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vendredi, 20 mai 2016 15:44

Il est une foi

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Pour la deuxième édition d’Il est une foi, l’Eglise catholique romaine - Genève (ECR) a donné rendez-vous en avril passé à la population autour d’un riche programme : « 16 films, des débats et des belles occasions de rencontre ».
Gérald Morin, qui fut pendant six ans l’assistant de Fellini, a été le directeur artistique de la manifestation. Il explique les choix de cette édition, présentée sous le titre de Trouble.

«Après avoir axé la programmation l’année dernière sur la période du Moyen Age, l’idée est de proposer une réflexion, à partir du cinéma, sur la situation de la religion catholique dans nos sociétés civiles : ce qu’elle apporte, comment elle est vécue de l’intérieur, les limites de l’institution quand elle est liée au pouvoir, etc.» Une situation qualifiée globalement de trouble.
Ce trouble relèverait en particulier de la position solitaire du prêtre face à la société : que ce soit la solitude des jeunes prêtres envoyés dans les villages il y a un siècle (Journal d’un curé de campagne) ou dans les paroisses urbaines de nos sociétés sécularisées (la série Ainsi soient-ils) ; ou la solitude de ceux qui quittent un environnement «confortable» pour des déserts spirituels (La Messe est finie). «Quand il retourne en ville, le prêtre doit réinventer une manière de communiquer l’indicible, l’atemporel. Ce qui est devenu difficile dans nos sociétés régies par l’argent et mues par le rendement immédiat», remarque Gérald Morin, pour qui, plus généralement, toute vision empreinte de transcendance est aujourd’hui de facto une «vision trouble» car «politiquement incorrecte».
Et lorsque le religieux vit en congrégation, c’est la paix de la vie en clôture qui peut être «toublée» quand l’environnement devient carrément hostile : les révolutionnaires français (Le dialogue des carmélites) ou les islamistes algériens (Des hommes et des dieux).
Trouble encore est la «zone», ce lieu mystérieux où se dirigent l’écrivain et le scientifique guidés par le Stalker, dans un monde futuriste agonisant. Pour le réalisateur Gérald Morin, «les grands auteurs choisis, croyants ou pas, ont une certaine vision de l’humanité»; vision selon laquelle le cheminement existentiel ne serait pas un long fleuve tranquille en présence du Sauveur, mais passerait par des longs tunnels de doute et de solitude. Ainsi à la solitude papale dans les palais du Vatican (Habemus papam) répondrait celle de l’enfance outragée au fin fond d’un petit village français (Mouchette)...

Trois chefs-d’œuvre

Il est une foi présente des grands films qui conjuguent puissance artistique et souffle spirituel. Parmi eux se détachent trois chefs-d’œuvre: Le journal d’un curé de campagne (1951) du catholique français Robert Bresson, une adaptation du roman de Georges Bernanos qui hausse le septième art au niveau de la grande littérature et offre une des plus belles scènes de confession jamais réalisées; Ordet (1955) du protestant danois Carl Theodor Dreyer, avec la scène de miracle la plus bouleversante de l’histoire du cinéma; Stalker (1979) de l’orthodoxe russe Andreï Tarkovski, trip hallucinatoire travaillé par les questions du désir, de l’espoir et de la croyance dans un monde techniciste. Ces trois films et leurs auteurs géniaux sont en quelque sorte des incontournables du cinéma chrétien.
Signalons encore deux autres adaptations de Bernanos, diamants noirs d’un cinéma de la foi, fort et tourmenté: Mouchette (1967) de Robert Bresson et Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat (1987), avec Gérard Depardieu, Sandrine Bonnaire et Pialat lui-même.
La sélection propose également des films très mineurs, qui n’ont pas les qualités artistiques et spirituelles précitées. Si aucun ne relève d’un cinéma évangélisateur, du type «catho neuneu», on y trouve en revanche des productions à message anti-catho de facture «neuneu», comme la série française Ainsi soient-ils, à laquelle le festival consacre une journée entière en en diffusant la troisième saison. Trop écrite, et par des auteurs qui manifestement ne connaissent pas l’Eglise catholique (Ainsi ne sont-ils pas auraient été un titre plus idoine), affichant un casting révélateur (Jean-Luc Bideau en prêtre...), mal interprétée, cette série m’évoque les propos de Jean Collet : «Celui qui écrit la trame d’un film à venir. Que cherche-t-il? Les choses ou l’âme des choses? Les choses, la matière à faire un bon film, ou la profondeur secrète de n’importe quelle chose? A ce stade où l’œuvre s’ébauche, c’est ce choix qui révèle la spiritualité de l’acte créateur. Ou l’absence de spiritualité.»
Il est une foi offre aussi deux très bons films d’animation, lors de séances matinales à destination d’un public scolaire ou familial : Persepolis (2007), inspiré de la bande-dessiné autobiographique de l’iranienne Marjane Satrapi, et Kirikou et la sorcière (1998) le premier long-métrage de Michel Ocelot, dont l’œuvre à la ligne pure, aux couleurs somptueuses et aux personnages attachants, sert un message toujours humaniste.
Enfin, «une semaine avant le festival, précise encore Gérald Morin, il y aura des projections en dehors du Grütli : dans une prison et un EMS.»

Rendez-vous cinéma de l’ECR,
2e édition, du 27 avril au 1er mai 2016,
Les cinémas du Grütli (Genève)

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