, l'exode des chrétiens se poursuit

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Statue de Marie dans le quartier d'Ainkawa (Erbil) © Giacomo SiniHuit ans se sont écoulés depuis les événements qui, dans la nuit du 6 au 7 août 2014, ont contraint plusieurs dizaines de milliers de chrétiens à quitter les villes et les villages de la plaine de Ninive, face à l'offensive des miliciens djihadistes de l'autoproclamé État islamique (Daesh). En cette nuit dramatique, les djihadistes du Califat avaient occupé les villages de la Plaine habités par des chrétiens, ordonnant par haut-parleurs à la population d'abandonner leurs maisons. La plupart avaient fui, n'emportant avec eux que les vêtements qu'ils portaient, trouvant un premier refuge dans les banlieues d'Erbil et d'autres villes de la région autonome du Kurdistan irakien. Aujourd'hui, les rapports sur le "retour" des chrétiens irakiens dans leurs villages paraissent toujours controversés.

Même si les signes concrets d'un retour vital à la normalité ne manquent pas, comme les camps d'été pour garçons et filles auxquels ont participé ces dernières semaines 600 jeunes de la région de Bartella, organisés sous le patronage de l'archevêché syrien orthodoxe local, plusieurs médias locaux ont rapporté ces dernières semaines des signes d'un exode silencieux, mais régulier, des familles chrétiennes des villes et villages de la plaine de Ninive. Au moins trente familles syriennes catholiques qui étaient revenues à Qaraqosh -une ville de la plaine où une foule festive avait accueilli le pape François lors de sa visite en terre irakienne en mars 2021- ont décidé de refaire leurs valises et d'émigrer à l'étranger, principalement pour chercher des opportunités d'emploi plus favorables ailleurs.

Le 26 juillet, le gouverneur adjoint de la province de Ninive, Sirwan Ruzbiani, a rencontré des représentants de l'archiéparchie syriaque catholique locale de Mossoul. Après la réunion, il a exprimé dans une note son amertume "en apprenant la nouvelle que les chrétiens continuent d'émigrer, malgré nos efforts pour les inciter à rester chez eux". Dans les faits, l'accès aux incitations prévues sur le papier par les autorités pour encourager le retour des personnes déplacées reste de facto exclu. L'instabilité et l'insécurité, la persistance des pressions et des tensions sectaires et la présence de milices illégales pèsent lourd. (Voir le reportage de Monir Ghaedi et Giacomo Sini, Ainkawa ou la vie de chrétiens d’Irak, le quartier chrétien de la ville d’Erbil.) Ainsi les chrétiens représentent toujours 7% des 600'000 personnes déplacées qui vivent encore dans la région du Kurdistan. Selon les données fournies par les autorités locales, seuls 40% des chrétiens qui ont fui Mossoul et la plaine de Ninive pendant le règne de Daesh sont retournés dans leur région de résidence ces dernières années. Pas plus de 100 familles chrétiennes vivent aujourd'hui dans le centre de Mossoul. Et comme le rapportait Fides à la fin de 2020 déjà, 55'000 réfugiés chrétiens irakiens réfugiés au Kurdistan (sur les quelques 138'000 chrétiens qui y avaient trouvé refuge) s'étaient déjà expatriés pour gagner les pays d'Amérique du Nord, d'Australie et d'Europe ou d'autres pays du Moyen-Orient.

Des flux d'exode similaires de la population chrétienne sont également enregistrés dans d'autres régions d'Irak. Un rapport récent du Rudaw Media Network (un groupe d'édition basé au Kurdistan) a recueilli des témoignages de prêtres et de laïcs confirmant une diminution forte et progressive de la population baptisée locale. Selon les témoignages recueillis, environ 300 familles chrétiennes vivent aujourd'hui dans la région de Bassora, alors qu'il y a 50 ans, la même région comptait 5000 familles chrétiennes. Les données fournies par les enquêtes menées sur le terrain montrent combien il est compliqué et, à certains égards, improductif de tenter de contrer l'exode des chrétiens irakiens vers d'autres pays avec des instruments, des mobilisations et des stratégies de nature exclusivement politique ou économique, y compris les nombreuses opérations de "collecte de fonds" menées au nom des communautés chrétiennes du Moyen-Orient par des groupes et des acronymes occidentaux.

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