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mardi, 12 mars 2019 09:24

Recensions n° 691

Andrea Caracausi, Nicoletta Rolla, Marco Schnyder (dir.)
Travail et mobilité en Europe
XVIe-XIXe siècles
Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion 2018, 270 p.

Rédigé par des historiens, ce livre comprend huit monographies présentant chaque fois un contexte social et géographique différent. On y découvre les métiers de la construction à Turin et de la laine entre Andalousie et Vénétie, les migrations des travailleurs des vallées alpines jusqu’en Allemagne ou à Venise, la vie des apprentis en orfèvrerie ottomans à Padoue, les banquiers de Paris, les pêcheurs à Dieppe ou encore les musiciens de rue à Avignon. Les chercheurs se sont penchés sur la mobilité géographique et sociale ainsi que sur les stratégies de survie des artisans. Ils restituent ainsi un contexte, une ambiance, parfois des bribes de destins individuels retracés grâce à des archives familiales ou de tribunaux.

Les auteurs ayant pu échanger lors de deux rencontres en 2015 et 2016, le tout est cohérent tant dans la démarche que l’écriture. Un index commun des lieux et des métiers renforce cette unité. Reste au lecteur à se familiariser avec un vocabulaire et des coutumes plus guère en usage en ce début de XXIe siècle.

Jean-Claude Huot

 

Nicolas Bouzou, Julia de Funès
La comédie (in)humaine
Pourquoi les entreprises font fuir les meilleurs
Paris, Éd. de l’Observatoire 2018, 176 p.

«On travaille rarement pour réaliser un projet collectif, souvent pour gagner sa vie, souvent sans savoir trop pourquoi. C’est devenu une obligation sociale», constatent Nicolas Bouzou et Julia de Funès dans leur dernier ouvrage commun, La comédie (in)humaine. Un brin corrosif, ce livre épingle le monde du travail et la complémentarité des deux auteurs n’y est pas étrangère. Lui est économiste, et il pose le cadre en convoquant d’autres travaux de recherche en la matière pour évoquer la situation en entreprise. Quant à Julia de Funès, elle n’est pas uniquement la petite fille de … mais aussi philosophe et conférencière en entreprise. En faisant appel aux grands penseurs, elle examine ce qui reste encore du sens dans le monde du travail.

Les deux auteurs dressent un portrait de salariés au bord de la crise de nerf, oscillant entre épuisement (burn-out) et ennui profond (bore-out). Des salariés privés d’autonomie, déresponsabilisés par un surplus de procédures trop rigides, contrôlés en permanence par des outils de géolocalisation sous couvert de modernité, baladés de réunions inutiles en séminaires infantilisants.

Du côté des managers le constat n’est pas plus engageant. Trop tatillons ou trop lâches, ces derniers s’accrochent à de vieux modèles d’organisation et plaquent sur cette triste réalité un discours prometteur où le bonheur au travail se fait à marche forcée. «Le baby-foot, les plantes vertes et la méditation express du midi se substituent au projet, au travail et au sens», écrivent les auteurs. À défaut de réformer, les entreprises donnent l’illusion d’innover en multipliant séminaires de créativité obligatoires et formations ludiques mais vides de sens, et surtout en invoquant l’injonction suprême à être heureux. Le bonheur : une tâche supplémentaire ajoutée au cahier des charges des salariés sans pour autant leur donner les moyens d’y parvenir.

Myriam Bettens

 

Hartmut Rosa
Résonance
Une sociologie de la relation au monde
Paris, La Découverte 2018, 536 p.

Résonance fait partie de ces livres rares qui font date parce qu’ils mettent en lumière une réalité méconnue qui permet d’expliquer toutes sortes de phénomènes apparemment sans liens entre eux. L’auteur jette une lumière nouvelle sur des expériences personnelles parfois déroutantes. Sa thèse: ce qui fait problème aujourd’hui, ce n’est pas le manque de ressources, mais le type de relation que nous entretenons avec le monde.

