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vendredi, 15 juin 2018 11:54

Une voie infiniment supérieure

Écrit par

Chalamet

Christophe Chalamet
Une voie infiniment supérieure
Essai sur la foi, l’espérance et l’amour
Genève, Labor et Fides 2016, 254 p.

Dans son essai l’auteur, professeur à la Faculté de théologie de Genève, cherche le sens que peuvent avoir aujourd’hui ces trois vertus que sont la foi, l'espérance et l'amour, en tant qu’actes humains répondant à un autre acte qui les fonde : la puissance de l’Esprit. La foi, comme confiance, découle de la fidélité de Dieu à lui-même et au monde. L’espérance s’oriente vers l’horizon de la justice, c’est-à-dire de notre juste relation avec Dieu, avec nous-mêmes, le monde et le prochain. L’amour, enfin, a la primauté sur la foi et l’espérance en ce sens qu’il ne cesse jamais. Il caractérise jusqu’au tréfonds l’acte et l’être de Dieu.

Quand il en vient à l’espérance et à la dimension eschatologique de l’Évangile -ce qui vient oriente notre manière d’être et d’agir dans notre présent-, l’auteur examine la voie chrétienne et les autres voies religieuses. Quelle place accorder à l’une et aux autres? Une question cruciale. Si l’événement historique Jésus Christ est décisif, les chrétiens ne sont pas seuls à connaître Dieu. Toute la vérité ne se concentre pas dans le christianisme. Quel est le rapport entre la foi chrétienne et les autres croyances et chemins de foi de notre monde?

Nous sommes alors en face de plusieurs positions. Pour l’inclusivisme, tout homme a une foi chrétienne implicite: Jésus Christ est l’unique Seigneur et sauveur, mais les diverses traditions religieuses contiennent des éléments de vérité; la confession de la foi chrétienne n’est donc pas le seul moyen de parvenir au salut. Les exclusivistes, de leur côté, ne veulent pas de chrétiens anonymes, comme l’avait proposé Karl Rahner. Et les pluralistes, pour leur part, estiment que les diverses traditions religieuses convergent vers la vérité, qui est Une, et que l’accès privilégié de la foi chrétienne est insupportable; il faudrait renoncer à ce privilège. La contradiction interne du pluralisme, c’est qu’il exclut ce qui le contredit et demande à chaque tradition de renoncer à des aspects centraux de son essence.

Les trois approches –inclusivisme, exclusivisme et pluralisme- sont inadéquates pour Chalamet. L’auteur reprend la formule du théologien jésuite Joseph Moingt: l’accord entre les religions est une symphonie différée. Et il ajoute: «L’Esprit de Dieu sauve, non le christianisme ou la foi. Il est toutefois difficile de reconnaître l’action de Dieu dans une tradition où la divinité écrase l’humain. Nous pouvons dire de Dieu ce qu’il n’est pas, mais il faut laisser ouverte la possibilité que l’ultime soit la visée des grandes religions.» La voie infiniment supérieure reprend le verset de 1Co 12,31, qui annonce l’amour et sa primauté.

Le sujet de cet ouvrage a fait l’objet de deux séminaires à la Faculté de théologie. Ce livre est remarquable et extrêmement documenté, discutant les auteurs contemporains catholiques et protestants aussi bien qu’Augustin, Thomas d’Aquin et Luther. Il est accompagné de plusieurs index.

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