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lundi, 12 mars 2018 10:20

Altered Carbon. Quand le corps est dissocié de l’être

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Altered CarbonAltered Carbon, la nouvelle série de la chaîne américaine par abonnement Netflix se déroule dans un futur où, grâce à la technologie, la mort n’existe plus. Généralement le fait de philosophes ou de théologiens, la science-fiction s’est aussi emparée de la réflexion sur le statut de l’âme, du corps et de l’immortalité. Une éternité réelle ou rêvée?

Dans l’univers d’Altered Carbon, tiré du roman éponyme de Richard K. Morgan, l’humanité a développé une technologie rendant possible le transfert de conscience d’un corps à un autre. Chaque personne possède un dispositif similaire à un disque dur implanté à la base des cervicales. Personne ne meurt donc réellement à moins que cette «pile» ne soit détruite.

Contre paiement, l’enveloppe corporelle peut être échangée contre une plus performante ou même contre un clone rajeuni de soi-même. Ceux qui ne peuvent se permettre ce luxe se voient transférés dans un des corps mis à disposition par l’État ou stockés en attente de «réceptacles» disponibles. Les consciences préservées peuvent êtres réactivées à la demande et contre paiement, puis installées dans un nouveau corps. L’humain ainsi est réduit à une simple conscience numérique. Les «enveloppes» corporelles ne possèdent plus aucune valeur, puisqu’elles sont interchangeables, et l’immortalité n’est en réalité qu’une masse de «datas».

Des problématiques de fond éclipsées par une violence extrême

Diffusée début février, la série Altered Carbon évoque des problématiques de fond telles que les changements de corps, de genre, le pouvoir de l’immortalité ou le statut de la conscience humaine. Pourtant, la production a préféré miser sur les ingrédients qui font les séries à succès: une atmosphère noire, qui mêle allègrement l’extrême violence, la nudité et le vice démesuré de la race humaine. La matière narrative reste extrêmement touffue, avec de nombreuses intrigues rendant parfois la compréhension du récit quelque peu nébuleuse.

L’éternité comme placebo

La série aborde tout de même la dimension religieuse, mais sans entrer dans les détails. Le Vatican, présent dans le scénario, condamne ce clonage de l’âme, et les «néo-c» (nouveaux catholiques) combattent l’idée de réactivation de leur conscience dans un nouveau corps. Ils défendent le droit à n’être «ressuscités» sous aucun prétexte. D’ailleurs, leur disque dur possède un codage religieux empêchant toute sauvegarde ou réimplantation dans une nouvelle enveloppe. Le Vatican avance que la réactivation de la «pile» condamnerait l’âme véritable de manière irrévocable. Cette dernière étant réellement immortelle, contrairement à la conscience numérisée.

Peut-on dire sans sourciller qu’une sauvegarde de données est comparable à l’immortalité? En définitive, même si dans un lointain avenir l’être humain en est réduit à l’état de «data», le corps reste ce qui lui permet de faire l’expérience du monde. Et pourtant, ce corps continue de mourir. Si notre futur devait, d’une quelconque manière, ressembler à ce qu’imagine Altered Carbon, la technologie qui vaincrait la finitude serait-elle plus qu’un placebo pour pallier l’angoisse de la mort?


Petit lexique

Data: plus communément connu sous le termes de données numériques.
Pile: dispositif similaire à un disque dur implanté chirurgicalement dans la nuque, à la base du cerveau. La conscience humaine s’y trouve de manière effective, comme un logiciel.
Néo-c: à la fois nouveau-catholique combattant l’idée de réactivation de la conscience dans un autre corps, et ancien type de codage de la «pile» ne permettant pas de réactivation ou de sauvegarde. En d’autres termes, la conscience des néo-c «disparaît» une fois que le corps meurt.

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