Plus précisément, le monde, soit «l’ensemble des personnes, des espaces, des tâches, des idées, des choses et des outils» auxquels nous avons affaire, nous «parle» de moins en moins. Entre lui et nous se produisent de plus en plus rarement ces phénomènes de résonance qui nous enchantent, et s’installe souvent un silence de glace. De nombreuses pathologies, comme l’asthme, les troubles alimentaires ou les burn-out, ne témoignent-elle pas d’un dérèglement du rapport à l’environnement physique ou social?

Heureusement, des fragments de monde «chantent» encore. L’art ou la nature nous touche. C’en est assez pour que Rosa, qui s’inscrit pourtant dans le sillage de la théorie critique (École de Francfort), joigne à ses analyses un «credo optimiste». «Un autre type d’être-dans-le-monde est possible», affirme-t-il, en se réjouissant, par exemple, de la persistance de la religion qui « fluidifie » la relation au monde. Mais peut-on le suivre jusque-là, quand on a découvert, avec lui, à quel point la modernité était une «catastrophe de la résonance»?

Yvan Mudry
Lire encore l’article d’Yvan Mudry sur les phénomènes de résonance, rédigé à partir de cet ouvrage.

 

Dominique Grouille
Vaincre la mort ou l’apprivoiser ?
Préface du docteur Arme de la Tour
Les Plans-sur-Bex, Balland 2018, 198 p.

Les soins palliatifs, nous dit la préfacière, présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs, sont mal connus du public. Ils reposent sur le principe d’un double refus: acharnement thérapeutique et euthanasie.

Ce livre est écrit par un médecin en soins palliatifs qui partage son expérience avec humilité et humanité, et nous l’en remercions. Tout commence avec des souvenirs d’enfance, la mort du père alors qu’il avait 9 ans et son frère 4. Les années qui suivent sont floues, mais il a déjà compris que la mort est définitive. Un déclic se produit à l'âge de 15 ans: il veut porter assistance, soigner, soulager, être médecin.

Il sera anesthésiste-réanimateur et il raconte ce que furent ses premières expériences. Il le fait très bien et nous le suivons avec grand intérêt. Que d’interrogations l’habitent! La mort des autres ne nous met-elle pas face à la nôtre? Il essaye de se protéger de tous les traumatismes qu’il subit. Après 30 ans d’activité, il éprouve le besoin de faire un bilan: sa profession a changé, ses journées sont stressantes, répétitives, elles deviennent presque cauchemardesques. En 2005, il constate son épuisement professionnel et c’est alors qu’on lui propose un poste en soins palliatifs. Il accepte et passe l’année suivante à se former. Une autre vie commence pour lui.

C’est la deuxième partie du livre. Dans ce nouveau service, confronté à des maladies étudiées de façon théorique pendant ses études, il prend conscience de la complexité de la tâche. Les exemples qu’il présente nous touchent beaucoup. Son rôle n’est pas de juger, mais de rechercher la meilleure solution pour les malades. Ses relations avec eux dépassent le cadre du travail, il s’y attache. Les soins palliatifs ne sont pas focalisés sur la mort mais sur la vie ... jusqu’au dernier souffle. Mais il va lui falloir aborder le grand problème de l’euthanasie et du suicide assisté. Je vous laisse lire ses craintes et ses conclusions.

Marie-Luce Dayer

 

Élisabeth Parmentier, Pierrette Davian, Lauriane Savoy (dir.)
Une Bible des femmes
Genève, Labor et Fides 2018, 288 p.

Une vingtaine de femmes théologiennes (ou du moins persuadées que la foi appelle l’intelligence), catholiques ou protestantes, venues de divers pays francophones, analysent quelques morceaux bien choisis tirés de la Bible où sont mises en scène des femmes. Il ne s’agit pas d’une exégèse révolutionnaire baignant dans l’idéologie féministe, mais d’une analyse lucide à la lumière de l’expérience contemporaine de chacune.

L’originalité de l’opération, inspirée d’un précédent américain de 1898, n’est évidemment pas la sélection uniquement féminine de leurs auteures, pas même des interprétations inédites dont l’originalité cacherait la faiblesse; je la vois plutôt dans l’expérience spirituelle qui transparaît çà et là sous l’herméneutique biblique.

