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mercredi, 27 mars 2019 10:09

Le siècle de l’édit de Nantes

Écrit par

cottretBernard Cottret
Le siècle de l’édit de Nantes
Paris, CNRS Ed. 2018, 313 p.

À la suite des grandes réformes du XVIe siècle auxquelles restent attachés les noms de Luther, Calvin et les Pères du concile de Trente, lesquelles ont façonné un homme nouveau et ont suscité des guerres de religion, l’édit de Nantes, promulgué en 1598 sous Henri IV permettra une certaine réussite fondée sur la reconnaissance mutuelle des confessions.

Ce livre se veut attentif à la pensée des élites: Théodore de Bèze, Saint François de Sales et Mère Marie Guyart de l’Incarnation (outre Atlantique), tout en restant ignorant de ce que pensaient le paysan ou le pasteur normand. Huit décennies de 1598 à 1665 font presque l’effet d’une époque heureuse. Faut-il, en ce temps-là parler de Réforme catholique ou de Contre-Réforme? Le Père Congar parle de «Restauration catholique» et Daniel Rops ne veut pas entendre parler de Contre-Réforme mais de véritable Renaissance au sein de l’Élise. Si l’édit de Nantes est au singulier, le terme regroupe plusieurs textes différents. Les prédicateurs de l’une ou l’autre confession sont tenus à la réserve pour éviter des mouvements séditieux. L’édit refuse de prendre parti dans les domaines strictement théologiques mais est bien une paix de religion.
Dans le contexte de l’édit, de nombreuses affaires de «possession diabolique» voient le jour. Des bûchers s’allument... À Genève où Théodore de Bèze a contribué à l’élaboration du Calvinisme, une rencontre a lieu entre ce dernier et François de Sales qui aboutira à un échec. Théodore de Bèze prêche la prédestination, François de Sales et Ignace de Loyola en parlent aussi mais Théodore de Bèze heurte beaucoup plus la sensibilité de ses contemporains. L’échec de la rencontre avec François de Sales marque un point de non-retour entre catholiques et réformés. François de Sales connaît un très franc succès dû en partie à l’existence d’un lectorat féminin, le rôle des femmes dans le développement de la Réforme catholique est immense. Le commentaire qu’il offre du Cantique des Cantiques représente un mélange de sensualité diffuse et de contemplation mystique. Chez les protestants, après une période de progression et de conquêtes, vient le protestantisme d’arrêt et d’établissement. Les assemblées politiques des huguenots furent interdites dès 1622 alors qu’en 1603, après quelques années de bannissement, les Jésuites sont autorisés à revenir à Paris.
Du côté catholique, citons Richer qui va tenter d’imposer ses vues: philosophie et rhétorique. Mais on le présente comme schismatique: les évêques et les curés et non le seul pape ont la mission de diriger l’Église... Il est destitué. Citons encore Du Martin dont la famille noble a embrassé la Réforme. A 24 ans il est nommé à la chaire de philosophie de Leyde. Il racontera brièvement sa vie dans une autobiographie. Il souhaite une fédération d’Églises au lieu de privilégier le magistère du pape. Il a un succès incontestable. Sa carrière est internationale. Mère Marie Guyart nous entraîne au Canada. Elle est une merveilleuse épistolière, écrivaine, dont un lectorat féminin est sans conteste. Lire sa vie et ses pensées au chapitre 8 est très intéressant. Le chapitre 9 est consacré à Saumur et à Port Royal où nous rencontrons de grands personnages dont Pascal. En Angleterre, en 1649 un drame: Charles 1er est exécuté. En France s’installe une cabale entre dévots catholiques et huguenots. Ferry et Bossuet s’affrontent. Et arriva la révocation de l’édit. Haro sur les hérétiques! Vagues de dragonnades... les huguenots fuient. Pacifistes naguères, ils prennent les armes par endroits: Vallée du Rhône, Cévennes et Dauphiné.
Le XVIIIe siècle accouchera, lui, d’une nouvelle universalité non-confessionnelle; celle-ci entretiendra avec la religion qu’elle concurrence ou qu’elle supplante en partie, des relations souvent conflictuelles.

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