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lundi, 06 septembre 2021 15:11

Ce qui nous fait tenir en temps d’incertitude

Écrit par

ValadierPaul Valadier
Ce qui nous fait tenir en temps d’incertitude
L’espérance vive
Paris, Mame 2021, 140 p.

Si, selon Kant, l’espérance est la clé de voûte qui soutient la condition humaine, ce petit traité philosophico-théologique arrive à point nommé au moment où une génération, fatiguée par une pandémie qui lui vole sa belle assurance de maîtriser le monde, commence à douter d’elle-même.

L’espérance tire sa force et sa vérité du négatif. En parler c’est évoquer une épreuve à surmonter, un présent décevant qui ouvre un passage vers une réalité d’un autre ordre, jusqu’à un horizon plus vaste, celui de la transcendance. C’est aussi prendre au sérieux les incertitudes de la condition humaine sans s’évader aussitôt dans des espaces théologiques ou spirituels. La Bible en est un bon exemple lorsqu’elle raconte l’histoire d’un peuple émigrant de sa condition d’esclave pour marcher vers une terre promise, ou, plus proche, l’itinéraire qui conduit tout homme de la mort à la vie.

Balayant d’un regard l’histoire plus ou moins récente, l’auteur dénonce les messianismes et les idéologies qui ont compromis l’espérance sous prétexte de rejoindre le but au mépris de l’épreuve du chemin (Hitler, Staline, la Chine, la Corée du Nord ou l’entreprise coloniale). Attentif aux peurs qui hantent la génération présente, il propose une réflexion vigoureuse, claire et engagée. Sans égards pour les vaches sacrées, il évoque l’avenir problématique de la planète, la menace que fait peser sur la démocratie la phobie de la sécurité, le réel sacrifié sur l’autel du virtuel, les filtres imposés par les médias, le règne du mensonge et le langage trafiqué, les guerres imaginaires et les attentats virtuels, la déréalisation!

Face à la déliquescence du moment, il met en garde contre les échappatoires trompeuses, le manichéisme qui conduit au désespoir (le mal règne inéluctablement dans le monde), le stoïcisme résigné (les théologies de la prédestination calvinistes et musulmanes, Simone Weil), l’anthropocentrisme de Heidegger, les philosophies qui vouent au néant le monde moderne décadent. Avec perspicacité, il démasque l’espérance déguisée proposée par le marxisme-léninisme ou, autrefois, par la cité idéale de Savonarole, et le millénarisme multiforme qui pousse ses prolongements jusque dans l’enseignement de l’Église (le Syllabus).

Ce livre est stimulant. Petit guide de réflexion et de discernement pour temps de brouillard, je ne peux que recommander sa lecture à ceux et celles qui cherchent une issue pour échapper à la confusion et au désenchantement ambiant.

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