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vendredi, 28 juin 2013 09:07

Confidences

Écrit par

Roger Fr 44320Frère Roger de Taizé, A la joie je t’invite. Fragments inédits, 1940-1963, Taizé, Presses de Taizé 2012, 240 p.

 

C’est avec une certaine retenue que j’entreprends de vous présenter ces fragments inédits. Tout est si brillant, si humble, si intime dans ce livre, que tenter d’en résumer le contenu me paraît impossible. Ces dits fragments

« d’ouvrage esquissé » et de « notes inachevées » nous font entrer dans le monde intérieur du fondateur de Taizé.

Il se souvient de son adolescence, qu’il a consumée dans une recherche incessante, voulant boire à toutes les sources pour étancher sa soif, soupirant parfois après la mort qui lui paraissait plus attirante que la vie. Et un jour, il s’entend appelé par le Christ : « Toi, suis-moi. » Il pressent cet appel dans une voie toute neuve, mais hésite... préférant les chemins tracés.

Pourtant, à 25 ans, il arrive à Cluny où un notaire lui indique une maison à Taizé. Il comprend que c’est là... et nulle part ailleurs... II s’y installe, tient un journal où il parle de juifs qu’il héberge, de pain qui manque et de soupe à l’ortie. Il mentionne la visite des Pères Couturier et Villain, leurs échanges sur le scandale de la division des chrétiens.

La France est occupée en 1942, et Frère Roger, qui passait quelques jours à Genève, ne peut plus traverser la frontière. Avec des amis, ils débutent une vie commune dans cette ville, puis retrouvent Taizé vers la fin de la guerre. Les vieilles personnes du village les supplient de ne pas repartir. Dès lors, leur nouveau chemin est tracé.

Mais Frère Roger a de la peine à traverser les hivers : l’absence de vie au village lui pèse... Il recherche en lui la paix et apprend à aimer la solitude, ce qui ne lui est pas toujours facile. Il se sent entouré d’êtres admirables et s’applique à aimer la joie au moment où elle lui est accordée.

Plus il avance dans sa vocation, plus il lui devient impossible de se dérober à l’histoire du monde. Des doutes le cernent et le font souffrir, mais son attachement de plus en plus profond aux paysages qui l’entourent parvient à lui faire accepter les épreuves quotidiennes. « La louange, écrit-il, chante en nous au cours des offices, même si tout est grisaille aux alentours. »

Frère Roger parle aussi avec sincérité des blessures de l’orgueil, des peurs de toutes sortes, celle par exemple de perdre la joie d’être à Dieu. L’angoisse souvent le paralyse, avançant et reculant comme le flux et le reflux. Parfois il prend conscience que la vocation œcuménique le dépasse : il pense à ses coreligionnaires protestants qu’ils font souffrir avec leur foi « œcuménique ». Et puis arrive l’invitation de Jean XXIII aux frères de Taizé à participer comme observateurs au concile qui débute en octobre 1962. Ce seront des moments inoubliables.

Le livre se termine avec la fin du concile sous Paul VI et le bel élan qui laisse entrevoir la réconciliation. Une phrase de Jean Paul II brille comme un soleil : « Le Christ est uni à chaque être humain sans exception... même si cet être n’en est pas conscient. »

 

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