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lundi, 02 septembre 2019 12:07

Guy Bedouelle, o.p.

Écrit par

JacquetMichel Jacquet (dir.)
Guy Bedouelle, o.p.
Une libre intelligence chrétienne
Châteauneuf-sur-Charente, Frémur éditions 2017, 240 p.

L’ouvrage réunit les contributions d’un colloque organisé en 2014 par l’Université catholique de l’Ouest (Angers) en hommage à son ancien recteur, le Père Guy Bedouelle (1940-2012), dominicain, historien, théologien, humaniste. Cinéphile averti, le Père Bedouelle a collaboré avec une assiduité exemplaire à la revue choisir, dans laquelle il a commenté l’actualité cinématographique de 1973 à 2012, année de son décès.

L’ouvrage est divisé en quatre sections qui recouvrent les principaux domaines de l’activité de Guy Bedouelle: Le chercheur et l’enseignant; La vie dominicaine et ecclésiale; Les responsabilités universitaires; Les intérêts et les entreprises d’un homme de culture. Une annexe contenant sa bibliographie aurait été bienvenue.

Prenant ses distances avec les continuelles remises en question qui agitaient les dominicains français des années 70, Guy Bedouelle, plutôt proche de la revue Communio et du mouvement Communione e liberazione, avait rejoint Fribourg où il se trouvait très à l’aise. Professeur extraordinaire à Fribourg puis titulaire de la chaire d’histoire de l’Église (1977-2007) et doyen de la Faculté de théologie (1994-1996), enfin recteur de l’Université catholique de l’Ouest (Angers), il a incarné la liberté d’une intelligence chrétienne.

Guy Bedouelle était d’abord un spécialiste du XVIe siècle, avec une thèse remarquée sur Lefèvre d’Etaples et sa pratique de l’exégèse. L’histoire de son Ordre l’a aussi passionné. Sans être un médiéviste, mais motivé par ses propres racines religieuses, il lui a consacré une bonne part de son travail universitaire, publiant entre autres une biographie de saint Dominique et des études sur l’histoire de l’Ordre. Parce que les périodes de transformations et de bouleversements l’intéressaient particulièrement, le temps des humanistes à la veille de la Réforme et celui du renouveau de l’Église après la Révolution française de 1789 ont retenu son attention. Erasme, l’Inquisition et ses mythes, Lacordaire, dont il édite l’immense et insaisissable correspondance, sont autant de figures emblématiques auxquelles il a consacré des études, à l’écart des polémiques, mais toujours en recherche de sens. Au bénéfice d’un doctorat en droit et d’une thèse sur L’Église d’Angleterre et la société contemporaine, préoccupé par la réconciliation entre l’Église et le monde moderne, il a consacré, avec son ami Jean-Paul Costa, une étude à la question de la laïcité en France.

Vrai humaniste, Guy Bedouelle était passionné de littérature et de cinéma. Indispensable nourriture, la littérature, française, italienne, anglaise, américaine ou russe, les romans surtout, l’aidaient à comprendre le passé et le présent. Le cinéma, dont il était un expert reconnu, stimulait son imagination, révélant les images enfouies, qui viendront illustrer ses cours en faculté, à la grande joie de ses auditeurs. Il ne faudrait pas oublier son goût pour les voyages à la découverte du monde, ni la fréquentation assidue et recueillie des musées et des expositions.

Travailleur acharné, indépendant, toujours modéré et à l’écart de toute idéologie, jamais enfermé dans un académisme stérile, aimable et distingué, Guy Bedouelle a été un homme libre, un vrai humaniste. Les quatre termes au moyen desquels il définit la nature de son Ordre esquissent son propre portrait: vérité, amitié, liberté, fraternité. Le lecteur des actes du Colloque, ce bel hommage très justifié, n’aura pas de peine à s’en convaincre.

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