De ce point de vue, est exemplaire la contribution de Pierrette Davian et Diane Marleau sur la base du livre de la Sagesse. Bien entendu, les conventions du langage inclusif s’imposent ici. Le lecteur rencontre ainsi la cisnormativité, qui désigne les normes sociales liant le genre et le sexe biologique; il ne sera pas non plus étonné de l’épicène, cette pratique typographique permettant d’associer dans l’écrit les deux genres. Ainsi chacun-e est satisfait-e, moi aussi.

Étienne Perrot sj

 

Anne Soupa
Judas, le coupable idéal
Paris, Albin Michel 2018

Le style narratif du livre le rend très accessible et facile à lire. Le ton est vivant, souvent humoristique, parfois emphatique. Nombreuses sont les interpellations, les prières même, qui s’adressent tantôt au lecteur, tantôt à Judas lui-même, apôtre mal aimé dont il s’agirait de revoir en appel un prétendu procès. Car c’est là, en effet, le but avoué de l’auteure, rédactrice, journaliste et écrivaine, et qu’elle formule très clairement à la fin du dernier chapitre Rendre justice à Judas. Ce qui ne manque pas de soulever l’épineuse question du statut des textes bibliques et de leur interprétation. Cette question est d’ailleurs présente dès le début de l’ouvrage: «Le socle de toute histoire », affirme Anne Soupa dans son introduction, est « qu’il lui faut son méchant»…

Ce livre inclassable, qui fait honneur au genre de la vulgarisation biblique, n’ouvre-t-il pas, bien involontairement sans doute, un autre faux-procès : celui des évangélistes, accusés par l’auteure d’avoir «chargé Judas» pour d’obscures et prétendues universelles raisons psychologiques? À vous d’en juger…

Élisabeth Schenker

 

Daniel Marguerat
L’historien de Dieu
Luc et les Actes des apôtres
Genève/Montrouge, Labor et Fides/Bayard 2018, 444 p.

Luc historien? conteur? Luc écrivain du seul récit des débuts de l’Église à part quelques lettres de Paul? Luc visionnaire? théologien? inventeur du christianisme? constructeur de la mémoire historique chrétienne? Peut-être bien tout cela à la fois. En tout cas, c’est un homme qui veut raconter Dieu dans le monde de son temps et pour le monde de son temps; un homme qui veut montrer Dieu « dans l’épaisseur de l’histoire humaine».

Pour le théologien Daniel Marguerat, à la recherche de longue date de l’identité de Luc, celui-ci est un historien … qui fait une lecture théologique de l’histoire! Ainsi cet ouvrage est un complément du commentaire des Actes des apôtres que l’auteur a publié il y a quelques années. De plus, il reprend, organise et actualise des articles et des ouvrages sur Luc qu'il a publiés de 2002 à aujourd’hui. Daniel Marguerat signe ici une somme incontournable sur celui qu’il appelle l’historien de Dieu.

Anne Deshusses-Raemy

 

Francine Carrillo
Jonas. Comme un feu dévorant
Genève, Labor et Fides 2017, 122 p.

Pourquoi Jonas/Yonah? Ce livre, dont la rédaction date du IIIe siècle av. J.-C., est «un récit qui questionne l’idéologie de ceux qui s’enferment dans l’autosuffisance des élus». Dans un ordre des choses brisé, dans les paradoxes, Yonah, «le bougon récalcitrant», en procès avec son Dieu, est un «prophète à l’envers». Le rapprochement Ninive/Mossoul, à peine sortie des griffes des djihadistes, rétrécit l’histoire!

Le récit poétique de Francine Carrillo est à déguster à petites doses, pour savourer ce que le visible révèle de l’invisible. Puis on peut suivre pas à pas le commentaire du livre de Yonah, commentaire attaché au texte hébraïque qui révèle un «souffle propre à dynamiser la vie». L’appel de Yonah est un feu dévorant, «lancinant, comme un élan à dévorer nos peurs, à défaire notre stupeur, quand la violence de l’actualité nous laisse sidérés».

Ce livre, à garder à portée de main, nous accompagne de jour en jour dans une méditation subtile vers le meilleur de nous-mêmes, bercés que nous sommes par son écriture qui résonne en un son cristallin appelant à l’essentiel.

