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jeudi, 28 mars 2019 08:10

Sodoma. Enquête au coeur du Vatican

Écrit par

Sodoma MartelL’auteur, qui déclare clairement être homosexuel, a mené durant quatre ans une enquête sur les tendances et la pratique de l’homosexualité dans les milieux du Vatican. En résulte un gros volume de plus de 600 pages, publié simultanément dans vingt pays, comme s’il s’agissait d’un coup monté. Quels intérêts se cachent derrière l’ampleur de cette orchestration ? Il est légitime de se poser la question.

Frédéric Martel
Sodoma
Enquête au cœur du Vatican
Paris, Robert Laffont 2019, 632 p.

Pour mener à bien son enquête, l’auteur a interrogé pas moins de quarante-et-un cardinaux, des évêques, des prêtres, des employés du Vatican. Les résultats de ses entretiens sont regroupés en quatre parties, chacune correspondant à un pontificat : François, Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI.

D’entrée de jeu l’auteur s’empresse de déclarer son intention : peu lui importe l’orientation sexuelle individuelle des personnages qu’il rencontre, il s’intéresse surtout aux réseaux, éventuellement aux lobbys homosexuels. À la fin de son ouvrage, dans une sorte de confidence dans un style subtilement pathétique, il proteste longuement de sa bonne intention. Malgré tout, s’il révèle une série de cas avérés, suffisamment documentés, qui ne représentent guère plus que le quart de son livre, il multiplie les insinuations, les hypothèses, les ragots d’alcôves et les propos de quelques personnes manifestement aigries, qui donnent l’impression de régler leurs comptes. Il n’est pas étonnant qu’un recenseur ait pu qualifier son livre de Vaticancan !

Littéralement obsédé à débusquer des tendances et des pratiques homosexuelles parmi le personnel du Vatican, l’auteur semble être affligé d’œillères qui restreignent son champ de vue et le faussent. Toute l’administration de l’Église catholique est vue à travers le prisme de l’homosexualité, pratiquée ou refoulée, des cardinaux, des nonces, des évêques, des secrétaires, des gardes suisses, en un mot de toutes les personnes qui, de près ou de loin, sont liées à la Curie romaine, jusqu’au sommet de sa hiérarchie. Tant et si bien que pour lui, l’homosexualité relève plus de la norme que de l’exception au sein de la Curie : plus un prélat s’élève dans la hiérarchie, plus la probabilité de son homosexualité -souvent pratiquée- est importante. Au point que c’est la lutte entre les divers milieux homos qui expliquerait toutes les affaires concernant le Saint-Siège : les dérapages de la banque du Vatican, le scandale du Vatileaks, les silences sur les cas de pédophilie, et bien d’autres intrigues de cour.

Cette obsession entraine l’auteur dans des développements aussi grotesques que mesquins, dignes d’une presse de bas-étage, lorsqu’il commente la garde-robe d’un cardinal (Burke) ou celle du pape Benoît XVI, ou qu’il analyse la richesse baroque des ornements liturgiques.

Si le pape François s’en tire bien, Paul VI est suspecté durant de nombreuses pages, Jean-Paul II est coupable de laisser-aller et Benoît XVI se trouve franchement honni et condamné. Quant aux secrétaires personnels des papes, ils sont perçus comme des intrigants qui tirent les ficelles de la politique papale ; ils pourraient même être les mignons de leurs maîtres.

Lorsqu’il cite le Catéchisme ou se réfère à l’exégèse biblique, à certains dogmes, à des explications théologiques, l’auteur découvre son ignorance de la Doctrine catholique et de son enseignement. Le Catéchisme est homophobe, réactionnaire et moyenâgeux. L’articulation entre le péché et la grâce et la notion de rédemption sont ignorées. Les idéaux et le combat de ceux qui luttent pour ne pas céder à leurs tendances homosexuelles sont simplement taxés de militance homophobe pour donner le change.

Au-delà de son manifeste parti-pris et de son manque d’objectivité, ce livre peut tout de même rendre un service. Il attire l’attention sur une plaie de l’Église catholique, le comportement indigne de certains prélats, dénoncé par le pape François dans son fameux discours sur les maladies de la Curie ; il appelle à prendre plus au sérieux l’examen des candidats au sacerdoce et à débusquer ce que cache la raideur intégriste, ces plaies autrefois dénoncées, mais en vain, par Drewermann.

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