bandeau art philo
mardi, 25 août 2020 11:47

Saint Canisius, l'infatigable

Écrit par

© SJ-Bild - JesuitesSuisse«Très populaire dans tout le nord de l’Europe, peu connu dans le monde francophone, Pierre Canisius est une des figures les plus impressionnantes des débuts de la Compagnie de Jésus. Sans appartenir à la génération des fondateurs, il est le type même du jésuite ordinaire.» C’est ce que relève Pierre Emonet sj, directeur de notre revue, dans l’ouverture de son récent ouvrage consacré à Pierre Canisius - L’infatigable réformateur de l’Église d’Allemagne (1521-1597) qui vient de paraître aux éditions Lessius.

Ce jésuite ordinaire n’en a pas moins exercé une influence extraordinaire; il a durablement marqué de son empreinte le catholicisme allemand. Un historien, spécialiste de l’histoire de la Compagnie, a pu écrire à son sujet: «En aucune partie d’Europe où elle s’établit, la Compagnie ne doit son succès et son identité aussi manifestement à un seul individu qu’elle ne le doit à Canisius pour l’empire d’Allemagne. Nulle part en Europe, la Compagnie ne jouera si précocement un rôle capital dans la définition du caractère du catholicisme moderne: c’est essentiellement le mérite de Canisius (1).»

Pierre Canisius a vécu à une époque charnière. L’Europe sortait tout juste du Moyen Âge pour entrer dans la modernité par la porte de la Renaissance.

Un monde nouveau était en gestation, qui s’affranchissait -à travers l’émergence de la personne comme sujet et les profondes remises en question de la foi- du rapport à l’autorité et de la conscience nationale. En Allemagne, la foi traditionnelle et la pratique religieuse faiblissaient; la corruption, la simonie et la course aux bénéfices ecclésiastiques discréditaient jusqu’aux plus hautes instances de l’Église. La réforme de Luther gagnait rapidement du terrain et trouvait sa légitimité politique.

Contrairement à d’autres compagnons, Pierre Canisius n’est pas un spécialiste en quelque matière que ce soit. Théologien moins original et brillant que ses confrères Diego Laínez et Alfonso Salmerón, il enseigne tout de même aux universités d’Ingolstadt et de Vienne, il est invité deux fois au concile de Trente et prend part à des nombreux colloques et Diètes en qualité de théologien. Apôtre plus modeste que François-Xavier, il n’en a pas moins sillonné l’Europe dans tous les sens, de Messine à Varsovie et Prague, de Vienne à Cologne et Strasbourg, parcourant à pied ou à cheval près de 100'000 km (2), à peu près deux fois le tour de la terre, pour annoncer le Christ et défendre la foi catholique (3).

Écrivain fécond, il est le premier jésuite à signer des livres. Ses catéchismes, maintes fois réédités, sont restés en usage jusqu’au début du XXe siècle. Prédicateur attitré des cours de Vienne, d’Innsbruck et de Munich, les chaires les plus prestigieuses d’Allemagne se le sont disputé. Premier provincial de la Compagnie de Jésus en Allemagne, il a fondé dix-huit collèges. Recteur et vice-chancelier d’universités, administrateur apostolique du diocèse de Vienne, Pierre Canisius voyage, écrit, enseigne, reçoit, conseille, confesse, visite les prisonniers et les malades, recherche des fonds pour ses collèges, soutient les institutions romaines de la Compagnie.

Travailleur acharné, il semble ignorer la fatigue dès qu’il y va de la défense de la foi.

Conseiller théologique très recherché et écouté de tous ceux que préoccupe le sort de l’Église en Allemagne, l’empereur, le pape et sa curie, des rois, des princes, des nonces et des cardinaux, des supérieurs d’ordre le consultent. Son influence sur la politique religieuse de l’Empire est décisive. La multiplicité de ses engagements, l’importance des défis auxquels il fait face font que sa vie et son action incarnent l’idéal de la Compagnie de Jésus à une époque et dans une région particulièrement affectées par le laborieux accouchement des temps modernes.

couverture livre pierre CanisuisPierre Canisius
L’infatigable réformateur de l’Église d’Allemagne (1521-1597)
Collection: Petite Bibliothèque Jésuite
Bruxelles, Lessius 2020, 192 p.

1. John W. O’Malley, Les premiers jésuites (1540-1565), Paris, Desclée de Brouwer, coll. Christus, 1999, pp. 387-388.
2. Chaque année, Canisius a parcouru environ 2000 kilomètres.
3. Sur la manière de voyager des jésuites à l’époque, cf. Mario Scaduto, La Strada e i primi gesuiti, Rome, Archivum Historicum Societatis Jesu, Extractum, vol. XL-1971, 1971.

Lu 207 fois
Plus dans cette catégorie : « Dieu, le diable et la femme