Marie-Thérèse Bouchardy

 

Jacques Mourad, avec
Amaury Guillem
Un moine en otage. Le combat pour la paix d’un prisonnier des djihadistes
Paray-le-Monial, Emmanuel 2018, 224 p.

Jacques Mourad, prêtre et moine syrien, a été enlevé et détenu pendant 85 jours en 2015 par le groupe État islamique. Originaire d’Alep, d’une famille survivante du génocide ottoman de 1915, Jacques Mourad a rejoint la communauté de Mar Musa près de Nebek, au nord de Damas, fondée au début des années 90 par le Père Paolo Dall’Oglio sj, lui-même arrêté et disparu à Raqqa le 28 juillet 2013.

Le Père Jacques avait repris, sur demande de l’évêque syrien catholique de Homs, la charge de desservant d’un ancien lieu de pèlerinage, Mar Elian, situé tout près de la ville de Qaryatayn, sur la route de Palmyre. Ayant établi d’excellents contacts avec les chrétiens orthodoxes de la ville et avec la population musulmane majoritaire, il avait redonné de l’importance sociale et religieuse au monastère de Mar Elian. Homme affable, plutôt timide, j’ai eu la chance de le connaître là-bas.

Jacques Mourad raconte ici ses origines familiales, les études qu’il a poursuivies à Alep et au Liban et ses premières années de prêtre. Puis il aborde la transformation et la radicalisation des esprits dont il fut témoin, après 2012, chez plusieurs jeunes de la ville sous l’influence des idées islamistes. Il décrit la peur qu’elle engendrait chez les notables, y compris chez le mufti, alors même que jusque-là les communautés vivaient ou semblaient vivre en bon voisinage (le Père Jacques et son collègue le prêtre orthodoxe Ephrem ont d’ailleurs été des artisans de cette coexistence). Il avait été très affecté par l’assassinat d’un médecin de Qaryatayn, chef du bureau régional du Parti Baas, «un homme bon qui avait soigné beaucoup de malades dans le besoin».

Un jour de 2015, des jeunes, dont il connaissait les parents, apparurent au monastère pour lui intimer l’ordre de cesser les activités musicales auprès des jeunes. «Jouer d’un instrument était, selon eux, interdit dans le Coran.» Quelque temps après eut lieu l’enlèvement du Père Jacques et d’un jeune compagnon qui séjournait au monastère. Suivirent des semaines atroces de détention, ponctuées parfois de durs sévices et d’interminables injonctions à se convertir à l’Islam. Tout cela dans des caches de l’État islamique entre Qaryatayn et Palmyre, suivi d’une détention à Raqqa, la «capitale» de l’État islamique, là même où Paolo Dall’Oglio disparut en 2013.

Vint un jour la libération et la fuite vers Homs, après une rocambolesque et tragique rencontre de Jacques avec plus de deux cents paroissiens, eux-mêmes pris en otage. Le responsable islamiste déclara qu’il les libérait parce qu’ils n’avaient pas porté les armes contre les musulmans. La non-violence de Jacques et du groupe de ses paroissiens leur avaient donc valu la libération par l’État islamique ainsi que, peut-être, leur implication dans la reconstruction des maisons.

Le récit aborde le rapport concret des chrétiens avec des musulmans devenus fous, alors que Jacques avait voué sa vie à la rencontre pacifique de l’Islam. Issu du milieu chrétien d’Alep, le moine souligne comment il lui a fallu faire progressivement une conversion pour découvrir chez les musulmans des frères. Il était en effet plutôt réservé face aux approches novatrices et audacieuses de son compagnon Paolo Dall’Oglio. Son témoignage en faveur de la poursuite du dialogue avec les musulmans n’en a que plus de force.

Jacques Mourad vit actuellement à Suleymanya, au Kurdistan irakien, avec un autre moine de Mar Musa, Jens, d’origine suisse, œuvrant au service des réfugiés.

Joseph Hug sj

 

Frédéric Martel
Sodoma. Enquête au cœur du Vatican
Paris, Robert Laffont 2019, 632 p.

