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vendredi, 15 juin 2018 12:05

Explorer l’intime

Écrit par

GachoudFrançois Gachoud
Explorer l’intime,
au cœur de nos jardins secrets
Gollion, La Source Vive 2016, 208 p.

L’auteur, professeur de philosophie, pour explorer l’intime au cœur de nos jardins secrets, imagine un dialogue: un professeur à la retraite reçoit un jour un téléphone d’une de ses anciennes élèves devenue archéologue et vivant en Grèce. Elle l’invite pour un séjour dans sa maison au Cap Sunion afin de pouvoir, pendant quelques semaines discuter avec lui. Ce livre relate leurs entretiens et quelques conversations téléphoniques ultérieures. Le titre expose clairement leur fil rouge: l’intériorité fait de chaque être une personne comparable à nulle autre, en un mot irremplaçable.

Avec délicatesse, le philosophe, qui selon lui est un élaborateur de concept, analyse la culpabilité d’un enfant abusé dont l’harmonie a été mutilée. Quelques jours plus tard, on s’approche de la notion d’âme, présente dans quasi toutes les cultures et civilisations, distincte du corps mais jamais séparée tant que nous sommes vivants, et qui serait le principe de la vie invisible, le souffle.

Lors d’un entretien, la conversation tourne autour de l’amour de soi, du respect d’autrui et de sa dignité. Une femme violée est volée dans sa dignité profonde, la violence dont elle a été victime porte atteinte à sa propre vie. Puis, c’est J. J. Rousseau, avec son intuition sur la question de la beauté et de l’amour, qui va occuper le centre de la scène: «L’homme est bon par nature, c’est la société qui le corrompt.» Par nature, Rousseau entend le sentiment intérieur: «La vie est l’Origine, il la nomme nature.» Selon Aristote, convoiter des choses qui sont bonnes à nos yeux mais qui causent du mal à autrui ne peut être considéré comme bien. Le philosophe Levinas souligne que la recherche du bonheur conduisant à la donation de soi (croyant ou non croyant) rejoint la parole du Christ: «Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites.» C’est, nous dit le philosophe, en apprenant à donner qu’on reçoit! Schopenhauer, qui voit l’univers comme absurde et sans Dieu, tente de trouver des stratégies en quête d’un vouloir vivre afin de fuir ce monde qui ne produit que souffrance et ennui. Pour Nietzsche, qui le suivra, ce vouloir vivre c’est le concept de Volonté de puissance, le déploiement de potentialités, dans le seul but d’être plus intensément soi-même, jusqu’à l’ivresse, rejoignant là les mystiques mais sans Dieu.

Puis vient une grande question: Dieu peut-il être intime? Oui, nous répond saint Augustin dans ses Confessions. Où cherchons-nous des signes révélateurs de l’intime? Quelle place pour la pudeur dans cet espace intime? Livre intense. À lire lentement, très lentement mais quelle belle expérience!

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