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dimanche, 10 septembre 2017 12:13

Avec des jeunes de toute la terre

Frère Roger de Taizé
Avec des jeunes de toute la terre
Vivre l’inespéré
et Étonnement d’un amour 1972-1976
Taizé, Presses de Taizé 2016, 288 p.

Interviewé en 1972 par Claude Goure, Frère Roger nous confie quelques réflexions qui nous touchent, 45 ans plus tard. Devant tant de jeunes qui viennent sur la colline où 30 ans auparavant il avait vécu seul, il se pose la question: «Qui es-tu ?» Sa réponse est celle d’un homme qui se sent pauvre et ne sait pas grande chose... Mais les jeunes sont là avec leurs intuitions. Il est persuadé qu’en Christ, la détresse de tout homme trouve un achèvement, un retournement, un chemin nouveau. Pour lui, la prière silencieuse est capitale. Il sent que le printemps est à la porte et qu’il nous réchauffera comme un feu. Vieillissant, il a l’impression que la vie devient comme «ronde», une sphère où tout se vit et se relie.

Puis, c’est son Journal que nous découvrons, du 5 avril 1972 au 31 décembre 1976, enrichi de lettres et d’extraits du conseil annuel de la communauté. Certains passages sont enthousiasmants, d’autres douloureux, «sur le sentier rocailleux trébuchent mes pas». Il relate la beauté de la pluie et sort sous l’auvent pour l’écouter alors qu’il entend non loin, quelqu’un qui maugrée: «Quel misérable temps!» Là, il retrouve l’émerveillement devant deux petites pierres reçues il y a de nombreuses années. Plus loin, il nous conseille d’attendre qu’éclate en nous le mur des résistances. Bien se souvenir que si la prière avait un but utilitaire, ce serait une dérision, une simple projection de soi, un marchandage avec Dieu.

Une question, lors d’entretiens, revient encore et encore: «Comment être moi-même? Comment me réaliser?» Il y répond en disant que le Christ ne nous dit pas: «Recherche-toi toi-même» mais: «Toi, suis-moi.» Le Concile des jeunes qui se prépare dès 1970 pousse en avant la communauté: «Il ne sera pas une aventure, un congrès ou un forum, mais une communion au sein d’une humanité qui lutte, qui cherche et aspire à un réenfantement.»

Ses visites au Chili sont bouleversantes, tant de misères, de drames, de tortures... L’épouse d’un militant communiste lui confie qu’il y a dans ce pays des chrétiens qui sont une vraie lumière. Longues lectures sur la Russie, les États-Unis, l’Inde. Il se pose toujours des questions: où est Dieu, le Christ, l’Évangile dans ces peuples? Un lépreux à Calcutta lui chante les mots que voici: «Dieu ne m’a pas infligé un châtiment, je le chante parce que ma maladie est devenue une visite de Dieu.» Frère Roger croit entendre Job. Un soufi lui souffle: «Tous les hommes ont le même Maître. Maintenant c’est encore un secret qui n’a pas été révélé, mais plus tard on le découvrira.» Merci Frère Roger pour ce qu’on découvre en vous lisant.

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