L’auteur, qui déclare clairement être homosexuel, a mené durant quatre ans une enquête sur les tendances et la pratique de l’homosexualité dans les milieux du Vatican. En résulte un gros volume de plus de 600 pages, publié simultanément dans vingt pays, comme s’il s’agissait d’un coup monté. Quels intérêts se cachent derrière l’ampleur de cette orchestration? Il est légitime de se poser la question.

Pour mener à bien son enquête, l’auteur a interrogé pas moins de quarante-et-un cardinaux, des évêques, des prêtres, des employés du Vatican. Les résultats de ses entretiens sont regroupés en quatre parties, chacune correspondant à un pontificat: François, Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI.

D’entrée de jeu l’auteur s’empresse de déclarer son intention: peu lui importe l’orientation sexuelle individuelle des personnages qu’il rencontre, il s’intéresse surtout aux réseaux, éventuellement aux lobbys homosexuels. À la fin de son ouvrage, dans une sorte de confidence dans un style subtilement pathétique, il proteste longuement de sa bonne intention. Malgré tout, s’il révèle une série de cas avérés, suffisamment documentés, qui ne représentent guère plus que le quart de son livre, il multiplie les insinuations, les hypothèses, les ragots d’alcôves et les propos de quelques personnes manifestement aigries, qui donnent l’impression de régler leurs comptes. Il n’est pas étonnant qu’un recenseur ait pu qualifier son livre de Vaticancan!

Littéralement obsédé à débusquer des tendances et des pratiques homosexuelles parmi le personnel du Vatican, l’auteur semble être affligé d’œillères qui restreignent son champ de vue et le faussent. Toute l’administration de l’Église catholique est vue à travers le prisme de l’homosexualité, pratiquée ou refoulée, des cardinaux, des nonces, des évêques, des secrétaires, des gardes suisses, en un mot de toutes les personnes qui, de près ou de loin, sont liées à la Curie romaine, jusqu’au sommet de sa hiérarchie. Tant et si bien que pour lui, l’homosexualité relève plus de la norme que de l’exception au sein de la Curie: plus un prélat s’élève dans la hiérarchie, plus la probabilité de son homosexualité -souvent pratiquée- est importante. Au point que c’est la lutte entre les divers milieux homos qui expliquerait toutes les affaires concernant le Saint-Siège: les dérapages de la banque du Vatican, le scandale du Vatileaks, les silences sur les cas de pédophilie, et bien d’autres intrigues de cour.

Cette obsession entraine l’auteur dans des développements aussi grotesques que mesquins, dignes d’une presse de bas-étage, lorsqu’il commente la garde-robe d’un cardinal (Burke) ou celle du pape Benoît XVI, ou qu’il analyse la richesse baroque des ornements liturgiques.

Si le pape François s’en tire bien, Paul VI est suspecté durant de nombreuses pages, Jean-Paul II est coupable de laisser-aller et Benoît XVI se trouve franchement honni et condamné. Quant aux secrétaires personnels des papes, ils sont perçus comme des intrigants qui tirent les ficelles de la politique papale; ils pourraient même être les mignons de leurs maîtres.

Lorsqu’il cite le Catéchisme ou se réfère à l’exégèse biblique, à certains dogmes, à des explications théologiques, l’auteur découvre son ignorance de la Doctrine catholique et de son enseignement. Le Catéchisme est homophobe, réactionnaire et moyenâgeux. L’articulation entre le péché et la grâce et la notion de rédemption sont ignorées. Les idéaux et le combat de ceux qui luttent pour ne pas céder à leurs tendances homosexuelles sont simplement taxés de militance homophobe pour donner le change.

Au-delà de son manifeste parti-pris et de son manque d’objectivité, ce livre peut tout de même rendre un service. Il attire l’attention sur une plaie de l’Église catholique, le comportement indigne de certains prélats, dénoncé par le pape François dans son fameux discours sur les maladies de la Curie; il appelle à prendre plus au sérieux l’examen des candidats au sacerdoce et à débusquer ce que cache la raideur intégriste, ces plaies autrefois dénoncées, mais en vain, par Drewermann.

Pierre Emonet sj

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